Au large du Nord avec l’auteur Daniel Thibault
L'auteur Daniel Thibault en vacances à Sept-Îles, en août 2025, près du secteur de Rivière Brochu. Photo Alika Kadzhiyeva
Dans cette série d’entrevues sporadiques, on vous propose des entretiens avec des personnalités originaires de la Côte-Nord, mais qui ont pris le large pour déployer leurs ailes. Ils portent en eux leurs racines nordiques qui continuent de les influencer et de les inspirer, mais surtout, ils reviennent toujours à la maison de temps en temps pour prendre une bonne bouffée d’air salin à la fois régénératrice et rassurante.
L’auteur et scénariste Daniel Thibault est né à Labrador City, d’où il n’a aucun souvenir pour le paraphraser, mais c’est vraiment à Port-Cartier qu’il a grandi. Il y revient chaque année pour les vacances, rendre visite à son père qui y demeure toujours. C’était le cas mi-août. Le Journal l’a attrapé au passage pour un entretien décontracté, entre une incontournable séance de cueillette de bleuets en famille et un spectacle de perséides à Rivière Brochu.
« Quand je reviens ici, c’est sûr que je retrouve tous les spots où j’ai grandi », lance l’auteur du film Désobéir : le choix de Chantale Daigle (2023) et de la série Ruptures (2016-2019), pour laquelle il a d’ailleurs remporté un prix Gémeaux pour le meilleur texte de série dramatique saisonnière. Il y a aussi eu La vie parfaite (2013), Mirador I et II (2010-2011) et plusieurs années sur Un gars, une fille.
« J’ai encore de bons amis avec qui je suis allé à l’école, des gens avec qui je faisais des spectacles quand j’étais sur la Côte-Nord, avec Stephan Harvey, que tout le monde connaît », poursuit-il.
Avant de faire l’École nationale de l’humour en 1988, Daniel Thibault a fait une tournée de la Côte-Nord à titre d’humoriste avec son groupe composé de Dave et Stephan Harvey, ainsi que Serge Duclos.
En une année, ils ont fait une soixantaine de spectacles dans la région. Ils ont ainsi développé des numéros bien ficelés. Puis ils se sont mis à envoyer des VHS de leur travail à la recherchiste de l’émission d’humour Casse-Tête, animée par Daniel Lemire à Télé-Métropole (aujourd’hui TVA).
Ils ont réussi à retenir l’attention et se sont rendus à Montréal avec un billet d’avion payé. C’est un peu là que tout a commencé pour lui. Ils ont fait un numéro au Club Soda au passage, où il a connu Louise Richer, la directrice de l’École nationale de l’humour et ainsi va la vie qui va.
Pour celui qui est aujourd’hui auteur et scénariste, le fait de provenir d’une région éloignée aura été bénéfique pour propulser sa carrière.
« Ça nous a permis de garder nos illusions », dit-il en riant. « On avait vraiment un beau petit succès en région. Ça fait qu’on croyait au bout en nous. À Montréal, peut-être que ça aurait plus joué du coude. »
Bien sûr, il y avait la distance et internet n’existait pas à l’époque, ce qui représentait certainement des enjeux pour se mettre en marcher.
« Personnellement, j’avais vraiment le feu intérieur », dit-il, une autre importante clé pour réussir. « Après ça, il n’y a pas d’obstacle. »
L’absence des régions en télé
Daniel Thibault cite en exemple la réussite de la scénariste et comédienne Érika Soucy, de Portneuf-sur-Mer. Celle qui a créé Les Perles diffusée à TVA et plusieurs épisodes de la série Léo a même réussi à amener une équipe de tournage dans son coin de pays pendant trois jours, quelque chose de désormais de rarissime, selon Daniel Thibault.
« C’est très montréalocentrique, la télévision au Québec », déplore-t-il, une question de budget. « Dès qu’on sort dans un rayon de 85 kilomètres à l’extérieur de Montréal, ça coûte le double pour payer tout le monde à cause des déplacements et il n’y a plus d’argent en télé, alors c’est pire ! »
D’ailleurs, avec le film sur l’histoire de Chantale Daigle, qui se passait entre Québec, Chibougamau et Montréal, l’équipe aurait vraiment souhaité aller sur le territoire.
« Impossible avec les budgets qu’on a et on avait un excellent budget pour la télévision québécoise », souligne-t-il.
Sans pouvoir en dire trop, l’auteur tente actuellement de développer une série d’aventure à saveur internationale qui se passerait en Basse-Côte-Nord. Le projet lui tient à cœur, mais est confronté lui aussi à plusieurs enjeux budgétaires. Il ignore donc s’il verra le jour.
Peut-être inspiré par la pub de Tourisme Côte-Nord, qui met en scène un Norvégien qui confond la Norvège avec la Côte-Nord (qu’il trouve géniale !), Daniel Thibault souhaiterait que le Québec mette plus en valeur son territoire à l’écran, comme c’est davantage le cas en Scandinavie.
« C’est superbe ce qu’on voit à l’écran là-bas, on a la même chose au Québec, sinon encore plus beau, mais nous n’avons pas les moyens de nos ambitions. »
Un choix politique, estime-t-il.
« Ça pourrait être des belles cartes de visite. Il y a énormément d’argent qui est mis sur des trucs comme le Grand Prix, parce que c’est une vitrine internationale. Si on mettait de l’argent dans les séries québécoises pour qu’on puisse mettre le territoire à l’écran, c’est clair qu’on créerait des opportunités. »
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