Société du patrimoine mondial Anticosti : la recherche au cœur des priorités
André Desrochers. Photo Emelie Bernier
Pour ce dernier texte de notre série sur les effets de la nomination d’Anticosti à l’UNESCO, nous avons discuté avec André Desrochers, directeur scientifique de la Société du patrimoine mondial Anticosti. Selon le géologue qui a arpenté l’île de long en large, Anticosti n’a pas encore révélé tous ses secrets…
Ce n’est pas pour rien qu’Anticosti est maintenant inscrite sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.
« Ce bien constitue l’enregistrement paléontologique le plus complet et le mieux préservé de la première extinction massive de vie animale, il y a 447-437 millions d’années. Il comprend le témoignage fossile le plus complet de la vie marine, couvrant 10 millions d’années de l’histoire de la Terre », ce qui représente sa valeur universelle exceptionnelle, peut-on lire sur le site du patrimoine mondial.
La recherche peut non seulement aider à mieux comprendre ce qui a décimé les animaux qui vivaient dans cette ancienne mer tropicale, mais également la biodiversité actuelle de l’île et les aspects sociétaux pour une petite communauté insulaire.
Un incubateur pour le futur
Un incubateur de recherche, porté par la Société, est déjà fort actif. Son rôle est à la fois pluriel et spécifique.
« L’incubateur mise davantage sur la valeur universelle exceptionnelle d’Anticosti parce qu’il y a plein de chercheurs au Québec qui travaillent au niveau de la biodiversité, par exemple, mais ça n’exclut pas qu’on puisse soutenir d’autres domaines : l’archéologie, le développement durable, les changements climatiques… », explique M. Desrochers.
Les falaises anticostiennes en ont long à dire sur ces derniers.
« Étudier l’extinction ordovicienne, c’est comme lire un avertissement gravé dans la roche : quand l’oxygène disparaît des océans, la vie s’effondre. Ces enseignements tirés du passé nous permettent de saisir les dangers qui menacent les écosystèmes actuels », ajoute le scientifique.
Anticosti et le monde
Cette année, l’incubateur financera en partie la venue de chercheurs d’Allemagne, de France, de Belgique et des États-Unis. « Ils vont tous venir, à différents moments, pour travailler sur la stratigraphie de l’extinction, selon leurs diverses spécialités », résume le chercheur.
Les chercheurs travaillant sur l’Ordovicien, période charnière de l’histoire à laquelle s’est produite la première extinction de masse du vivant, ne sont pas légion au Québec. « Il y a un réseau d’environ 250 chercheurs qui ont des réunions chaque année. Ce groupe de recherche, c’est notre façon de réseauter, de communiquer. Plusieurs chercheurs collaborent activement », indique André Desrochers.

L’incubateur est à la fois un tremplin et un levier pour aller chercher du financement. Le Fonds de recherche du Québec, l’agence nationale de recherche de France et la National Research Foundation des États-Unis sont partenaires de la Société dans ce dossier.
« Ce volet est mature. Cette année, on aura des chercheurs au doctorat, en plus du postdoctorat sur des thématiques liées à la stratigraphie et la paléontologie de l’extinction. Des gens vont travailler en entomologie sur les bourdons. D’autres vont travailler sur l’échouerie des macroalgues pour faire un suivi sur leur contribution au budget carbone. On a une chercheuse au postdoctorat qui a commencé l’an passé et qui s’intéresse aux salmonidés dans les grandes rivières. »
M. Desrochers n’est pas peu fier de voir la recherche prendre son rythme de croisière sur cette île unique au monde.
« La mission de la Société est de faire connaître la valeur universelle exceptionnelle d’Anticosti à l’intérieur d’un cadre en tout respect des gens du milieu, des partenaires… La mise en valeur passe par l’éducation, l’interprétation et la recherche », conclut le spécialiste.
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