Une nuit dans la rue pour sensibiliser à l’itinérance
Stéphanie Tremblay et Marc-André Fortin, travailleurs de rue pour le Centre de dépannage des Nord-Côtiers, ont passé une nuit dehors pour sensibiliser à la cause de l’itinérance. Photo Johannie Gaudreault
Les travailleurs de rue Stéphanie Tremblay et Marc-André Fortin se sont mis dans la peau de personnes itinérantes durant 24 heures. Ils ont passé une nuit dans la rue à Forestville sans nourriture, vêtements, ni endroit où dormir.
Les employés du Centre de dépannage des Nord-Côtiers couvrent le territoire de la Haute-Côte-Nord. En marge de la Semaine du travail de rue, qui se tenait du 6 au 12 mai, ils voulaient sensibiliser la population à l’itinérance.
En ce moment, on retrouve 27 personnes en situation d’itinérance, dont 4 enfants, sur le territoire. « On le sait que c’est plus puisqu’il y a l’itinérance cachée qu’on ne voit pas. Nous, on a dormi dehors, mais ça ne veut pas dire que tu es itinérant que tu dors dehors », déclare Marc-André Fortin, au lendemain de sa nuit à la belle étoile.
Un des objectifs de l’expérience était aussi d’amasser des fonds pour les personnes qui vivent cette problématique en ce moment en Haute-Côte-Nord. « Tout l’argent récolté servira à acheter du matériel et de la nourriture », précise Stéphanie Tremblay, en poste depuis trois mois.
L’initiative était aussi la parfaite occasion de tester le matériel d’urgence remis à ceux qui risquent de dormir dans la rue. « Cet hiver, j’ai remis 15 sacs de couchage comme ça. C’est vraiment frappant quand on le donne l’effet que ça fait. On voulait savoir à quoi on expose les gens », témoigne M. Fortin.
La trousse d’urgence offerte par le Centre de dépannage des Nord-Côtiers comprend un sac de couchage, un matelas de sol, une couverture d’urgence, un sac orange pour ranger les équipements à l’intérieur, des chauffe-mains, un thermos. « La base, simplement pour les aider à passer la nuit », ajoute le travailleur de rue.
« De l’équipement de camping, on n’en remet pas parce que ça ne va inciter les gens à s’installer, de l’équipement de survie non plus (armes, hache, couteau suisse). C’est vraiment limité », poursuit-il.
La majorité des trousses sont données par le CISSS de la Côte-Nord. « On va en recevoir bientôt. Quand on en a plus de disponibles, on les achète. On fait aussi des demandes à la population et la dernière fois, on a reçu beaucoup de matériel », fait savoir Marc-André Fortin.
Une expérience marquante
Au petit matin, après une nuit sous le pont de la rivière du Sault au Cochon, les deux collègues sont fiers d’avoir relevé le défi. « C’était très froid. C’est un sac de couchage qui est pour -10 degrés Celsius. C’était vraiment inconfortable », partagent-ils. Stéphanie n’a pas dormi une minute et Marc-André a réussi à plonger dans le sommeil une petite période.
Durant la journée, qui a commencé le 9 mai à 9 h, les travailleurs de rue ont été témoins du regard des autres et aussi de la générosité de la population. Ils ont obtenu des vêtements gratuits à la friperie du Nordest et un peu de nourriture (bretzel et jus d’ananas) dans le frigo communautaire.
« À 10 h, j’ai accroché quelqu’un et je lui ai demandé s’il avait à manger. Il est allé nous acheter un pain avec du beurre de peanut. On était content, on s’est enlevé ça de la conscience », raconte Marc-André Fortin ajoutant qu’ils sont sortis de leur zone de confort pour demander de l’aide.
L’angoisse de ne pas savoir où dormir et quoi manger était aussi bien présente. « On fait le constat que ça doit être terriblement stressant de ne pas savoir où on dort », dit-il.
Manque de logement
Pour le travailleur de rue, le manque de logement est la principale raison qui entraîne l’itinérance. « Ce n’est même pas la santé mentale ou la dépendance », affirme-t-il.
Selon lui, c’est à Forestville que la situation de l’itinérance est la plus alarmante. « La revente de maisons, les rénovictions, la flambée des prix. Il y a encore quelques loyers à 500 $ par mois, mais la plupart ne sont plus abordables », déplore M. Fortin.
Ce dernier a d’ailleurs perdu espoir de reloger une grande partie des 27 personnes sans domicile fixe sur la Haute-Côte-Nord. « Ils sont stigmatisés, les propriétaires se parlent et ne les veulent pas. C’est vraiment compliqué », laisse-t-il tomber.
Horizon
Horizon, des contenus marketing présentés par et pour nos annonceurs.