Essipit s’engage dans une gouvernance partagée

Par Johannie Gaudreault 7:00 AM - 25 novembre 2025
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La communauté innue d'Essipit est située en Haute-Côte-Nord. Photo Johannie Gaudreault

Les Premières Nations d’Essipit, de Pessamit et de Mashteuiatsh ont franchi une étape qualifiée d’historique avec la signature d’une entente de gouvernance partagée sur une importante portion de leur territoire ancestral commun.

L’entente, officialisée le 18 novembre, vise à établir un modèle partagé de gestion du territoire fondé sur la responsabilité, la solidarité et le respect des traditions innues.

Cette démarche commune affirme la volonté des trois Nations d’assumer pleinement leur souveraineté territoriale tout en conciliant développement économique, préservation des ressources et pratiques traditionnelles.

Elle s’inscrit dans le cadre des droits ancestraux protégés par la Loi constitutionnelle de 1982 et la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.

Pour le chef d’Essipit, Martin Dufour, cet accord officialise des discussions en cours depuis 20 ans et permettra d’unifier les décisions, les consultations et la gestion de projets majeurs, notamment dans le secteur énergétique.

Le fonctionnement de cette gouvernance reposera sur un comité composé de deux élus de chaque communauté innue.

« Il reste à avoir la résolution pour mandater deux élus par conseil. À partir de ce moment-là, il y a des rencontres qui vont être prévues au besoin quand on aura des décisions qui toucheront particulièrement la partie sud du territoire. C’est comme ça qu’on va fonctionner », explique le chef de la Première Nation des Innus Essipit, Martin Dufour, en entrevue avec le Journal.

Ce comité, précise-t-il, ne se veut pas un conseil formel, mais une instance pratique de concertation.

L’objectif est clair : éviter le dédoublement des démarches, particulièrement lors des consultations gouvernementales ou dans la gestion de projets touchant les trois communautés.

« On dédoublait les efforts, on triplait même les efforts parce que tout le monde, on était consulté séparément. On pourrait éventuellement être consulté d’une seule et unique façon, ce qui va nous permettre de gagner beaucoup de temps », lance M. Dufour.

Voici la partie (grise) du territoire qui est en gouvernance partagée entre Essipit, Pessamit et Mashteuiatsh. Photo courtoisie

Une entente attendue

Cette gouvernance commune trouve ses racines dans l’Entente de principe signée en 2004 avec les gouvernements.

« En 2004, on a signé une entente de principe avec les deux paliers de gouvernement dans laquelle il y avait la partie sud-ouest. Dans l’entente de principe, il était souhaité d’avoir une gouvernance commune pour ce territoire-là puisqu’il n’y a pas de réserve, mais il y a quand même eu, durant des millénaires, une présence innue », explique le dirigeant de la communauté.

Avec le temps, Essipit, Pessamit et Mashteuiatsh ont constaté que leurs démarches parallèles compliquaient la gestion du territoire. « Le timing était parfait, je pense, parce qu’on s’est aperçu également au cours de ces années-là qu’on dédoublait les efforts », constate Martin Dufour.

Le chef de Pessamit, René Simon, souligne pour sa part la continuité d’une présence millénaire et l’importance symbolique de cette entente.

« Sur ces terres foulées par nos ancêtres depuis des temps immémoriaux, nous réaffirmons notre présence et notre responsabilité collective. Par cette entente, le territoire partagé devient un symbole d’unité entre nos trois Nations », lance-t-il.

« Nous affirmons notre autodétermination, notre volonté de marcher ensemble et d’établir une gouvernance partagée sur Tshitassinu tshiuetunussit, désignée terre commune, guidés par nos valeurs traditionnelles et la sagesse de notre culture », poursuit M. Simon.

Le territoire partagé pourrait également inclure la Nation Wendat. Des discussions sont prévues puisqu’il s’agit d’un territoire partagé avec cette communauté autochtone.

René Simon, chef de Pessamit, Martin Dufour, chef d’Essipit, et Jonathan Germain, chef de Mashteuiatsh, ont officialisé l’entente le 18 novembre. Photo courtoisie

Projets énergétiques et retombées

Le territoire visé est déjà au cœur de projets énergétiques, ce qui rend la gouvernance commune d’autant plus stratégique.

« Il y a également des projets énergétiques qui s’en viennent sur ce territoire-là, divulgue M. Dufour. Il y en a déjà qui sont commencés. […] Ça nous a permis également de parler de ces projets-là. »

Les trois Nations sont déjà partenaires d’un projet éolien en fonction depuis 2015, soit le parc éolien Rivière-du-Moulin, situé sur le même territoire aujourd’hui en gouvernance partagée.

L’entente facilitera aussi la mise en commun de ressources professionnelles pour les consultations et la planification. « On aimerait ça se doter de ressources communes pour tout l’aspect consultation sur cette partie de territoire là », confie le chef innu.

Aucune incidence

Selon le chef Dufour, les citoyens n’ont pas à craindre de changement dans l’accès au territoire avec cette nouvelle entente. Des panneaux d’identification du Nitassinan d’Essipit sont apparus sur le territoire dans les dernières semaines, mais elles ne sont pas en lien avec la nouvelle gouvernance partagée qui, elle, ne concerne que la partie sud-ouest. 

Selon Martin Dufour, les panneaux visent uniquement à informer. « C’est un peu comme les MRC font. Elles s’affichent pour que les gens sachent sur quel territoire ils sont. »

« Un bel accomplissement »

Cette signature marque un moment important dans l’histoire des relations entre les trois Nations, aux yeux du chef d’Essipit. « C’est quand même historique, là. […] C’est un bel accomplissement. On en est fiers. »

Il rappelle que si d’autres ententes de partage existent ailleurs, une gouvernance politique de ce type serait une première au Québec. « Politiquement, au Canada, je ne sais pas si c’est une première, mais au Québec, c’est historique », fait-il savoir.

Tshitassinu tshiuetunussit, auparavant désigné comme la « Partie sud-ouest » dans l’Entente de principe d’ordre général de 2004, signifie « Notre territoire, dans la région du sud » dans les langues innues. Ce territoire commun revêt une importance stratégique et culturelle pour les trois Nations signataires.

Trois Premières Nations, dont deux de la Côte-Nord, ont signé une entente historique pour la gouvernance du territoire ancestral. Photo courtoisie

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