Entrevue exclusive | Le PDG de la SAQ en tournée nord-côtière

Par Johannie Gaudreault 12:00 PM - 12 août 2025
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Originaire d'Europe, Jacques Farcy a joint la SAQ en 2015. Après un passage à la SQDC, il est revenu comme PDG en 2023. « Travailler pour une société d'État, c'est ce qui m'allume. Je crois profondément à notre mission : offrir un service de qualité tout en servant l'intérêt collectif. » Photo Johannie Gaudreault

En visite sur la Côte-Nord la semaine dernière, le président-directeur général de la Société des alcools du Québec (SAQ), Jacques Farcy, a pris le temps d’échanger avec les équipes locales, de rencontrer des clients et de visiter une distillerie régionale. Une tournée terrain qui, selon lui, est essentielle à sa mission.

« J’essaye de sortir du bureau au moins une fois par semaine. Donc, ce n’est pas anormal pour moi d’aller au contact de mes collègues et des clients », explique d’entrée de jeu M. Farcy, qui affirme vouloir demeurer en contact avec les réalités de l’ensemble du Québec.

« C’est important pour ma job de comprendre la réalité de nos opérations. Étant basé à Montréal, j’ai tendance souvent à être un peu nourri par les grands centres. Donc, le fait d’aller un petit peu plus loin, voir comment la réalité de nos opérations se passe en région, c’est très important pour moi parce que c’est des réalités souvent différentes en termes de dynamique commerciale, mais aussi en termes d’opérations », ajoute-t-il.

Depuis son entrée en poste il y a deux ans, c’est la première fois que le PDG vient visiter des succursales de la région.

Son parcours a commencé à Sept-Îles, avec des arrêts à Port-Cartier, Havre-Saint-Pierre, Baie-Comeau et Forestville, avant de poursuivre vers le Saguenay.

Des différences notables

Pour le PDG, visiter les régions permet de mieux saisir certaines particularités qui échappent aux centres urbains.

« Il y a beaucoup de différences, notamment par la proximité entre nos équipes et les clients. C’est sûr qu’on dessert des communautés qui sont tissées serrées. En région, c’est souvent un peu plus le cas que dans les grands centres, où ça peut être parfois un peu plus anonyme », observe-t-il.

Son passage dans la région lui a permis de constater que les équipes connaissent bien leurs clients. « Pour une société d’État, c’est important d’être dans cette dynamique où effectivement on est au service des Québécois, c’est pour ça qu’on existe », souligne Jacques Farcy.

Cette relation plus humaine s’accompagne aussi de défis logistiques bien propres à des territoires vastes et éloignés. « L’autre différence importante, c’est la distance. Pour tout ce qui est la logistique, la livraison, la rapidité d’accès aux produits, ça, c’est quelque chose d’important », dit le PDG.

« Et l’investissement qu’on va faire à Montréal avec le centre automatisé va permettre de compenser, d’avoir une livraison beaucoup plus rapide et un accès à tout le stock disponible à la SAQ, pas uniquement ce que parfois on peut mettre à disposition avec des enjeux de logistique », assure le gestionnaire.

Une partie de l’équipe de la succursale de Mingan accompagne le PDG Jacques Farcy (au centre), le nouveau directeur de succursale Benoit Gagnon (à gauche du PDG) et le directeur de secteur – Côte-Nord-Saguenay-Lac-St-Jean, Dany Laroche (à gauche). Photo Johannie Gaudreault

Transformation de la SAQ : les régions aussi concernées

Depuis quelques années, la SAQ a amorcé une transformation majeure. Si plusieurs projets pilotes sont pour l’instant testés dans les grands centres, les retombées s’étendront éventuellement à toutes les régions, y compris la Côte-Nord.

« Le but du projet pilote, c’est vraiment d’apprendre et de s’adapter, indique M. Farcy. On ne prétend pas avoir la bonne solution du premier coup. C’est la raison pour laquelle on veut être relativement proche des centres décisionnels pour être capable de s’adapter et de lire ça beaucoup plus vite. Mais une fois qu’on aura la bonne recette, elle pourra être mise en application partout au Québec. »

Deux grands besoins ressortent de la demande des Québécois, selon le PDG. Il s’agit de celui de praticité – trouver rapidement un produit – et celui de découverte – se laisser guider et conseiller.

« Il y a des moments où on est pressé, on veut vite trouver le produit qu’il nous faut, mais on est en mission. Et il y a d’autres moments où on a un peu plus l’esprit à se laisser peu guider. C’est vraiment les deux piliers qui guident notre réflexion actuellement et c’est ce qui guide nos différents projets d’apprentissage. »

Parmi les initiatives en cours : l’ajout de produits connexes (comme des tonics et des accessoires de service), la bonification de l’expérience client par des espaces de dégustation, et le prolongement des heures d’ouverture.

Des produits nord-côtiers sur les tablettes

Depuis le retrait des vins américains des tablettes en mars dernier, les produits québécois ont connu un gain de popularité qui rime avec la hausse des ventes.

La Côte-Nord n’est pas en reste en matière de production locale. « Il y a ici d’excellentes distilleries qui font des produits de qualité.

C’est très intéressant pour nous, et pour la clientèle locale comme touristique », estime Jacques Farcy, qui s’est d’ailleurs rendu dans les locaux de la Distillerie Québec North Shore à Chute-aux-Outardes.

Ces produits peuvent aussi se retrouver dans d’autres régions du Québec. « Une fois qu’un produit est sélectionné, on l’analyse selon son potentiel. Certains ont une distribution plus large selon la demande, d’autres restent plus locaux », résume le PDG.

La SAQ du secteur Mingan à Baie-Comeau. Photo Johannie Gaudreault

Aucune fermeture 

Alors que certaines fermetures de succursales ont été annoncées ailleurs au Québec cette année, M. Farcy se veut rassurant pour la Côte-Nord. “ Il n’y a aucun projet de fermeture sur la Côte-Nord ”, témoigne-t-il.

Il rappelle toutefois que la SAQ analyse annuellement la performance de ses points de service, en lien avec la baisse générale de la consommation d’alcool observée partout au Québec. La région, dit-il, suit les tendances provinciales. “ Ce n’est pas une région en difficulté ni une région qui tire la croissance. Elle est représentative. “

En termes d’investissements, la SAQ a déployé plus d’un quart de million de dollars pour rénover sa succursale de Sept-Îles il y a deux ans. Aucune autre construction ou rénovation majeure n’est prévue à court terme sur la Côte-Nord, mais l’organisation dit rester attentive à l’évolution de la clientèle et de ses besoins.

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