Chronique de Réjean Porlier | La non-imputabilité, cette gangrène qui ronge le Québec !

Par Réjean Porlier 2:00 PM - 29 août 2025
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Le juge Denis Gallant préside la Commission d'enquête sur la gestion de la modernisation des systèmes informatiques de la Société d'assurance automobile du Québec. Capture d'écran

J’entendais la ministre Guilbault réclamer plus d’imputabilité pour les fonctionnaires lors de son passage à la commission Gallant sur le scandale de l’explosion des coûts pour la numérisation des services à la SAAQ. Il faut avoir du front et pas à peu près pour parler d’imputabilité après s’être fait mettre le nez dans ses propres contradictions en plein témoignage.

 « On ne m’avait pas informée. » Oups, elle l’avait été… « Nous n’avons fait que reproduire les chiffres donnés par la SAAQ. » Oups, le ministère avait omis d’ajouter l’addenda de 75 millions $ fourni par la SAAQ, ce qui comme par hasard évitait des allers-retours au Conseil du trésor. Du front et surtout beaucoup d’ambition, parce que cette soudaine référence à l’imputabilité ne semble pas s’adresser à elle, mais à tous les autres.

Selon la ministre, un fonctionnaire ne devrait pas pouvoir continuer de travailler au service de l’état après avoir coûté si cher aux contribuables. You hou, Mme la ministre… vous êtes vous-même en train de commander à grands frais des études pour un troisième lien entre Québec et Lévis qui ne verra possiblement jamais le jour. Votre ambition démesurée qui va coûter aux contribuables un bras et probablement l’autre, devrait, si vous étiez imputable, minimalement vous rétrograder au rôle de simple députée, non ?

Ce qui se passe à la SAAQ est la pointe de l’iceberg et le symptôme d’une culture qui nous mène droit à la faillite. Faillite économique, mais faillite sociale aussi, car les contrecoups de cette culture de la non-imputabilité où tout un chacun s’emploie à dépenser sans compter, n’est pas l’histoire d’un budget, mais celle de notre avenir collectif.

Tout y est : nominations partisanes, alors que la CAQ nous promettait bien de ne plus jouer dans ce mauvais film, copinage, appels d’offres truqués, dépassements de coûts astronomiques et finalement, aveuglement volontaire de chacun des niveaux de décision, du bas jusqu’au haut de la chaîne, du gestionnaire jusqu’au gouvernement.

Préparez-vous, on va encore une fois nous servir l’ensemble des excuses comme à chacun des scandales : je ne pouvais pas savoir, c’est une autre personne qui ne m’a pas informé, la décision venait de plus haut et bla, bla, bla… On parle de centaine de millions $$$ bordel, comme s’il s’agissait d’argent de Monopoly. Des millions qui auraient pu servir à rénover combien d’hôpitaux ? Des millions qu’on nous répétera ne pas avoir pour répondre à des besoins criants. Et le pire dans tout ça c’est qu’on nous regardera droit dans les yeux pour nous convaincre encore une fois de tous ces efforts déployés pour redresser les finances publiques… foutaise !

On va se le dire, je n’ai jamais été d’accord avec les baisses d’impôt, parce que persuadé qu’elles allaient résulter à une diminution des services, ce qui est effectivement le cas. Mais quand je vois comment sont administrés nos impôts, je me dis que moins le gouvernement a d’argent, moins il en tire par les fenêtres.

Moi qui ai toujours été convaincu de l’importance du rôle de l’état dans le partage de la richesse. Et ne venez surtout pas me parler du bon père de famille qui a bien géré la Covid et qui s’est toujours présenté comme le champion des administrateurs, faisant miroiter les centaines de millions $, voir les milliards $ en retombées pour le Québec.

La preuve en est faite une fois de plus avec ce scandale à la SAAQ, que l’incompétence a libre cours au Québec.

On a beau liquider le bien public, l’imputabilité se résume à de petites tapes sur les doigts, quelques vagues promesses de ne plus recommencer et à un verdict aux quatre ans… c’est indécent et certainement indigne d’une société qui s’appuie sur le droit.

En fait, dans la justice comme dans la santé maintenant, il y a deux vitesses ; le petit larcin qu’on ne manque pas de judiciariser et ce vol à grande échelle de nos argents publics où après nous avoir servi la grande messe, on fera disparaître les coupables, comme par enchantement. Surtout, on aura pris soin de les protéger des recours.

Ensuite, on se demande pourquoi la population tourne le dos à la politique et se donne bonne conscience à déjouer le système. Une population qui finit par fermer les yeux parce qu’elle a l’impression d’y trouver son compte… pathétique !

L’administration publique est à l’image de tous ces CA qui encouragent la complaisance plutôt qu’une reddition de compte serrée. Lorsqu’on s’en désintéresse, elle se désintéresse de nous ayant l’impression de n’être redevable qu’aux quatre ans, avec pour conséquence cette dérive à laquelle on assiste. N’oubliez jamais, ¨qui ne dit mot consent¨.

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