Tant qu’il y a le clocher, y’a de l’espoir

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Par Shirley Kennedy
Tant qu’il y a le clocher, y’a de l’espoir

Cela aurait tout aussi bien pu se passer à Sacré-Cœur, Les Bergeronnes ou Colombier. Nos petits villages nous ont habitués à la débrouillardise. Et surtout à compter sur une poignée de bénévoles, trop occupés que nous sommes pour la plupart, à autre chose qu’à se soucier des roues du clocher.

Ce clocher qui, comme partout ailleurs, surplombe le village, tel un phare, gardien de ces quelque 700 âmes qui y vivent encore, et surtout qui persistent à croire au futur possible.

Ce clocher, dont l’appareillage qui tient la cloche en place, a fait son temps. 90 ans pour être plus précise.

En cette matinée ensoleillée du mois d’août, autour des nouvelles roues, du support et de la base, habilement construits de bois de cèdre – don de Francis Ouellet – et de contreplaqué de Bedford, se tient l’artisan monsieur Ronald Tremblay.

Charpentier-menuisier de métier, comme probablement tous les fils de monsieur Léopold, il explique son œuvre et surtout précise à son « helper » Rodrigue, « qu’il faut faire attention avec les outils pour ne pas y mettre le feu », à ce précieux clocher.

Non, répliquais-je en blague, pas Portneuf-sur-Mer après Notre-Dame-de-Paris ». Et de rétorquer avec le plus grand sérieux Steeve Dubé, mon voisin de gauche – également bénévole de l’Opération roues du clocher – « cela serait tout aussi dramatique ».

Et là je me dis à ce moment précis, qu’il a bien raison le p’tit Dubé. Que notre clocher, il est important. Un village sans clocher, a-t-on déjà vu ça ? Viendront s’ajouter à cette réflexion, les faits historiques que partage généreusement avec moi mon amie généalogiste Nataly Brisson. Le passage de l’épopée du clocher, qu’elle relate si bien dans son livre sur l’histoire de Portneuf-sur-Mer – un ouvrage inédit non publié à ce jour – confirme que le clocher fut érigé presque cinq ans après l’édification de l’église actuelle, soit en 1929. Voici quelques extraits.

Automne 1927 :

Le curé Bouchard informe le vicaire capitulaire que la compagnie a fait don du bois et que quelques paroissiens ont déjà fait leur souscription mais que les autres attendent que la chose soit définitivement réglée pour faire la leur.

L’abbé Bouchard demande, malgré tout, la permission d’amorcer les travaux au printemps. Le coût selon la soumission de l’entrepreneur, au montant de 1 100 $, sera défrayé à moitié par la Fabrique sans emprunt et l’autre par les souscriptions des paroissiens.

Fin de non-recevoir pour le pourtant très perspicace curé Bouchard qui se fera refuser l’autorisation à deux reprises par le vicaire capitulaire, invoquant la balance de 5 800 $ que la Fabrique doit à l’évêché et la précarité de Portneuf dont la pérennité repose sur la compagnie.

On devra attendre la nomination de Mgr Lamarche et sa visite, le 25 juin 1929, avant de voir un clocher orner le toit de notre église.

Et voilà en résumé, pour la petite histoire du clocher. Bien en place, dans son nouveau support, grâce encore en 2019 et plus que jamais, à la contribution de la Caisse du Centre de La Haute-Côte-Nord et aux bénévoles, Réal DuChêne, Ronald Tremblay, Rodrigue Dufour, Guy Émond et Steeve Dubé, il est prêt pour encore 90, peut-être même 100 ans, à faire ce pourquoi il a été construit.

Au final, les valeurs qu’il inspire restent presque les mêmes, 90 ans plus tard. Aujourd’hui par contre, ce n’est plus le curé du village qui a presque tous les pouvoirs. Ceux-ci sont dévolus à un conseil municipal. Des élus, des monsieur-et-madame-tout-le-monde, qui font leur gros possible. Avec autant sinon plus de contraintes que dans le temps, vous en conviendrez. Appuyés de cette poignée de bénévoles, tous organismes confondus, ils aspirent à garder en vie nos petits villages. Souhaitons-leur du succès, souhaitons-leur d’être inspirés par cette force de caractère qui permit il y a 90 ans, au curé Bouchard d’obtenir son clocher. Souhaitons-leur que la population les appuie et qu’en retour ils écoutent ce qu’elle a à leur dire.

Source faits historiques Nataly Brisson, généalogiste

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claude deschênes
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Merveilleux que ce rappel de ce lieu unique ayant tissé la vie de chacune de nos communautés. Lieu où joies, confidences, regrets, tristesses ont tour à tour façonner l’état d’âme. Comment « oser » oublier en ce moment même où le 18 septembre prochain, on est invité chacun et chacune à réfléchir sur l’avenir de notre clochée?? MERCI de ce précieux rappel.