Danger au lac Gobeil
La plante envahissante myriophylle à épis a pris d’assaut le lac Gobeil, particulièrement près des chalets et au centre du lac. Photo Shirley Kennedy
Les lacs Gobeil et Jérôme sont en proie à l’invasion d’une plante exotique envahissante qui cause des dégradations importantes dans les lacs du sud de la province. Sa prolifération est encore sous contrôle, mais sa concentration près des chalets à l’est du lac Gobeil est inquiétante.
Le myriophylle à épis est une plante en provenance d’Eurasie qui colonise les plans d’eau de la province à vitesse grand V.
Heureusement, les lacs Gobeil et Jérôme sont les deux seuls plans d’eau sur toute la Côte-Nord qui ont été signalés pour leur présence de myriophylle à épis.
Mais vu la facilité avec laquelle la plante envahissante arrive à s’implanter et à se répandre dans les plans d’eau à partir d’un fragment minuscule qui se développe, la situation pourrait se détériorer.
Sous contrôle pour l’instant
L’Organisme des bassins versants de la Haute-Côte-Nord (OBVHCN) a par le passé effectué des inventaires visuels qui ont permis de mettre la lumière sur l’état de la propagation.
Durant l’été 2021 et 2022, des données ont été recueillies et une équipe effectuera un suivi pendant la période de floraison cet été.
« Toutefois, ces données n’ont pas encore été compilées et analysées dans un rapport à jour, mais le myriophylle y était encore bien présent », souligne Catherine Emond, chargée de projet à l’OBVHCN.
Un rapport couvrant les années entre 2016 et 2020 a permis de cartographier les principales zones d’étendue du myriophylle à épis, concentrées fortement dans une aire large de moins de 200 mètres à l’est du lac (voir carte).
Bien que « Certains des emplacements où du myriophylle avait été détecté certaines années n’ont cependant pas été répertoriés les années suivantes, de nouveaux emplacements ont aussi été découverts », peut-on lire dans le rapport.

Nuisance
Bien que la plante ne cause pas de problèmes de santé comme l’algue bleue, elle demeure une nuisance pour les activités extérieures de villégiature.
Lorsqu’il y a présence d’immenses thalles d’herbiers qui prennent l’allure d’imposants tapis à la surface de l’eau, la nage et la plongée peuvent devenir difficiles, voire impossibles.
Pour les embarcations comme les bateaux, la texture molle de la plante favorise son déchiquetage par les hélices motorisées.
Toutefois, un problème survient. « Il y a une fragmentation naturelle qui survient avec le myriophylle, mais quand les bateaux passent dans les herbiers les chances de propagation sont décuplées », précise Catherine Emond.
Autrement dit, lorsqu’il y a beaucoup de myriophylles à épis à un endroit, les chances qu’elles se multiplient sont plus importantes que les plants isolés.
Malgré qu’il n’y ait pas encore d’étude approfondie spécifique au lac Gobeil, les myriophylles à épis pourraient affecter la biodiversité de son fond lacustre et la pêche.
La plante envahissante peut également nuire à la reproduction de certains poissons et favoriser le vieillissement prématuré d’un lac.
Solutions
La propagation du myriophylle à épis dans les lacs Gobeil et Jérôme est ralentie par « la fraîcheur du climat et le nombre moindre de degrés/jours comparativement au sud du Québec.
Cependant, il n’est pas impossible que la croissance se poursuive, car « l’année 2020 a été l’année où le plus d’emplacements de myriophylle ont été détectés, mais aussi le plus de plants isolés», fait savoir le rapport de l’OBVHCN.
La période de floraison se situe au mois d’août, et quand la plante est brisée par des embarcations nautiques ou par la fragmentation naturelle de la plante, « ses fragments sont capables de repartir un nouveau plant ailleurs », indique la chargée de projet.
« Lorsque les fragments se collent aux bateaux, ils peuvent rester sur la coque pendant 35 heures », ajoute-t-elle.
L’expérience sur les autres lacs du Québec investis par la « plante zombie » démontre que la sensibilisation reste la meilleure méthode pour limiter la propagation du myriophylle, puisque l’arrachage manuel et les autres formes de traitement nécessitent des coûts importants.
Le rapport émet comme recommandation d’« évaluer la possibilité d’installer une station de lavage permanente à la mise à l’eau du lac Gobeil pour éviter sa propagation dans d’autres lacs du territoire ».
« Un jour, cette même station de lavage pourrait servir pour la moule zébrée, étant donné qu’elle finira par migrer vers le nord », précise Catherine Emond.
Le myriophylle à épis peut également être un facteur qui diminue la valeur des terrains autour du lac, soit 26 résidences pour le lac Gobeil.
Une étude américaine avait chiffré les principaux obstacles à la vente des propriétés riveraines ayant du myriophylle à épis, avec une diminution d’environ 13 % de leur valeur.
L’OBVHCN a par le passé effectué une tournée des riverains pour les avertir de faire attention avec la plante révèle Catherine Emond.
« On serait peut-être capable de l’éradiquer au complet s’il y avait des subventions majeures, mais c’est certain que c’est un gros projet », ajoute-t-elle.

Impasse
Étant donné que la jurisprudence attribue la propriété des lacs jusqu’à la ligne des hautes eaux à l’État québécois, les interventions à grands déploiements se font davantage attendre.
Le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs a fait paraître un guide d’accompagnement 2023.
« Bien qu’il existe certaines possibilités d’aide financière gouvernementale, notamment pour protéger la biodiversité, la lutte contre le myriophylle à épis est essentiellement financée par les riverains ou par les municipalités concernées », peut-on lire dans le guide.
« Les fragments de myriophylle à épis peuvent survivre longtemps à l’extérieur de l’eau une fois accrochée aux coques des bateaux, d’où l’importance de nettoyer son embarcation au jet d’eau à haute pression », indique Catherine Emond.
La maire de Sacré-Cœur Lise Boulianne révèle avoir discuté du problème à la MRC, mais ne croit pas « que c’est le rôle de la MRC de gérer cette situation », explique-t-elle.
Un problème persiste toutefois quant à l’installation de la station de lavage à la rampe de mise à l’eau, qui appartient au ministère des Transports et de la Mobilité durable.
« Ils ne nous l’ont pas cédé, et légalement elle ne nous appartient pas encore », dévoile Lise Boulianne. « Il ne faut pas être pressé quand on parle avec le ministère des Transports », ajoute-t-elle.
La maire émet toutefois quelques réserves quant à l’installation d’une station de lavage : « On a beau écrire que c’est une obligation mais ça ne veut pas dire que les gens vont laver leur embarcation », estime-t-elle.
« On est conscient que c’est un dossier qui doit être évalué sérieusement, et qu’il y a des actions qui devront être prises », conclut l’élue.
La municipalité des Bergeronnes n’a pas donné suite à nos demandes d’entrevues à ce sujet.
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