De la visite rare dans les eaux du Saint-Laurent

Par Emelie Bernier 5:00 AM - 15 août 2025 Initiative de journalisme local
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Nordet le narval parmi les bélugas du Saint-Laurent. Photo tirée d'une vidéo du GREMM.

La présence d’une baleine à bec commune dans les eaux de Tadoussac a fait les manchettes nationales la semaine dernière. Les images du photographe Renaud Pintiaux ne laissaient aucun doute sur l’identité de ce visiteur au statut éminemment précaire. Outre cette baleine à bec commune, plusieurs autres espèces de mammifères marins qui s’aventurent dans les eaux du golfe et de l’estuaire piquent la curiosité des badauds comme des chercheurs. Qui sont-elles ?

Narval

Depuis 2016, un narval mâle nage dans les mêmes eaux que le béluga du Saint-Laurent, à plus de 1000 km de son habitat, l’Arctique.

« On ne l’a pas observé depuis 2022, mais ça ne veut pas dire qu’il n’est plus présent », indique Andréanne Forest, rédactrice en chef de Baleines en direct du Réseau québécois d’urgence des mammifères marins (RQUMM).

Un narval nage parmi les bélugas du Saint-Laurent. Courtoisie GREMM

On ne peut qu’émettre des hypothèses sur les raisons de sa présence dans nos eaux. « C’était un individu juvénile. Il s’est peut-être égaré par manque d’expérience. Est-ce qu’il était à la recherche d’un nouvel habitat ? Est-ce qu’il a fui un prédateur et n’a pas su retrouver son chemin ? », questionne Mme Forest. Quoi qu’il en soit, il semble avoir trouvé une communauté amie chez les bélugas du Saint-Laurent. 

Les deux espèces partagent plusieurs traits communs, notamment une partie de leur ADN. 

« Les chercheurs ont fait l’analyse ADN d’un crâne qu’ils n’étaient pas capables d’identifier et l’analyse a permis de constater que l’animal en question était un hybride entre les deux espèces, donc on sait que les deux sont capables de se reproduire », indique Mme Forest. Nordet le narval doit bientôt atteindre sa maturité sexuelle, c’est-à-dire 13 ans. Peut-être assistera-t-on à la naissance de petits « narlugas » dans les années à venir!

Épaulard

La fameuse « killing whale », vedette des Marineland de ce monde, a souvent été vue dans le Golfe du Saint-Laurent, jusqu’au Havre-Saint-Pierre, selon Andréanne Forest de Baleines en direct. « On dénombre une seule observation cet été, mais on en voit chaque année. Les spécimens viennent de la population de l’Atlantique Nord », indique-t-elle.

Illustration d’un épaulard. Photo Istock

Dans les années 1990, un groupe de 4 ou 5 épaulards visitaient régulièrement le Golfe et le détroit de Jacques-Cartier, rappelle-t-elle. « Un d’entre eux était bien connu. Jack Knife, l’épaulard, a même été représenté dans le film Katak le béluga », raconte, pour l’anecdote, Mme Forest.

Des documents historiques mentionnent la présence d’épaulards dans l’estuaire dans les années 1940.

Cachalot

De 1991 à 2009, des cachalots ont été observés régulièrement dans l’estuaire. Le plus connu d’entre eux, Triphon, est malheureusement mort dans une prise accidentelle avec un engin de pêche en 2009. « Depuis, il n’y a eu que de très rares observations », indique Andréane Forest. Ouvrez bien l’œil si vous pensez apercevoir un descendant de Moby Dick ! 

Illustration de cachalot. Istock

Hybride rorqual commun et bleu

Mona Lisa, malgré son nom féminin, est une baleine mâle à la génétique exceptionnelle ! Il est le fruit de l’union d’un rorqual à bosse et d’un rorqual commun, une rareté. « Ici, il est seul de sa gang à ce qu’on sait. C’est peut-être le seul qui a été observé dans l’estuaire, mais le phénomène est connu », indique Andréanne Forest.

Mona Lisa, hybride mâle entre un rorqual commun et un rorqual bleu. Photo Renaud Pintiaux Photo Renaud Pintiaux

Ce type d’hybridation, fort intéressant pour les chercheurs, pourrait-il poser un risque pour le bagage génétique du rorqual bleu, en voie de disparition ?

« À long terme, ça pourrait amener des considérations d’intégrité génétique. Il faut savoir que ce n’est pas un phénomène nouveau. Une étude a démontré que l’ADN du rorqual bleu contient 3,5 % de gènes de rorqual commun », indique Mme Forest.

L’effectif canadien de rorquals bleus de l’Atlantique, initialement estimé à environ 1 500 individus, ne compterait aujourd’hui que quelques centaines d’individus selon le Gouvernement du Québec. Ces derniers fréquentent les mêmes aires de répartition, dont quelque 300 individus ont été photo-identifiés par des scientifiques dans le golfe du Saint-Laurent.

Quoi faire si vous apercevez, ou croyez apercevoir, ces espèces rares?

– Prendre en note votre observation, mais sans s’approcher de l’animal. (En vertu du Règlement sur les activités en mer dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent, une distance minimale de 400 mètres doit être maintenue avec les espèces en voie de disparition comme le béluga, la baleine noire, la baleine à bec et plusieurs autres dans le parc marin. Les observations de la rive sont sans impact et tout aussi pertinentes.) 

– Si possible, prendre des photos et vidéos

– Ne pas essayer de porter assistance à l’animal

– Contacter le plus rapidement possible le RQUMM au 1 877 722-5346

Une baleine à bec commune nage pour une rare fois dans le Saint-Laurent

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