Léo Émond, Frère du Sacré-Cœur

Par 12:00 AM - 30 janvier 2017
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31 décembre 2003, avec son arrière-petite-nièce, Léa. Photo courtoisie Nataly Brisson.

31 décembre 2003, avec son arrière-petite-nièce, Léa. Photo courtoisie Nataly Brisson.

Portneuf-sur-Mer – C’est le 5 décembre dernier que Léo Émond, frère du Sacré-Cœur quitta ce monde. Originaire de Portneuf-sur-Mer, il débuta ses études en 1944, au Juvénat des Frères du Sacré-Cœur à Rimouski. Il consacrera ensuite sa vie aux enfants chiliens, comme enseignant ou directeur d’école et par la suite comme directeur d’un foyer pour les enfants de la rue.

Né à Portneuf-sur-Mer, le 3 février 1926, dixième et dernier d’une grande fratrie comme on savait les faire au siècle précédent, il était le fils d’Hermine Miller et Édouard Émond. C’est le 14 juillet 1952, à l’âge de 26 ans, qu’il prononce ses vœux perpétuels, sous le nom de « Frère Laurent », et que s’enclenche l’œuvre de ce missionnaire. « Après huit ans d’enseignement au Québec, il partit pour le Chili à l’âge de trente ans, plein d’énergie, de projets, et surtout d’amour envers les jeunes et les plus démunis. » C’est principalement comme professeur et directeur qu’il laissera sa marque dans sa première mission dans les villes suivantes : Talagante, San Antonio, San Felipe et Santiago du Chili. Le Frère Yvon Rousseau, S.C., nous rapporte : « Avec le personnel enseignant, il était sérieux au travail. Organisé, doué d’une riche personnalité. « Nous remercions Dieu de l’avoir connu, d’avoir vécu et travaillé avec lui. Notre pays lui doit beaucoup », écrivaient des professeurs en apprenant son décès. Sa joie communicative et son enthousiasme ouvraient beaucoup de portes et de cœurs. »

En 1973, il revient au Québec, selon sa Communauté, il n’a pas l’intention de retourner en Amérique du Sud. Par contre, selon la légende familiale, son retour correspond à la maladie de sa mère, Hermine (décédée en 1979), et il aurait fait promesse de retourner servir les plus démunis par la suite. Après quelques années à l’école, autant comme enseignant que comme étudiant, il est de retour au Chili, en 1985, à Las Condes, San Felipe et Peñaflor. C’est principalement dans un secteur de Santiago appelé El Cañaveral, qu’il œuvra à un foyer pour les jeunes de la rue ou en situation précaire, L’Aldea, fondé par le frère Jean-Marc Gagnon S.C. Le foyer s’est ensuite transporté à Peñaflor, à la fin de 1988, à une quarantaine de kilomètres de la capitale. Le Frère Léo en assumera la direction de 1989 jusqu’à son retour au Canada en 2001. Le directeur actuel de «l’Aldea mis Amigos», monsieur Luis Ortúzar, écrivait, suite au décès de Léo : « Tout le monde a découvert l’énergie du frère Léo, une énergie manifestée et distribuée dans le travail, la discipline, la loyauté, la charité et une constante préoccupation pour les enfants déshérités du pays. Il a toujours reçu un appui inconditionnel de sa communauté. Homme énergique mais tendre que les jeunes appelaient affectueusement : « Tío Leo » (Mon oncle Léo). »

C’est à Québec que Léonard, de son véritable prénom, dépose ses valises en 2001, après presque 30 ans de dévouement pour les petits Chiliens. Ce n’est toutefois pas encore l’heure de la retraite, malgré ses 75 ans, il se portera volontaire pour toutes sortes de services à sa Communauté, tout en donnant quelques jours de travail à Collaboration Santé Internationale (C.S.I.). Son confrère, Frère Yvon Rousseau, S.C., le décrira comme « Plus actif que contemplatif, il était tout de même un grand admirateur de la nature. […] Comme homme de Dieu, marqué par son abnégation et par sa joie communicative ». Et sa joie communicative, il la transmet même via Internet. C’est avec une certaine régularité qu’il demeure en contact, autant avec ses amis du Chili que ses (petits) neveux et nièces dispersés en Amérique, via le courrier et les médias sociaux.

Frère Léo nous a quittés, rapidement, en décembre, à l’âge de 90 ans, en l’espace de quelques semaines la maladie – un cancer du myocarde – gagna du terrain. Ce court délai lui laissa quand même le temps de faire ses adieux, selon son neveu André, il était « prêt pour l’ultime voyage avec sérénité et avec l’humour qu’on lui connait ». Laissant place à un grand paradoxe, comme l’écrivait ce neveu: « Homme de grand cœur, un frère du Sacré-Cœur atteint du cancer du cœur ». Même à la veille de son départ, il réussit à faire encore rire ses neveux et nièces en orchestrant ses funérailles : « J’ai rencontré Michel, l’aumônier de la communauté pour organiser mes funérailles: exposition de 8 h à 10 h, vendredi soir; exposition de 9 h à 11 h le samedi avec célébration, de la belle musique et un festin sera servi. » Une mise en scène digne de Denise Filiatrault sans oublier le festin! C’est un Émond, ils ont la fourchette à l’affût et savent recevoir!

Le Frère Léo laisse dans le deuil, outre sa Communauté, une cinquantaine de neveux et une multitude de cousins et de petits ou arrières-petits neveux et nièces, qui ignorent à peu près tout de son œuvre car son apostolat s’est déroulé à l’autre bout de l’Amérique. Ce que nous retiendrons de lui sera probablement plus sa jovialité, son entregent, son rire et son amour pour les enfants. Car dans son humilité toute religieuse, lors de ses visites, il racontait rarement ses nombreuses réalisations, mais plutôt les mauvais tours qu’il jouait à ses confrères de travail et aux membres de sa communauté. Question de nous endormir… pour ceux qu’il se préparait à nous jouer!

Te quiero Tío Leo!

(Les précisions sur la carrière de Frère Léo proviennent d’un texte du Frère Yvon Rousseau, S.C., disponible sur le Facebook de Généalogie Haute-Côte-Nord.)

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