Baie-Comeau : Doris Tremblay peint la forêt sur la forêt
Doris Tremblaydéploie ses créations artistiques sur des champignons. Photo courtoisie
Parfois, l’inspiration pousse entre les racines d’un arbre mort. C’est le cas pour Doris Tremblay, une artiste de 60 ans qui a troqué la toile traditionnelle pour un support un peu plus sauvage : des champignons ! Et pas n’importe lesquels, des polypores cueillis à même les troncs d’arbres défunts dans les forêts de la Côte-Nord.
« Ça fait longtemps que j’ai commencé, en 2008. Je faisais des toiles, puis un jour, au chalet avec ma fille, on a peint nos premiers champignons, juste pour s’occuper », raconte Doris Tremblay, le sourire dans la voix.
C’était un simple moment mère-fille, un après-midi créatif au cœur du bois. De cette activité anodine est née une passion durable.
Après quelques années passées à peindre et à exposer, notamment aux Trois Barils en 2008, Doris a mis ses pinceaux de côté pendant une douzaine d’années pour gérer le restaurant du Mont Ti-Basse.
Mais récemment, le feu de la création s’est rallumé. Et c’est le champignon qui l’a rappelée à l’ordre.
« Je n’avais pas ressorti mes pinceaux. On dirait que quand on ne les ressort pas, puis on n’en fait pas, on n’a pas l’idée », confie-t-elle.
Un art enraciné dans la nature
Chaque œuvre commence par une marche en forêt.
« Je vais les cueillir moi-même. On les trouve sur des arbres morts, on appelle ça des polypores. Je les fais sécher, je les travaille pour qu’ils tiennent debout, puis je les peins et les vernis », explique l’artiste.
Sur ces surfaces bosselées, Doris déploie des paysages nord-côtiers, des scènes inspirées de son quotidien et même des barrages, depuis qu’elle conduit des autobus jusqu’à Manic-5.
« C’est nouveau, ça m’a donné envie de commencer pour faire des barrages à Manic 5 sur des champignons », dit-elle.
La forme du champignon guide souvent son inspiration.
« Il y a toutes sortes de formes sur les champignons. Des fois, je vais avec la forme du champignon. En fait, en fonction du champignon vient l’inspiration de dire que sur celui-là, je vais faire ça et sur celui-ci, je vais faire ci », avoue Mme Tremblay.
Une montagne dans une courbe, un ciel dans une surface lisse, un phare qui émerge d’un bourrelet. Chaque champignon devient une carte postale naturelle du territoire nord-côtier.
Une durabilité surprenante
Si vous vous demandez combien de temps dure un champignon peint, Doris vous répond sans hésiter : « On en a qu’on a fait en 2000, ils sont encore beaux. Ça ne se défait pas. Un arbre c’est du bois, alors le champignon c’est du bois aussi. »
Après le séchage et la peinture, un bon coup de vernis protège l’œuvre pour les années à venir.
Aujourd’hui, l’artiste ne cache pas son désir de faire connaître davantage son art. « C’est sûr, c’est une passion. Mais pourquoi pas la développer ? »
Ses champignons peints sont bien plus que des objets décoratifs : ils sont un clin d’œil au territoire, à la forêt, à la lenteur et à la transformation.
Et pendant que certains cherchent l’inspiration dans les musées ou les grands centres, Doris, elle, la trouve dans les sous-bois. Là où la forêt morte continue de raconter des histoires, avec un peu de peinture et beaucoup d’imagination.
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