Essipit partage son point de vue au sujet du caribou forestier

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Par Charlotte Paquet
Essipit partage son point de vue au sujet du caribou forestier
Autant les Innus d’Essipit que ceux de Pessamit s’inquiètent des dernières mesures prises par Québec dans la protection du caribou forestier.

La décision du gouvernement du Québec de lever certaines mesures de protection du caribou forestier dans le secteur du réservoir Pipmuacan au profit de l’industrie forestière dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean désole les Premières Nations innues Essipit et de Pessamit.

Dans un communiqué émis par le conseil de bande quelques jours avant Noël, le conseiller politique Éric Kanapé réagit ainsi : « Force est de constater que les enjeux de l’industrie forestière prennent toujours le dessus sur les enjeux de biodiversité et les enjeux autochtones. Il faut que cela change. »

« Nous sommes extrêmement inquiets de la façon dont le gouvernement du Québec gère la biodiversité et les espèces menacées. »
– Éric Kanapé, conseiller politique à Pessamit

Le Pipmuacan est un territoire situé au nord-ouest du nitassinan de Pessamit. Les membres de la communauté le fréquentent depuis des temps immémoriaux, précise le conseil. Selon lui, il s’agit d’un lieu « irremplaçable pour la pratique et la transmission de la culture innue » qui est névralgique pour les rencontres entre les communautés d’Essipit, de Mashteuiasth et de Pessamit.

Le conseil de bande considère que l’industrie forestière et l’altération à la forêt qu’elle provoque, selon lui, constituent une menace à la survie culturelle des Innus. Son impact sur une grande partie des écosystèmes naturels du territoire nuit, poursuit-il, à l’intégrité biologique des forêts et, par le fait même, au maintien des pratiques traditionnelles.

Toujours d’après le conseil, ce déséquilibre écologique n’est pas étranger au déclin du caribou forestier au Québec. L’impact des coupes forestières sur la faune inquiète les Innus. « Nous sommes extrêmement inquiets de la façon dont le gouvernement du Québec gère la biodiversité et les espèces menacées. Il y a urgence de trouver de meilleures façons de faire l’aménagement qui protégera notre culture. Nous n’acceptons plus que notre survie identitaire soit mise en danger », martèle le conseiller politique.

Tout en rappelant que le caribou forestier est un animal sacré pour le peuple innu, dont il a assuré la subsistance pendant des millénaires, et une espèce légalement protégée, M. Kanapé souligne que le caribou et le territoire sont les noyaux de la culture innue. « Ils structurent nos pensées, façonnent notre être, nos valeurs et notre spiritualité. Sans eux, nous n’existons plus. »

Aire protégée

Le Conseil des Innus de Pessamit travaille à un projet de création d’une aire protégée dans le secteur du Pipmuacan, où d’ailleurs les membres de la communauté ne prélèvent plus de caribou depuis une dizaine d’années.

Aussi, dans un esprit de réconciliation avec les Premières Nations, le conseil demande au gouvernement du Québec d’attribuer une protection légale au Pipmuacan et de prendre les mesures pour mettre en réserve ce territoire à des fins d’aire protégée.

« Le temps qu’un scénario de conservation fondé sur les connaissances traditionnelles et les aspirations de la communauté soit déposé », ajoute-t-il.

Inquiétudes à Essipit

L’inquiétude est également vive du côté du Conseil de la Première Nation des Innus Essipit à la suite de la direction prise par Québec pour la mise en œuvre de sa stratégie pour les caribous forestiers et montagnards.

Il s’inquiète particulièrement de la place réservée aux Premières Nations au sein des groupes de travail prévus à sa stratégie et du poids de l’industrie forestière dans le processus de réflexion.

« En vertu de nos droits ancestraux et de notre titre aborigène, lequel comporte notamment le droit de déterminer l’utilisation des terres, nous exigeons du gouvernement qu’il respecte son obligation de consulter avant de prendre des décisions ayant un impact sur notre nitassinan et la pratique de nos activités traditionnelles », affirme le chef de la communauté, Martin Dufour.

Essipit a bien l’intention de poursuivre son travail de sauvegarde du caribou forestier et de son habitat et compte que Québec mette aussi tout en œuvre pour assurer la protection de l’espèce.

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