Fusion Baie-Comeau/Hauterive : la résistance au projet de loi s’organise

Par Colombe Jourdain 11:00 AM - 01 Décembre 2021
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Dans ce dossier, le député Lucien Lessard en a pris pour son rhume, comme le démontre cette photo d’archives de décembre 1981. Photo Journal de Québec

La résistance à la fusion s’est organisée et ce sont 250 citoyens de Baie-Comeau qui se sont rendus manifester sur la colline parlementaire à Québec durant les travaux de la commission parlementaire sur le projet de loi 37. Pour l’occasion, le maire Leonard n’a pas hésité à interpeller directement René Lévesque.

« Ce que le gouvernement du Québec est en train de nous faire, c’est exactement ce qu’il reproche au fédéral », allègue le maire Leonard en faisant référence à la nuit des longs couteaux du 4 novembre où les neuf autres provinces se sont entendues avec le premier ministre Pierre Elliot Trudeau pour rapatrier la constitution, sans l’accord du Québec.

Une lettre envoyée au premier ministre par le Regroupement des citoyens de Baie-Comeau en faisait également mention.

« Mieux que quiconque, vous devez savoir comment il peut être frustrant de se faire imposer unilatéralement, par un coup de force, une décision touchant de si près notre droit fondamental à l’autodétermination », y est-il écrit.

Le Regroupement des citoyens de Baie-Comeau, représenté par Michel Saint-Laurent, a déposé son mémoire contre la fusion des deux villes. Ce regroupement se disait apolitique et seul mouvement représentatif de la population et a également fait parvenir plus de 4 000 lettres à René Lévesque et 2 000 télégrammes au ministre des Affaires municipales Jacques Léonard et Lucien Lessard et qui se lisaient comme suit : pas de fusion sans consultation.

Le comité des citoyens des villes de Baie-Comeau et de Hauterive en relation avec le projet de loi numéro 37 a également produit un mémoire présenté à la commission parlementaire et qui, pour sa part, appuyait la fusion.

Finalement, la ville de Baie-Comeau a également produit un long mémoire comportant ses motifs d’opposition en exposant ses raisons, tant financières que sociales ou techniques pour refuser le projet de fusion en soulignant le fait que la population s’était déjà prononcée contre la fusion en 1977 à plus de 90 % et a été réitéré par la population lors de l’assemblée publique du 7 décembre où le mot d’ordre était « non à toute fusion sans référendum ».

Les études existent

Ce à quoi répond Lucien Lessard devant la commission parlementaire. « C’est que j’entends encore des gens réclamer des études supplémentaires pour connaître toutes les implications financières du projet fusion – ma réponse, c’est que ces études, elles existent », en faisant référence aux rapports élaborés dans les années 70. Le mémoire fait aussi valoir que le « dépôt du projet de loi est une action contraire à tous les principes démocratiques et est une négation des droits fondamentaux des citoyens ».

On reproche au gouvernement de ne pas avoir suivi la procédure établie par la loi pour le regroupement des municipalités. Le mémoire, chiffres à l’appui, indique aussi les coûts pour les citoyens et contribuables et cite en exemple les villes de Buckingham, Gatineau, Chicoutimi et Jonquière qui ont toutes connu une augmentation du taux de taxes (entre 50 et 90 %) après leur fusion.

La ville de Baie-Comeau évaluait à 4,2 M$ le coût minimum annuel de la fusion et se demande même si la fusion aurait été envisagée si la situation financière de la ville de Hauterive avait été saine.

Il y a au moins un point sur lequel le maire de Baie-Comeau, Henry Leonard, son homologue de Hauterive, Maurice Boutin, et le député-ministre de Saguenay, Lucien Lessard, sont d’accord.

« C’est la faute du gouvernement libéral de Robert Bourassa si la ville de Hauterive est virtuellement acculée à la faillite », relève les médias de l’époque. Hauterive devait supporter un déficit causé par la réforme de la fiscalité municipale du gouvernement précédent et « s’attendait à être mise sous tutelle par la Commission municipale du Québec », indique Jean Didier Fessou dans Le Soleil du 11 décembre.

Avec le dépôt de ces différents mémoires et le temps des Fêtes qui approchaient, l’Assemblée nationale a dû ajourner sa session parlementaire et mettre sur la glace le projet de loi 37.

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