Chronique : Camille le magnifique

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Par Shirley Kennedy
Chronique : Camille le magnifique
Camille Bouchard est originaire de Forestville où il est né en 1955. Courtoisie

« Shame on me ». Je n’ai jamais interviewé l’auteur forestvillois Camille Bouchard. Je connais son talent, la reconnaissance dont il jouit de ses pairs et le succès avec lequel il s’accommode probablement, passage obligé pour un phénomène littéraire de son envergure.

Même les sacro-saints critiques littéraires s’entendent pour affirmer que Camille Bouchard écrit plus vite que son ombre.

Auteur de près de 150 titres et récipiendaire de nombreuses récompenses dont le Prix littéraire du Gouverneur-général du Canada, Bouchard est le Crosby de la littérature. Et il est très gentil. Aussi « friendly » que Céline, et même plus « sweet » que Boucar. C’est peu dire.

Pour parler de son 100e roman, Les Vendredis ennuyeux de Sébastien Landrieux, je me prépare, fébrile à l’idée d’un entretien avec l’écrivain québécois qui brille au firmament des plumes les plus prolifiques de notre ère.

À l’occasion de cette édition spéciale, l’auteur s’adresse à son fidèle et favori lectorat depuis près de 35 ans, le public adolescent.

Et à ce moment-même, happée par ma curiosité, et à ma grande effronterie, je provoque chez l’écrivain un « throwback to 50 years ago », un triple-boucle-piqué arrière imprévu. Atterrissage forcé sur la route 138, « drette en face du 4 chemins ».

« Le texte inédit Tenant à part, que vous avez rédigé en 2014 dans le cadre de la thématique sur le sentiment d’appartenance *, c’est de vous dont il est question non ? ».

– « Oui, c’est moi. Je suis issu d’un milieu ouvrier, à l’époque très industriel. Sans trop savoir pourquoi, je me rendais compte que je n’étais pas comme les autres. Les motos, les autos, les camions, les moteurs ne m’attiraient pas. J’essayais de me mouler à cette espèce d’environnement-là qui n’était pas le mien. Ça m’a pris du temps avant de comprendre ça (…) Avant de faire la paix avec cet environnement-là ».

Fort heureusement, lors de son dernier passage dans sa ville natale il y a une douzaine d’années et où la bibliothèque municipale porte son nom, Camille Bouchard note une plus grande différence, probablement dit-il, en raison de l’émergence de petits comités culturels initiés dans les années 80.

Ça le ramène à une activité qu’il adore, le programme Écrivains à l’école, pour lequel il se dévoue depuis de nombreuses années.

« On va dans les écoles, on rencontre les gens, on démystifie les créateurs. J’ai longtemps pensé qu’un écrivain était une personne surhumaine, très sérieuse, enfermée dans une bibliothèque à prendre des notes. Ce que je n’étais pas, ayant eu de la difficulté à compléter mon secondaire 5. Probablement que si j’avais eu cette opportunité dans ma jeunesse, je serais devenu écrivain plus tôt. J’aime dire aux jeunes : « votre imagination, c’est une force que vous avez. Développez-là. Ça aide votre esprit à prendre des décisions ».

Voyageur et aventurier devant l’éternel, le plus grand admirateur de Tintin devra se poser pour quelques temps, en raison de la pandémie mondiale qui sévit. Il avoue que la COVID-19 a bousculé le mode de vie qu’il a adopté depuis plusieurs années.

« Nous avons été chanceux ma femme et moi vivions dans un VR et nous passions nos hivers au Mexique. L’an dernier, nous avons décidé de passer l’hiver dans une propriété acquise il y a trois ans dans le Centre-du-Québec. Je trouvais ça difficile dans les campings au Québec pour écrire. Nous sommes revenus au bon moment et nous passerons le prochain hiver ici ». D’ici là, il écrit à temps plein et rêve de ses prochains voyages. Son parcours, sa quête, l’amenant de Forestville à Tombouctou en passant par Bangkok, sonne à mes oreilles, résonne sur mon clavier enflammé, tel un roman d’aventures palpitant. Tintin peut aller se rhabiller.

Désolée monsieur Bouchard, le Seigneur y est pas juste dans le moteur.

* Dans Tenant à part, écrit sur le thème du sentiment d’appartenance, à l’initiative de Radio-Canada et du Conseil des arts du Canada, Camille Bouchard se remémore l’adolescent un peu différent des autres qu’il était, mauvais en sport, plutôt artiste et qui s’est épanoui en devenant citoyen du monde.

Les Vendredis ennuyeux de Sébastien Landrieux

Pour son 100e roman en carrière, Camille Bouchard nous offre une ode à la littérature jeunesse et en profite pour rendre hommage aux auteurs qu’il affectionne et avec lesquels il s’est lié d’amitié au fil du temps : Martine Latulippe, Andrée Poulin, Michel Noël, Laurent Chabin, pour ne pas les nommer. C’est l’histoire d’un garçon de 15 ans qui s’ennuie profondément à l’école. Il se distrait comme il peut. En jouant un bon tour au professeur de français, par exemple. Sauf que sa dernière initiative n’a pas plu au directeur de l’école. Comme punition, Sébastien se voit obligé, tous les vendredis, d’assister au cercle de littérature jeunesse de son école. Il y a vraiment de quoi mourir d’ennui.

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Clémence
Guest
Clémence

Un très beau texte avec plein d’humour ! Bravo !