Du chemin de fer à un cancer : le Tribunal donne raison à un travailleur d’ArcelorMittal
Photo de la Une : Dario Mignault, à gauche, avec des collègues qui faisaient un travail similaire, Claude Côté, qui a aussi été atteint d'un cancer, Gabriel Turner et Germain Fortin. Photo courtoisie
Huit ans après avoir reçu un diagnostic de cancer incurable, après des années de saga judiciaire entremêlées de traitements et de la peur constante de quitter ceux qu’il aime, un travailleur des chemins de fer d’ArcelorMittal et de QNS&L vient de gagner un de ses combats : sa maladie a été causée par ses emplois, a tranché le Tribunal administratif du travail.
Le Port-Cartois Dario Mignault a 57 ans. Il a passé la majorité de sa carrière à travailler pour la Compagnie minière Québec Cartier, aujourd’hui ArcelorMittal, avec quelques années entrecoupées pour le chemin de fer QNS&L.
À quelques années de sa retraite rêvée à voyager sur sa moto avec sa famille et ses amis, la vie a pris un tournant inattendu : on lui a diagnostiqué un rare cancer incurable, un lymphome lymphoplasmocytaire de type Waldenström.
À ce moment, en 2017, étrangement, un collègue avec autant d’ancienneté a reçu sensiblement le même verdict de la part de son médecin.
Ça ne pouvait pas être un hasard, a-t-il songé.
Après 5 ans de bataille juridique, en avril dernier, le Tribunal administratif du travail a déclaré son cancer comme étant professionnel. Ça n’a pas été un long chemin tranquille.
« J’ai commencé de quoi que, peut-être, je ne finirai pas, donc j’aimerais ça que tu continues », avait-il fait promettre au responsable de la santé-sécurité au Syndicat des Métallos. « Le but est de protéger les travailleurs, améliorer leur santé-sécurité. »
Quand le diagnostic de M. Mignault est tombé, sa fille avait environ 7 ans.
« Il n’y a rien de beau là-dedans. Je ne voudrais pas que ça arrive à d’autres », dit-il.
Des expositions répétées sans protection
Dario Mignault et le Syndicat des Métallos devaient prouver que son emploi de conducteur-électromécanicien de meuleuse de rail avait causé son cancer, or, ce n’était pas rien. Dans le premier jugement rendu en 2024 (qui sera par la suite contesté par ArcelorMittal), la juge Caroline Charette le souligne : il s’agit d’un emploi méconnu, unique et plutôt rare dans la population. Aucune étude épidémiologique n’a été réalisée sur les risques particuliers de cet emploi et, en pleine pandémie au début des procédures (2020), il a été impossible pour les Métallos d’obtenir une évaluation des risques auprès de la Santé publique, malgré plusieurs demandes.
Dans le cadre de son travail, pendant la période forte de mai à septembre, M. Mignault pouvait être appelé à éteindre jusqu’à une centaine de feux par jour, de différents types. C’est surtout la fumée bleue émanant des dormants de chemin de fer, qui pouvaient brûler durant plusieurs heures par jour, et la forte odeur de produits chimiques qui s’en dégageait qui étaient préoccupantes.
Pour protéger le bois, les dormants sont recouverts de créosote. Selon Environnement Canada, une surexposition répétée à la créosote est cancérigène pour l’humain.
« Le Tribunal rappelle que le travailleur n’a jamais porté d’appareil respiratoire autonome dans le cadre de son emploi ou autre type de masque », peut-on lire dans le jugement.
« Point de vue de la maladie, je n’en veux pas à la compagnie. Tout le monde était ignorant là-dedans », affirme M. Mignault. « Mais aujourd’hui, on a des connaissances, il faut en profiter et s’en servir pour sauver la vie de d’autres», réitère-t-il.
Questionnée sur les mesures mises en place depuis le jugement final rendu en avril, qui est venu rejeter la requête de révision d’ArcelorMittal, l’entreprise n’a pas souhaité commenter.
« Nous avons pris acte de la décision rendue par le Tribunal administratif du travail. Comme pour tous les dossiers, nous ne commenterons pas le cas précis. La santé et la sécurité de nos employés demeurent une priorité absolue pour notre organisation. Nous collaborons étroitement avec nos équipes afin d’améliorer continuellement nos pratiques de prévention en milieu de travail », a simplement déclaré la minière par courriel.
Dario Mignault, lui, ignore ce que l’avenir lui réserve. Son cancer est stable, mais incurable.
« Chaque mois, je m’en vais chercher mon verdict. J’ai appris à vivre avec ça, mais c’est dur parfois », dit-il à propos des suivis médicaux serrés dont il fait l’objet.
Sa fille vient d’avoir 15 ans. Il ressent une urgence de tout lui dire.
« J’essaie de lui en donner le plus pendant que je suis là (…) on parle de différentes choses de la vie et parfois, elle me dit que ce sont des sujets que ne l’intéressent pas. Je comprends, moi aussi à 15 ans ça ne m’intéressait pas, mais je lui dis : tu sais, avec ce qui nous pend, je n’ai pas le choix. Si je ne suis plus là à 20 ans, je ne pourrai pas t’aider. Prends le plus de bagages que je peux te transmettre.»
Après environ 100 000$ en frais juridiques assumés par le Syndicat des Métallos, la bagarre de M. Mignault n’est pas terminée. Il continue à se battre pour que les choses soient plus simples auprès de la CNESST, lorsque vient le temps de dédommager les travailleurs malades qui doivent se déplacer à l’extérieur de la région pour leurs soins de santé.
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