Chronique : mon père, plus qu’un pourvoyeur

Par Johannie Gaudreault 12:00 PM - 23 juin 2021
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Mon père, Claude Gaudreault avec son plus cadeau de la vie, sa petite-fille, Aurélie.

L’évolution des droits des femmes et leur émancipation ont influencé le rôle des hommes au sein de la famille. Quand on regarde les pères d’aujourd’hui, on s’éloigne de plus en plus de l’époque où ils n’étaient que des pourvoyeurs pratiquement invisibles, ou encore les chefs de la famille, détenteurs de toute l’autorité.

Bien plus souvent qu’autrement, les femmes d’aujourd’hui rapportent autant ou plus pour faire vivre leur foyer et elles font respecter les règles à la maison alors que le père est celui qui s’amuse avec les enfants.

Bien entendu, ce n’est pas pareil partout. Il ne faut pas mettre tous les œufs dans le même panier, mais on peut voir une évolution marquée du rôle des pères.

C’est d’ailleurs sur ce sujet que s’est attardée la firme Léger, à la demande du Regroupement pour la valorisation de la paternité, pour l’enquête auprès de pères d’enfants âgés de moins de 18 ans, dont les résultats ont été dévoilés la semaine dernière. Le principal constat : les pères québécois sont les plus engagés au pays.

D’abord, le sondage démontre clairement que le rôle du père, ce n’est plus d’être un pourvoyeur puisqu’il n’y a que 12 % des Québécois qui définissent ainsi leur rôle comparativement à 43 % des Canadiens. D’un autre côté, le rôle d’éducateur est important pour 37 % des pères québécois contre 16 % des pères canadiens.

Le congé parental est l’occasion pour les parents de prendre le temps de créer un lien avec leur bambin, de profiter de moments qui passent si rapidement, avant de recommencer la routine habituelle : métro, boulot, dodo.

Dans 80 % des cas, les papas prennent leur congé de paternité (5 semaines), un temps précieux qui n’était pas offert par le gouvernement d’ailleurs avant 2006. Toutefois, seulement 25 % des couples se partagent le congé parental (32 semaines partageables entre les deux parents).

La participation des pères aux soins donnés aux enfants est également plus importante qu’auparavant. Ils sont partagés équitablement selon 71 % des pères du Québec. Quant aux tâches domestiques, elles sont partagées moitié-moitié pour 69 % des répondants de la province et 51 % de ceux du pays.

La notion de qualité de vie prend beaucoup d’importance : 50 % des pères seraient prêts à changer d’emploi pour obtenir une meilleure conciliation travail-famille et 38 % accepteraient même une baisse de revenus pour avoir de telles conditions.

En cas de séparation, 85 % des pères québécois préconisent « une garde partagée où l’enfant passe à peu près autant de temps chez l’un et l’autre de ses parents ». Telle est aussi la préférence des pères des autres provinces, mais dans une moindre mesure (75 %).

Là où les pères se rejoignent d’un océan à l’autre, c’est sur la question des impacts de la pandémie. Ils s’entendent, à 64 % pour les Québécois et à 65 % pour les autres, pour dire que la pandémie a au moins eu le mérite de leur permettre de passer plus de temps avec leurs enfants.

Est-ce qu’on peut dire que le message est passé? Je crois que la société ne peut cesser d’évoluer, mais que les dernières décennies et le travail des femmes pour revendiquer l’égalité a porté ses fruits. Il reste du chemin à faire, on parle de plus en plus de la charge mentale et du travail invisible.

Mais les pères d’aujourd’hui sont plus à même de comprendre ces notions et d’adopter de nouveaux comportements. Ils ont à cœur leur vie de famille et ils en font partie en totalité.

L’étude a été réalisée par le biais d’un sondage Web auprès de 2 001 répondants au Canada (1 000 au Québec et 1 001 hors Québec). Les données ont été collectées du 4 au 16 mai 2021. À titre indicatif, un échantillon probabiliste de 2 001 répondants aurait une marge d’erreur de +/- 2,2 %, 19 fois sur 20.

Mon père à moi

Quand j’ai pris connaissance des données contenues dans le sondage, j’ai vite reconnu mon père à travers les générations. Mon papou, comme j’aime bien l’appeler, il a toujours subvenu aux besoins financiers de sa famille.

Il partait des semaines, des mois pour travailler sur les chantiers de construction dans le Nord, même aux États-Unis. On n’avait pas Facetime pour se parler à travers le cellulaire, ni d’ordinateurs pour s’envoyer des courriels.

Quand il revenait pour passer quelques jours avec nous avant de repartir, mon frère et moi on ne le reconnaissait plus, on était gênés pendant quelques instants. Mais, il ne faisait pas ça de gaieté de cœur. Il voulait qu’on soit en sécurité, bien nourris et vêtus et qu’on ne manque de rien. Lui, ses besoins d’être avec sa famille, ce n’était pas important.

Mais, quand il était à la maison, il donnait son 100 %. Cuisine, ménage, jeux, activités, c’était sa façon de se rattraper. Je crois que si la conciliation travail-famille avait été plus acceptée dans son temps, il en aurait profité. Aujourd’hui, à 55 ans, il est à la retraite. Il profite de la vie et il met du soleil dans la mienne et celle de ma fille, « son plus beau cadeau ».

Papou, à travers cette chronique, j’avais envie de te dire que tu étais et tu es encore un avant-gardiste. Tu as toujours placé ta famille au premier plan, tu es un modèle pour moi, un merveilleux père et un extraordinaire papi. Merci pour tout!

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