Pêche aux pétoncles : le Parc marin du Saguenay-Saint-Laurent trop permissif selon une analyse environnementale

Par Johannie Gaudreault 12:00 PM - 02 novembre 2021
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La SNAP reproche au parc marin du Saguenay-Saint-Laurent d’autoriser la pêche aux pétoncles dans son son rapport sur les mesures de protection visant les aires marines protégées. Photo : Courtoisie

Le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent nécessite des ajustements urgents en termes de mesures de protection visant les aires marines protégées, selon le rapport publié le 28 octobre par la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP).

Première en son genre, l’analyse effectuée par la SNAP se base à la fois sur le Guide des AMP, un outil d’analyse développé par une équipe internationale d’experts, et sur les normes minimales de protection auxquelles s’est engagé le gouvernement du Canada en 2019.

Selon ces normes minimales, toutes les aires marines protégées fédérales annoncées depuis doivent interdire formellement quatre activités industrielles clés : les activités pétrolières et gazières, l’exploitation minière, les déversements et le chalutage de fond. Le gouvernement s’est aussi engagé à évaluer toutes les aires marines protégées déjà en place lors de la révision de leur plan de gestion.

« Malgré ces engagements, notre analyse démontre clairement que la majorité des aires marines protégées au Canada ne répond toujours pas à ces normes minimales et nécessite une meilleure protection. C’est une situation inacceptable vu l’état critique de la biodiversité marine » indique Marie Cadieux, chargée de projets en conservation marine à la section québécoise de la SNAP.

Drague à pétoncles

En ce qui concerne le parc marin du Saguenay Saint-Laurent, situé en Haute-Côte-Nord, il voit son potentiel de conservation miné par la présence d’un permis de pêche aux pétoncles, selon le rapport Portrait des AMP : évaluation des aires marines protégées au Canada.

Ce type de pêche très destructeur des fonds marins s’effectue au moyen d’une drague et ne respecte pas les normes minimales de protection.

« En permettant depuis plus d’une vingtaine d’années la drague à pétoncles, le parc marin ne remplit pas adéquatement son mandat de protection. Interdire rapidement cette activité dans un parc national ne devrait pas être un gros casse-tête » ajoute Alain Branchaud, directeur général de la SNAP Québec.

Une deuxième aire marine protégée a été analysée au Québec. D’une superficie de 1 000 km2, le Banc-des-Américains (Gaspésie) affiche de son côté un niveau de protection élevé et se situe au haut du palmarès canadien en matière de mesures de protection. Toutefois, les déversements provenant de navires de moins de 400 tonneaux ne sont pas formellement interdits.

Vers 30 % d’aires marines protégées bien gérées

Les résultats présentés dans ce rapport soulignent l’importance d’appliquer les normes minimales de protection à l’ensemble des aires marines protégées. La protection des milieux marins repose à la fois sur une couverture spatiale suffisante, mais aussi sur la bonne gestion des aires marines protégées.

« Alors que débutent les travaux pour atteindre la nouvelle cible de 30 % d’ici 2030, il est essentiel que les mesures de conservation déployées au sein des aires marines protégées interdisent les activités les plus destructrices des écosystèmes et répondent efficacement aux menaces pesant sur ces milieux », mentionne Véronique Bussières, responsable de la conservation bioculturelle et marine à la SNAP Québec.

La SNAP Québec continuera de suivre le dossier de près et compte participer activement aux consultations pour la révision du plan directeur du parc marin du Saguenay-Saint-Laurent prévu prochainement.

Réactions du parc marin

Laurence Pagé, gestionnaire des relations externes, Unité de gestion du Saguenay–Saint-Laurent de Parcs Canada, a mentionné au journal Haute-Côte-Nord, que puisque « la gestion des pêches commerciales dans les limites du parc marin est sous la responsabilité de Pêches et Océans Canada, ce ministère évaluera en collaboration avec les gestionnaires du parc marin si les activités de chalutage sont compatibles avec les objectifs de cette aire marine protégée. La question des pêches sera soulevée dans le cadre du processus de révision du plan directeur du parc marin qui sera complété d’ici 2024 ».

Celle-ci rappelle également, que le parc marin a été établi en 1998 en vertu de lois dites « miroir », l’une du Québec et l’autre du Canada, visant les mêmes objectifs de protection, dans le respect des compétences des deux gouvernements.

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