Chasse à l’orignal : les pourvoyeurs de la Côte-Nord redoutent le tirage au sort

Par Johannie Gaudreault 12:00 PM - 12 septembre 2025
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L'Association des pourvoiries de la Côte-Nord espère un recul du ministère quant à l'instauration d'un tirage au sort partout au Québec. Photo Pourvoiries Côte-Nord

La mise en place d’un tirage au sort mur à mur au Québec pour la chasse à l’orignal dès 2026 n’est pas vue d’un bon œil par l’Association des pourvoiries de la Côte-Nord.

Le nouveau plan de gestion de l’orignal qui sera instauré par le ministère de l’Environnement, de la Lutte aux Changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP) en 2026 cause bien des inquiétudes même si les modalités officielles n’ont pas encore été annoncées. Le dévoilement est prévu cet automne. 

Des mesures ont tout de même fuité à la suite des consultations organisées par le ministère et le tirage au sort à la grandeur de la province est pointé du doigt par plusieurs organisations. Celui-ci déterminerait les chasseurs pouvant récolter une femelle.

Du côté de l’Association des pourvoiries de la Côte-Nord, le président Nicolas Moreau parle d’une mesure qui risque de fragiliser l’équilibre entre mâles et femelles dans les cheptels, en plus de réduire l’attrait de la région auprès de la clientèle de chasseurs, souvent issue de l’extérieur.

« Le client qui paie 3 000 ou 4 000 $ pour venir chasser ici, en ayant le droit de récolter un mâle ou une femelle dépendant de la saison d’alternance, ça augmentait ses chances. Est-ce qu’il va venir sur la Côte-Nord pour essayer de récolter un mâle sachant que plus ça va aller, moins il y en aura, et qu’il n’a pas beaucoup de chance de sortir au tirage au sort ? », illustre-t-il.

Sur le plan biologique, les pourvoyeurs craignent qu’une pression accrue sur les mâles entraîne un déséquilibre à long terme, créant un débalancement du ratio mâle-femelle.

Le regroupement souligne également que le cheptel nord-côtier est en bonne santé et en croissance. Les inventaires aériens ont même révélé un doublement de la population entre 2006 et 2018 avec le principe d’alternance. « Le cheptel, il n’est pas malade. Il est en croissance ici. Alors, pourquoi faire du mur à mur comme ça ? », questionne Nicolas Moreau.

Au-delà des enjeux fauniques, les impacts économiques sont aussi au cœur des inquiétudes. Dans certaines pourvoiries, la chasse représente jusqu’à 90 % du chiffre d’affaires annuel.

Or, l’incertitude actuelle complique les réservations pour les années à venir. Habituellement, les chasseurs réservent leur forfait pour l’an prochain avant de quitter, mais cette année, les pourvoyeurs ne pourront pas répondre à leurs questions sur la saison 2026.

« Plutôt que les gens quittent la pourvoirie en laissant un dépôt pour la saison suivante, il va falloir les rappeler. Quand la saison se termine, il n’y a plus d’entrée de fonds avant la prochaine saison de pêche, ce qui fait que les pourvoyeurs devront assumer les mois d’hiver sans nouvel argent », déplore le président.

L’Association dénonce également un manque de communication. Selon elle, les consultations menées par le ministère n’ont pas permis de refléter adéquatement les réalités régionales. Des démarches ont été entreprises auprès des élus régionaux, mais sans réponse à ce jour. 

« L’objectif ultime, ce n’était pas d’avoir raison sur ce qu’on demande, mais au moins d’avoir une communication, d’avoir, en amont de la visite des chasseurs qui s’en viennent, de l’information à leur transmettre. Mais de rester dans le nuage, ça demeure inquiétant », estime M. Moreau.

Des points positifs

Tout n’est pas noir dans le futur plan de gestion de l’orignal, selon l’Association des pourvoiries de la Côte-Nord. Le ministère voulait imposer des sanctions aux pourvoyeurs qui ne respectent pas leur quota d’orignaux attribués pendant la période du plan de gestion. Toutefois, cette mesure a été abandonnée.

« Ça a été annoncé l’année passée. Et là, juste à l’aube de recevoir les modalités formelles du plan, on nous apprend qu’ils reculent finalement parce qu’ils n’ont pas le droit de faire ça. Ce qu’on trouve bizarre là-dedans, c’est qu’avant de proposer des changements, on devrait s’assurer que ça peut se faire », lance le président précisant que l’abandon des sanctions est une bonne nouvelle.

La réalisation d’inventaires aériens plus fréquemment pour s’assurer de la bonne santé des cheptels d’orignaux est aussi vue positivement par l’organisation nord-côtière tout comme l’évolution des méthodes de calcul employées par le ministère pour déterminer les quotas.

« La réalité qu’on a eue lors du dernier inventaire aérien (en 2018), c’est que le cheptel sur la Côte-Nord a doublé. Le fait d’avoir reconduit de 2019 à 2025 les mêmes quotas qui étaient basés sur des inventaires aériens qui dataient de plusieurs années, les pourvoyeurs n’ont pas pu bénéficier du cheptel augmenté », explique M. Moreau.

« Une pourvoirie qui avait le droit, par exemple, à 20 bêtes pendant le prochain quatre ans, on peut penser que si on avait appliqué le fait que le cheptel a doublé, elle aurait peut-être pu accueillir plus de groupes de chasseurs », poursuit-il.

Quant à la méthode de calcul, les changements permettent un gain pour les pourvoyeurs, selon le président, notamment en raison des cheptels qui sont en santé. « C’est positif sur l’aspect du nombre de bêtes octroyées », estime-t-il.

Notons que l’Association des pourvoiries de la Côte-Nord compte une cinquantaine de membres.

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