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Int-elle Nishk : la diversité, une force de frappe

Par Emy-Jane Déry 11:45 AM - 22 novembre 2025
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Jessie James Fontaine, président d’Int-elle Nishk et Mirka Boudreau, vice-présidente d’Int-elle Nishk. Photo Emy-Jane Déry

La route vers la réconciliation économique est un chemin qui n’est pas sans embûches, malgré toute la bonne volonté dont font preuve ceux qui l’empruntent. Int-elle Nishk est la première entreprise autochtone de service dans l’industrie ferroviaire à voir le jour au Québec. L’entreprise est née de l’union d’une entrepreneure septilienne et d’un entrepreneur innu de Uashat mak Mani-utenam. À travers les défis rencontrés, il y a aussi la création d’opportunités nouvelles et l’union des forces qui permettent de voir grand, très grand.

L’entrepreneure Mirka Boudreau n’en est pas à sa première opportunité saisie avec la naissance d’Int-elle Nishk. Le géant minier Rio Tinto a fait connaître aux entrepreneurs sa volonté de favoriser les retombées locales, mais aussi, dans la communauté autochtone.

La femme d’affaires à la tête du Groupe Int-elle a senti qu’elle pouvait répondre à plusieurs critères.

« Ça a été nommé clairement. Et autour de la table, j’étais la seule entreprise locale. Alors je me suis dit : comment bien le faire ? Mon modèle d’affaires, à la base, c’est un modèle d’affaires de partenariats », explique-t-elle. 

Elle s’est donc tournée directement vers la communauté de Uashat mak Mani-utenam et sa Société de développement économique, la SDEUM. Rapidement, il y a eu l’identification d’un « match » potentiel avec Jessie James Fontaine, propriétaire de Nishk Construction. 

« Je les ai appelés et j’ai leur ai dit les boys, il faut qu’on se rencontre, j’ai une idée ! », raconte Mirka Boudreau.  

Cette idée, c’était entre autres de mettre en application des engagements concrets en matière d’employabilité autochtone. C’était également important d’avoir de la main-d’œuvre issue des Premières Nations en position de supervision. 

« Je ne voulais pas que ce soit une histoire de pouvoir cocher des cases », affirme Mme Boudreau. « On va les former à l’interne et on va mettre sur le terrain des casques blancs autochtones. »

Cette préoccupation est un enjeu bien connu et vécu au sein des Premières Nations qui sont souvent relayées à des postes dits « d’entrée » dans l’industrie. Une étude récente de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT), en collaboration avec la communauté de Uashat mak Mani-utenam, est d’ailleurs venue mettre des chiffres sur ce phénomène. Dans l’industrie minière et métallurgique de la Côte-Nord, la proportion de main-d’œuvre innue est seulement de 2,3 %. Lorsqu’on parle de fournisseur de services, elle grimpe à 34 %.  

« On entend souvent les Autochtones dire, quand ils vont dans un chantier (…) par exemple, les opérateurs. Ils vont faire du camion, mais il n’y en a pas beaucoup qui conduisent des pelles. C’est toujours le travail de base », rapporte Jessie James Fontaine. 

Lorsque les pourparlers ont commencé avec Mirka Boudreau, ses intentions étaient claires. 

« Quand on s’est rencontré, ce n’était pas juste l’idée de faire des manœuvres et de seulement faire du travail manuel. C’était la tête aussi », dit-il.  

Les défis du mariage

Parmi les défis du « mariage » entrepreneurial entre allochtone et autochtone, il y a l’aspect financier qui est non négligeable.  

« Si moi j’engage quelqu’un, c’est sûr qu’il est obligé de payer de l’impôt. Donc j’ai toujours eu de la misère à avoir de la main-d’œuvre directe », révèle Mme Boudreau. 

Avec l’entité Int-elle Nishk, cet aspect n’est plus un enjeu, puisqu’il s’agit d’une entreprise des Premières Nations. Or, pour Jessie James Fontaine, il était important de ne pas être dans le projet à titre de « prête-nom ». 

 « On veut développer dans la communauté et développer pour de vrai, en tant qu’entreprise autochtone », dit-il. 

Pour s’assurer des bonnes intentions d’un potentiel partenaire d’affaires allochtone, comme en amitié, la confiance se bâtit avec le temps.

« On [avec Mirka Boudreau] avait eu beaucoup de rencontres, on a cherché beaucoup la confiance. On se connaissait pas mal. Au cours des dernières années, on se rencontrait lors de différents événements. On a comme créé la confiance comme ça, à force de se voir et elle me disait ses arguments sur pourquoi on pourrait le faire », raconte M. Fontaine.  

Défaire les fausses impressions

Avec Nishk Construction, Jessie James Fontaine affirme faire parfois face à des idées préconçues, lorsque vient le temps d’obtenir des contrats. 

« Quand on soumissionne directement pour des contrats, souvent, à cause des préjugés, je pense qu’on ne l’a pas », dit-il. « Des fois, j’aime ça le dire : donnez-nous notre chance. On va vous montrer qu’on est capable de travailler, qu’on est capable de faire la job. »

L’entrepreneure Mirka Boudreau se dit consciente de certaines « impressions » d’allochtones sur la main-d’œuvre autochtone. 

« Même au travers de mon équipe, malgré que nous sommes une équipe ouverte et tout ça, il y a de l’éducation à faire », dit-elle. 

En tant que femme à la tête d’une entreprise, elle explique souvent utiliser la comparaison pour défaire certains préjugés. 

« Si c’étaient des femmes, que diriez-vous ? », affirme-t-elle, en cas de besoin. « J’ai comme ce superpouvoir-là, d’être une femme et de moi aussi faire partie de la minorité. »

À force d’expériences positives avec des travailleurs des Premières Nations efficaces au sein des équipes, les idées préconçues tombent. 

Voir grand

Intel-Nishk a conclu un partenariat de taille avec A&B Rail Services, un des gros joueurs de l’industrie des services ferroviaires au Québec. 

« C’est une des plus grandes entités au Québec. Nous avons signé une entente d’exclusivité avec eux », dit Mirka Boudreau. « Nous avons réussi à les convaincre de dire : faites-le avec nous au lieu de contre nous. Là, on a non seulement la force commerciale, mais aussi la force technique. Demain matin, s’il y a un contrat de 100 M$ qui sort, nous aurons la capacité de le faire aussi. Ils nous supportent pour les équipements, la main-d’œuvre spécialisée le temps que nous formions nos gens… ils nous supportent pour le financier aussi », explique-t-elle. 

Avec toutes ces forces rassemblées, le duo de Jessie James Fontaine et Mirka Boudreau voit grand. 

« La diversité de l’équipe, ce n’est pas juste pour cocher des cases dans un appel d’offres. C’est vraiment une force de frappe », réitère-t-elle. 

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