Parc marin Saguenay-Saint-Laurent : 25 ans d’une « utopie écologiste »

Par Émélie Bernier 12:00 PM - 25 janvier 2023 Initiative de journalisme local
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Une patrouille de sensibilisation auprès de kayakistes. Courtoisie Parcs Canada

Le parc marin Saguenay-Saint-Laurent, que plusieurs détracteurs considéraient comme une « utopie écologiste » avant sa création, célèbre ses 25 ans en 2023.

Dans leur essai « Le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent : création et gestion participative inédite au Canada » (La Société Provancher d’histoire naturelle du Canada, 1998), Bernard Maltais et Émilien Pelletier rappellent la naissance douloureuse de la première aire marine protégée du Québec et l’une des premières au Canada.

« Tout s’y opposait : des politiques gouvernementales divergentes, des concepts de conservation et de gestion mises au point et appliquées aux écosystèmes terrestres inadaptés aux écosystèmes marins, des régions touristiques en concurrence, des intérêts discordants, un milieu contaminé à pronostic sombre, une espèce marine menacée, etc. », peut-on y lire. Aujourd’hui, cette discorde semble loin derrière. D’une impressionnante superficie de 1 245 km carrés, le parc est cogéré par les équipes canadienne (Parcs Canada) et québécoise (Sépaq), une dynamique unique au pays.

2022 marquait ainsi la 24e année d’existence du parc marin du Saguenay–Saint-Laurent, dont la superficie correspond à 2 fois et demie l’île de Montréal. Voici le bilan de « l’année 24 » en quelques chiffres.

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L’Alliance est le bateau de recherche de Parcs Canada. Son port d’attache est à Tadoussac et son territoire de navigation se situe surtout dans les limites du parc. Les équipes de recherche et de conservation des ressources s’y relaient. L’Alliance a navigué durant 278 heures en 2022.

L’Alliance. Courtoisie Parcs Canada

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En 2022, l’équipe de conservation du parc marin Saguenay-Saint-Laurent comptait 15 personnes. Parmi eux, des agents de gestion et ressources, des écologistes, un capitaine, des techniciens et des étudiants partageant une même mission : protéger un écosystème exceptionnel de 1 245 km carrés dans le fjord du Saguenay et l’estuaire du Saint-Laurent. Un programme de surveillance vise notamment à suivre des indicateurs qui vont permettre d’identifier les changements dans les écosystèmes et d’y implanter des mesures adaptatives efficaces.

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26 suivis scientifiques ont été menés par les équipes de Parcs Canada en 2022 sur des sujets aussi variés que la répartition des phoques, l’alimentation des baleines, le suivi des espèces aquatiques envahissantes et le bruit dans les fonds marins. Le suivi hivernal du garrot d’Islande s’est poursuivi à Baie-des-Rochers pour une 8e année consécutive. « La baie des rochers est un lieu particulier pour les garrots, une grande partie de la population de l’Est du Canada s’y trouve. L’hiver, la majeure partie de la population se rassemble dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent et Baie-des-Rochers est l’un des principaux sites d’alimentation du garrot. Depuis l’an passé, on travaille à identifier d’autres milieux importants pour cette espèce en péril le long de l’estuaire de Charlevoix jusqu’aux Escoumins avec appui de l’Observatoire d’oiseaux de Tadoussac », précise Marie-Sophie Giroux, agente aux communications de Parcs Canada. Plusieurs de ces suivis scientifiques sont le fruit de collaborations.

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La protection et l’étude de la population de bélugas du Saint-Laurent est l’un des fondements du parc marin Saguenay-Saint-Laurent. Cinq lieux d’observation terrestres sont disséminés dans le parc, donc la Baie-Sainte-Marguerite et le Centre d’interprétation et d’observation de Pointe-Noire à Baie-Sainte-Catherine. Cette baie est d’ailleurs fermée à la navigation saisonnière depuis cinq ans.

« C’est un lieu vraiment important pour le béluga, pour le soin des jeunes, les apprentissages, possiblement pour les mises bas. On y voit beaucoup de troupeaux de femelles avec des jeunes. Depuis cinq ans, avec la mesure mise en place, le nombre d’embarcations dans la baie est passé de 40 % avant 2018 à 6 %. Les bélugas y ont donc 94 % du temps de quiétude. C’est le résultat de beaucoup de travail, de sensibilisation. Une fois que les gens comprennent le pourquoi, tout le monde, ou presque, est d’accord pour éviter la baie », indique Marie-Sophie Giroux.

1 260

En 2024, les membres de l’équipe du parc marin ont rencontré plus de 1 260 plaisanciers dans les limites du parc marin à l’occasion de patrouilles de prévention et de sensibilisation sur l’eau ou encore dans les lieux de mise à l’eau.

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Outre les projets des équipes du parc, une trentaine de projets de recherches ont été menés par des organisations externes. « Le parc marin est un laboratoire de recherche à ciel ouvert dans lequel il y a une impressionnante biodiversité, des phénomènes, des écosystèmes, des courants, des fonds marins… Chaque fois qu’une université ou un OBNL veut venir ici pour faire des recherches, un permis scientifique doit lui être octroyé. Les résultats nous sont très utiles! 1245 km, c’est immense! Du fond à la surface, imaginez toutes les questions qu’on peut se poser pour comprendre cet écosystème dynamique! »

203 

C’est le nombre de permis qui ont été émis pour les activités en mer, les tournages, les activités sportives et les projets de recherche.

20 000

Plus de 20 000 élèves du primaire ont assisté aux ateliers virtuels du parc marin avec École en Réseau et le récit numérique Le béluga du Saint-Laurent et l’humain à la croisée des chemins sur Google Arts et Culture a été consulté plus de 1 800 fois dans une dizaine de pays en Amérique du Nord et en Europe.

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