Du précieux

Par Erika Soucy
Du précieux

« C’est tellement beau par chez vous… ! » disait la légende sous la photo que m’envoyait Annie-Claude, ma belle-sœur, il y a trois semaines.

C’était une image de ses pieds enfoncés dans le sable de… Baie-Johan-Beetz ! « C’est dépassé chez nous, pas mal… » que j’ai répondu, avant de lui faire remarquer qu’elle n’était pas frileuse pour se mettre ainsi nu-pieds dans le sable de la Minganie, au début du mois de mai. J’aurais eu tendance à la traiter gentiment de touriste si elle n’avait pas été sur la Côte-Nord pour le boulot.

Annie-Claude travaille pour la Fondation Jeunes en tête qui a pour mission d’aider à prévenir la détresse psychologique chez les adolescents, partout au Québec. Elle et son collègue ont fait une tournée dans les polyvalentes de Baie-Comeau, Sept-Îles et Port-Cartier dans les dernières semaines. La prochaine fois, peut-être arrêteront-ils en Haute-Côte-Nord ? Quoi qu’il en soit, ce qu’elle m’a racontée sur son séjour s’accorde parfaitement avec notre coin du pays dans le pays.

Ses interventions consistaient surtout à animer dans les classes de secondaire 3 à 5 des discussions sur la dépression, une maladie qui touche près de 5 à 10% des adolescents québécois. Annie-Claude et son collègue semblent avoir été charmés par l’accueil et la réceptivité des jeunes « Dans les grandes villes comme Montréal, ils en voient passer de toutes sortes, des animations. Sur la Côte-Nord, on avait l’impression que ce qu’on disait était précieux. En même temps, les échanges étaient francs et ouverts, les élèves ne nous écoutaient pas juste pour nous faire plaisir. »

Quand j’ai su que ma belle-sœur allait parler aux jeunes de ma région, j’étais excitée et fière; car même si Annie-Claude dit que « la détresse psychologique n’a pas de statut socio-économique », je suis d’avis que nous avons une belle gamme de déclencheurs par chez nous. Le stress ne naît peut-être pas du métro-boulot-dodo, mais la consommation, la peur d’une perte d’emploi et l’angoisse des comptes qui s’empilent à la fin du mois ne sont que quelques exemples d’obstacles que doivent surmonter plusieurs de nos concitoyens. Et parfois, au milieu de tous ces tracas réservés au monde des adultes, on n’arrive pas à voir l’impact que ceux-ci peuvent avoir sur nos jeunes, sur nos enfants. Leurs inquiétudes et leur révolte est parfois, malgré toute notre bonne volonté, reléguées au rang de niaisage et de crise d’adolescence.

Je crois que la période de vie charnière qu’on nomme « adolescence » n’invente pas des problèmes. Elle les exacerbe, certes – Rappelez-vous comment tout est plus intense quand on est ado ! – mais la douleur ressentie est bien réelle. Malheureusement parfois, cette douleur s’engourdit et se transforme pour rester bien enfouie jusqu’à ce que ce jeune qu’on soupçonnait « immature et à la recherche d’attention » vieillisse et se retrouve sans outil pour faire face aux obstacles réservés à la vie d’adulte, ceux auxquels on donne vraiment de l’importance.

C’est pourquoi des initiatives comme la Fondation Jeunes en tête sont primordiales, mais aussi l’existence d’organismes de chez nous tels que le Centre le Mur-Mûre, le Centre de réadaptation en dépendance du CISSS (anciennement le Centre Le Canal), le Centre des femmes de Forestville, la Maison l’Amie d’Elle, la Maison de la famille de Longue-Rive, la Ressource Parenfants, l’Alliance des femmes de Sacré-Cœur, etc.

Ces organismes ne travaillent pas tous en santé mentale auprès des ados, ils ont leurs missions et leurs clientèles spécifiques, mais si vous lisez ceci et que vous sentez qu’il vous manque des outils, que vous n’allez « pas super mal, mais pas super bien non plus »; mais que de parler à quelqu’un vous ferait du bien… Faites donc une recherche Google sur ces organismes qui sont tout près de chez vous. Peut-être qu’ils vous mèneront à vivre des moments précieux, comme Annie-Claude avec nos ados.

Quelques lignes sans frais :

Santé mentale Québec – Côte-Nord : 1 800-363-4476
Centre de prévention du suicide Côte-Nord : 1 866-277-3553
Centre Le Canal : 1 800-418-5704
Jeunesse j’écoute : 1 800-668-6868
Ligne parents : 1 800-361-5085
Tel-Jeunes : 1 800-263-2266

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