Cher papa

Par Erika Soucy
Cher papa

Gens de chez nous,

Me voici de retour après quelques semaines de mutisme qui m’ont permis de veiller à la bonne production du spectacle Les murailles dont je vous ai parlé dans une chronique précédente et de terminer quelques contrats d’écriture télé.

Je suis heureuse de reprendre le contact avec vous, de vous partager mes sentis et de répondre à vos commentaires via l’adresse courriel du journal; n’hésitez jamais à m’écrire, j’aime vous lire et échanger !

J’ai l’impression que mille choses se sont passées pendant mon absence la malédiction du… Pardon! « des », des traversiers; le confinement au Cégep de Baie-Comeau; l’annonce d’une Maison de la culture aux Escoumins (enfin une bonne nouvelle… !) mais laissez-moi encore une fois y aller d’un texte très personnel qui, je l’espère, trouvera écho au sein de votre foyer.

Laissez-moi m’adresser à mon père.

Mon père qui a fait la route depuis Portneuf-sur-Mer pour venir me voir sur scène, à Québec, dans un show où je parle essentiellement de lui et de, jadis, son travail; celui de foreur sur les grands barrages d’HydroQuébec vivant au rythme du fly in fly out.

Cher papa, donc…

J’ai pensé mourir mille fois ce soir-là, j’étais si nerveuse de te savoir dans la salle. Le reste du public présent, ni les autres comédiens sur scène, n’avaient idée à quel point la réalité rencontrait la fiction. Tu savais bien ce que tu t’en venais voir, mais je redoutais quand même ta réaction : « D’un coup qu’il ne voit pas l’hommage que j’essaie de lui rendre, d’un coup qu’il s’arrête seulement aux passages plus noirs,
d’un coup qu’il ait honte… ». Pour une auteure qui travaille la notion de fierté dans son écriture, ça aurait été le boutte de la marde !

Mais c’est un homme digne que j’ai rencontré ce soir-là, digne comme je ne l’avais jamais vu. Je t’ai emmené en coulisses pour te présenter aux comédiens; toi la source d’inspiration, la bougie d’allumage d’une saga créatrice de la poésie au théâtre, en passant par le roman. Je t’ai vu te tenir droit et parler de ce que tu as accompli dans ta vie de travailleur : « J’ai 3 centrales pis 5 turbines à mon actif ! » que tu as dit. Pas par dépit, pas par épuisement ni par besoin de te justifier. Tu l’as dit en étant fier. Tout simplement.

J’espère présenter Les Murailles en Haute-Côte-Nord, toute l’équipe de production travaille en ce sens. J’espère que dans la salle il y aura d’autres pères comme toi qui se reconnaîtront et auront envie de conter, le torse bombé, la valeur de leur exil et de leurs sacrifices quotidiens; qu’ils se diront qu’après tout, ça valait peut-être la peine et qu’il ne sera jamais trop tard pour se rencontrer, au théâtre ou ailleurs.

Je t’aime papa; toi et tes grands accomplissements, toi et ton histoire.

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