Patrimoine religieux : des décisions s’imposent

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Par Shirley Kennedy
Patrimoine religieux : des décisions s’imposent
À l’avant: Marie-France Bélanger de la MRC, Sr Jeanne-Mance Caron, chancelière au diocèse de Baie-Comeau, Claire Gagné, responsable de Solidarité et Partage de l’équipe communautaire de Forestville, les mairesses de Colombier et Forestville, Marie-France Imbeault et Micheline Anctil, Mgr Jean-Pierre Blais évêque, Michel Allard et Bernard Soucy respectivement membre du conseil des Chevaliers de Colomb conseil 3117 et député du district 80-région 11 ainsi que l’abbé Antonio Laflamme. À l’arrière, des Chevaliers de Colomb conseil 3117, Magella Bouchard, Pascal Desbiens, Bernard Lavoie, Bertrand Gagnon et Bernard Lapointe, ainsi que Johanne Tremblay, présidente de la Fabrique Saint-Luc de Forestville et Claude Huard, député et grand chevalier du conseil 3117. Absent sur la photo: l’abbé Irénée Girard, prêtre du secteur de Portneuf-sur-Mer – Forestville - St-Marc-de-Latour et Colombier.

S’il est un sujet qui touche la corde sensible de la population en général, c’est bien celui des choix à venir concernant le patrimoine religieux. Églises à moitié vides, coûts d’entretien et de chauffage qui ne cessent de s’accumuler alors que les coffres des conseils de fabriques ne suffisent plus, faisant place à d’innombrables activités-bénéfices tenues à bout de bras par le milieu, qui lui est sollicité de toutes parts. Sans parler de la relève de ces précieux bénévoles qui n’est pas au rendez-vous.

Qu’en est-il exactement de l’avenir du patrimoine religieux en Haute-Côte-Nord? Une question sur laquelle se pencheront au cours des prochains mois, les citoyens, représentants d’organismes et élus des localités de Colombier, Forestville et Portneuf-sur-Mer.

Invités à entamer concrètement un exercice de concertation pour assurer la pérennité du patrimoine religieux, quelque quarante représentants d’organismes, élus et citoyens des localités de l’est de la MRC se sont réunis le 9 novembre à Forestville.

« C’est un travail de longue haleine en plusieurs étapes, on parle d’années. Les gens ne savent pas par où commencer et ils n’ont pas tous les mêmes types de bâtisses ni les mêmes besoins d’une localité à l’autre. Mais si tout le monde refuse de bouger et de faire des compromis, il n’y a rien qui va avancer. »

– Marie-France Bélanger

Animée par Marie-France Bélanger, agente de développement culturel et touristique à la MRC de La Haute-Côte-Nord, la rencontre fut, selon ses impressions, très positive et axée sur la prise en charge du milieu.

« Ils savent que ça va être difficile, je comprends leurs réticences mais ils sont ouverts à trouver des solutions » dit-elle.

Madame Bélanger accompagne ceux et celles appelés à la réflexion pour l’avenir du patrimoine religieux des localités de Portneuf-sur-Mer, Forestville et Colombier. Elle tient à rappeler l’intervention d’un représentant de la MRC de Bellechasse lors de la première rencontre tenue le 18 septembre.

« Il a très bien expliqué, en citant trois modèles concrets : un modèle où l’implication et l’ouverture ont été au centre des préoccupations et qui a bien fonctionné, un modèle un peu plus mitigé où certains intervenants ont gardé le statut quo et le fiasco, celui pour lequel tout le monde est resté sur ses positions… »

L’agente de développement culturel convient que l’exercice pousse les intervenants dans leurs derniers retranchements. « Mais ça leur permettra de voir plus loin et ce n’est pas moi qui vais le faire à leur place, je suis là pour les accompagner. »

Le chauffage et l’entretien des bâtiments sont un fardeau de plus en plus lourd pour les conseils de fabriques des plus petites localités et même les plus grandes, puisque les bâtiments y sont pour la plupart, proportionnels à la population dont la communauté religieuse était autrefois, plus assidue et nombreuse qu’aujourd’hui. « Malgré qu’aux Bergeronnes et à Sacré-Cœur, on note une fréquentation plus importante des églises », tient-elle à préciser. Les églises Saint-Luc de Forestville et Saint-Marcellin des Escoumins tiennent leurs messes et célébrations dans leur sous-sol respectif pendant la saison froide, question d’économiser sur les factures de chauffage.

Terrain d’entente

Ce sont douze chapelles et églises sises sur le territoire de la Haute-Côte-Nord. Parmi celles-ci, la chapelle des Îlets-Jérémie, propriété du diocèse de Baie-Comeau, mais dont la responsabilité est relayée par ce dernier à la Fabrique de Colombier, qui doit gérer l’église de Colombier, celle de St-Marc-de-Latour et la chapelle. « Il faudra trouver des terrains d’entente, ajoute Mme Bélanger, et je vais m’appliquer à rapprocher les parties. »

De tous ces bâtiments, seule la petite chapelle de Tadoussac fait partie du patrimoine classé du ministère de la Culture. « Cette mention ne vient pas nécessairement avec plus d’argent, mais plus de responsabilités et un statut de protection, » explique Marie-France Bélanger. Les autres églises du territoire font partie du patrimoine cité, soumis à la Loi sur les cités et villes du ministère des Affaires municipales.

Pour Marie-France Bélanger, la clé pour assurer la pérennité du patrimoine religieux ne passe pas nécessairement par la désacralisation des églises. Dépouiller ces bâtiments de leur caractère sacré ne veut pas nécessairement dire que les coûts vont diminuer. « Et ça enlève l’opportunité d’aides financières importantes », ajoute-t-elle.

Travail laborieux

D’ici la prochaine rencontre prévue au printemps 2020, chaque représentant a le devoir de sonder sa communauté, et de revenir avec des pistes de solutions. Ce qui ne se fera pas sans heurts, est convaincue Marie-France Bélanger.

« C’est un travail de longue haleine en plusieurs étapes, on parle d’années. Les gens ne savent pas par où commencer et ils n’ont pas tous les mêmes types de bâtisses ni les mêmes besoins d’une localité à l’autre. Mais si tout le monde refuse de bouger et de faire des compromis, il n’y a rien qui va avancer. »

Vision d’avenir

La préfète de la MRC de La Haute-Côte-Nord et mairesse de Forestville assiste aux rencontres assidûment. « En effet, nous avons intensifié nos fréquentation plus formelles sur le sujet au cours des dernières années ».

Madame Anctil partage sa lucidité face à la problématique quant au patrimoine religieux. « Nous sommes face à notre capacité d’adaptation, notre réaction au changement. Pouvons-nous envisager le patrimoine religieux comme levier de développement culturel, social et économique? Demain se prépare aujourd’hui. »


Un partenariat réussi

Le partenariat existant entre la Fabrique Sainte-Croix de Tadoussac et le Festival de la Chanson est le plus bel exemple de « relation consensuelle » entre deux organisations dont la mission première diffère indéniablement.

Le Festival de la Chanson de Tadoussac a occupé le sous-sol de l’église Sainte-Croix en 1993. Un partenariat gagnant-gagnant qui a permis aux dirigeants « d’investir » l’église dix-huit ans plus tard.

« On a eu l’idée en décembre 2010 alors que nous avions les Douze hommes rapaillés pour l’édition de 2011. Nous avions besoin de 500 places pour payer le cachet de l’un des plus gros spectacles qui tournaient au Québec », raconte le maire de Tadoussac Charles Breton, autrefois directeur général du Festival.

Après avoir élaboré des plans, négocié avec la Fabrique, l’évêché de Baie-Comeau et le comité liturgique, l’équipe du Festival sortait les bancs de l’église et la lampe du sanctuaire pour laisser place au show de l’année.

« Il y en a quelques-uns qui m’ont envoyé chez le diable mais je dirais qu’en général ça bien été. Il faut dire que nous avions une expérience de collaboration avec la Fabrique depuis 1993 et que nous avons installé les rideaux, résolu des problèmes électriques, payé un loyer… » énumère M. Breton.

Après avoir élaboré des plans, négocié avec la Fabrique, l’évêché de Baie-Comeau et le comité liturgique, l’équipe du Festival sortait les bancs de l’église et la lampe du sanctuaire pour laisser place au show de l’année.

Devant le succès de l’initiative, la réponse du public et surtout le plaisir des artistes à se produire dans cette salle unique, le Festival a investi dans l’équipement. « Nous avons fait fabriquer des gradins qu’on louait avant, on a acheté 600 chaises en trois ans, on a fait faire certaines pièces au toit pour attacher nos spots, mais il faut dire que l’église de Tadoussac est de construction moderne, donc pas de poutres apparentes, c’est assez facile, d’autant plus que l’acoustique est bonne ».

Mais le bâtiment a besoin d’amour, estime le maire de Tadoussac et autrefois éminence grise du plus grand des petits festivals. « Le toit coule, les toilettes ne suffisent pas lorsque 250 personnes profitent de l’entracte pour se soulager. Mais nous sommes habitués au système D », tempère-t-il avec humour.

D’autant plus que les artistes adorent se produire à Tadoussac. « Je me souviens de Paul Piché qui m’avait chaleureusement remercié de l’avoir invité », se remémore-t-il, ajoutant au passage que les artistes s’accordent pour dire que l’expérience du Festival, il faut la vivre pour la comprendre.

Le pouvoir de persuasion de Charles Breton a fait son chemin quelques années plus tard, alors que les festivaliers répondant à un sondage, avaient manifesté le fait qu’ils aimeraient bien prendre une bière dans l’église, rebaptisée Scène Québecor. La Fabrique n’était pas d’accord. Charles Breton a invité les bénévoles de l’organisme à tenir les deux bars en place, promis que les pourboires seraient entièrement remis à la Fabrique. « Je leur ai dit, je vous garantis que vous allez ramasser au moins 1 000 $ de pourboires et sinon je vous donne la différence. Il n’y a pas eu d’abus, et cela continue depuis ».

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