L’effet rassembleur de la musique

Par Johannie Gaudreault 12:00 PM - 06 juillet 2021
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Le chanteur Patrick Norman a comblé les attentes de son public qui n’avait qu’une seule envie, le retrouver. Photo : Jay Kearney

En fin de semaine dernière avaient lieu les derniers spectacles de la 37e édition du Festival de la chanson de Tadoussac. J’étais parmi les festivaliers et j’ai pu ressentir l’effet rassembleur de la musique, la connexion musicale qui unit les artistes à leur public.

Après plus d’un an sans avoir monté sur les planches, c’était encore plus touchant de voir un Patrick Norman heureux que les gens dansent sur ses plus grands succès, une Ariane Moffatt émue aux larmes au point d’avoir de la difficulté à chanter Rester debout.

Mon samedi après-midi a commencé avec Yvon Éthier et Patrick Norman, il se présente sous ces deux facettes pendant son spectacle. Les gens du troisième âge étaient particulièrement présents dans la salle, mais plusieurs jeunes chantaient et dansaient aussi avec le chanteur et talentueux guitariste.

Dès les premières chansons, j’ai vécu mon premier moment magique. Aux premières notes de J’ai oublié de vivre, les spectateurs se sont levés les uns après les autres pour danser devant leur siège tout en fredonnant les paroles de cet air bien connu.

« Ça fait mal juste à bonne place […], après les années qu’on a vécues », a-t-il lancé à ses admirateurs.

La tournée de l’artiste Si on y allait se veut une façon de souligner ses 50 ans de carrière et de présenter son nouvel album du même nom. « Cette année, ça fait 52 ans, mais quand j’ai commencé les spectacles, ça faisait 50 ans. La pandémie a causé un retard », a-t-il soutenu.

Accompagné de sa conjointe Nathalie Lord, il a joué ses plus grands succès dont Quand on est en amour et Perce les nuages qu’il n’a pas pu finir en raison de la trop grande émotion provoquée par la perte de sa mère, plus tôt cette année. « Finis-la, je ne serai pas capable », a-t-il demandé à son amoureuse.

C’est à des retrouvailles entre un artiste et son public que j’ai finalement assisté dans l’église magnifique de Tadoussac. Même après ses dernières pièces, les spectateurs en voulaient plus forçant l’artiste à remonter sur la scène pour un rappel très mémorable.

Le deuxième spectacle qui m’attendait était celui du groupe Mon Doux Saigneur, une découverte pour moi. Originaire de Montréal, il s’agit d’un band composé d’amis musiciens et on le sent sur scène. Très complices, les cinq membres racontent des anecdotes, se regardent et surtout « se font ben du fun » comme le mentionne le chanteur et guitariste Emerick St-Cyr Labbé.

Mon Doux Saigneur était avant tout un projet pour les Francouvertes en 2016. « On a créé du matériel sur mesure pour participer au concours. On a terminé en demi-finale et par la suite, tout s’est enchaîné. On s’est fait offrir un contrat de disque et c’était parti », raconte l’artiste de 30 ans.

Le 3 juillet, c’est leur deuxième album Horizon « plus lumineux que le premier » que les musiciens sont venus présenter offrant un vent de gaieté sur la scène extérieure du Festival.

Même si les chansons ne sont pas connues, on a envie de chanter avec le groupe. On ne peut s’empêcher de bouger les pieds. Le chanteur n’hésite pas non plus à divulguer ses inspirations.

Par exemple, pour la pièce Awaye, il mentionne que le groupe était sur une plage à Charlevoix, au lendemain d’un show au Festif!, encore les facultés affaiblies par la veille, et ils ont aperçu une dame sur une planche à pagaie. « On s’est mis à chanter Awaye et c’est là qu’est née la chanson », a-t-il dévoilé au public qui était déjà conquis.

Maintenant, dans l’église, j’avais rendez-vous avec Ariane Moffatt et son nouvel album Incarnat.

« Incarnat, c’est un groupe de couleurs qui ressemble beaucoup au coucher de soleil. J’avais été aspirée par la vue d’un coucher de soleil en rentrant de mon chalet en Estrie et le lendemain, je tombais sur un article de photographie qui parlait de c’est quoi l’incarnat », explique l’artiste en entrevue avant sa prestation.

Pour souligner ses 20 ans de carrière, l’auteure-compositrice-interprète avait d’abord pensé lancer un best of de ses chansons, mais finalement, un soir de spectacle au café-bar Le Gibard de Tadoussac en 2019, elle a imaginé un spectacle solo.

« Des nouvelles chansons ont émergé et j’ai laissé cours à ma créativité, laisse-t-elle tomber. Ça donné Incarnat, un show dans lequel je prends des risques parce que ce sont des chansons smooth avec moi, seule au piano. Mais, ça fait du bien de recommencer de cette manière. J’ai encore du neuf à donner. »

Le public était pendu aux lèvres de l’artiste dès ses premières notes, ses premières paroles. Captivante, je ne pouvais que la regarder retrouver son public, qu’être un témoin de ce qui la lie à ses admirateurs. La foule qui chante Rester debout avec elle est un moment que je garde précieusement dans ma mémoire.

« J’ai l’impression que ça va être un show comme ça », a-t-elle d’ailleurs fait savoir aux spectateurs, les larmes aux yeux. Et effectivement, elle avait raison. L’émotion était dans la salle tout au long de ses prestations.

Finalement, j’ai quitté la douce Ariane pour l’énergie sans fin d’Alaclair ensemble. Les membres du groupe de rap québécois n’ont eu qu’à entrer sur scène avec leur hit Ça que c’tait pour que le public se mette à danser, et ce, jusqu’à la fin de la soirée.

Ils ont remercié les autres artistes pour « avoir starté les festivaliers » qui étaient évidemment très heureux d’être là.

Organiser ce type de festival en prenant compte des mesures sanitaires et des places limitées pour chaque représentation n’était pas chose simple. Malgré tout, l’équipe du Festival de la chanson de Tadoussac a embarqué dans le projet et c’est mission accomplie.

Le port du masque, la distanciation sociale et le lavage des mains n’ont aucunement nui au plaisir de retrouver l’effet rassembleur de la musique.

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