Immigration : l’avenir est incertain pour plusieurs restaurants de la Côte-Nord
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Un groupe de propriétaires d’entreprises de la Côte-Nord se mobilise et lance un appel urgent à l’action aux gouvernements, à qui ils demandent du soutien face aux conséquences des récentes modifications aux programmes des permis de travail qui rendent incertain l’avenir de leurs entreprises et de leurs travailleurs.
La dizaine d’entrepreneurs de la région demande aux gouvernements d’instaurer un moratoire immédiat sur les restrictions au Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) pour les postes bas salaires, tous secteurs confondus.
Avec les changements législatifs, si rien ne change, ils perdront, pour plusieurs, la majorité de leurs employés à mesure que leurs permis de travail arriveront à échéance.
Depuis l’entrée en vigueur des modifications aux programmes en septembre 2024, Marie-Josée Carrier observe beaucoup d’anxiété auprès des travailleurs étrangers qui sont au cœur du bon fonctionnement de ses entreprises. La propriétaire d’une bannière nationale sur la Côte-Nord a vu une première de ses employées devoir quitter Baie-Comeau, puisque son permis est arrivé à échéance.
La travailleuse a dû repartir pour les Philippines avec son mari et ses enfants. Pour cette petite famille bien intégrée, la situation était dramatique. Et autour d’eux, l’angoisse s’est accrue, a constaté Mme Carrier.
« Ça crée énormément d’anxiété et de stress dans l’équipe, car les autres voient ça et se disent : c’est moi le prochain à l’abattoir », dit-elle.
Dans une lettre adressée aux ministres de l’Immigration du Canada et du Québec, Mme Carrier et d’autres entrepreneurs de la Côte-Nord font valoir l’importance de la présence de ces travailleurs étrangers temporaires (TET) dans la région.
« À ceux qui prétendent que les TET prennent des logements, des places en garderie ou surchargent le système de santé, nous répondons : c’est tout le contraire. Ce sont eux qui aident à bâtir les logements, cuisinent dans nos hôpitaux, entretiennent nos écoles, nettoient nos établissements, soutiennent nos aînés et ramassent les ordures », font-ils valoir. « Dans les faits, ils sont les piliers silencieux qui permettent à nos communautés de fonctionner dignement. »
Le maire de Sept-Îles, Benoît Méthot, a rencontré le groupe d’entrepreneurs qui se mobilise. Lui qui a fait campagne sur l’enjeu du déclin démographique abonde dans le même sens.
« On perd des résidents, ces gens-là font partie de notre population, ce qui fait qu’en les perdant, on accroît notre déclin démographique, mais c’est aussi l’attractivité de notre ville, les services qui sont offerts, qui sont à risque. Cette loi-là est vraiment dommageable pour notre économie et notre ville en général », a-t-il affirmé au Journal.
À Baie-Comeau, le maire Michel Desbiens a demandé une rencontre avec le ministre provincial de l’Immigration, Jean-François Roberge. Il est d’avis que l’application d’une loi mur à mur n’est pas appropriée.
« Ce qui est bon pour Montréal, Québec, Laval, ce n’est pas nécessairement bon pour les régions. On a d’autres dossiers comme ça, entre autres dans les garderies (…) Du mur-à-mur au Québec, ça ne fonctionne pas. Ça devrait être différent pour les régions, parce qu’on n’a pas la même réalité », a-t-il fait valoir.
Un frein au développement
Nombreuses sont les bannières à avoir affiché être à la recherche de franchisés à Sept-Îles. Récemment, on a vu celles de Boston Pizza et de Ben et Florentine.
« Il n’y a personne qui veut ouvrir ça, parce que tout le monde sait qu’ils vont se casser la gueule s’ils n’ont pas d’employés », croit Marie-Josée Carrier.
Elle a elle-même deux projets à Sept-Îles et un à Baie-Comeau qui sont sur la glace, depuis les modifications législatives.
« J’attends de voir qu’est-ce qui va se passer avec le programme des travailleurs étrangers temporaires, parce que c’est impensable sinon (…) la population est décroissante et vieillissante », dit-elle.
Des curriculum vitae de gens locaux qui souhaitent travailler à temps plein, Marie-Josée Carrier et ses comparses n’en reçoivent tout simplement pas, ou très rarement.
« Quand on n’a plus de main-d’œuvre, on ne peut pas faire rouler le restaurant », conclut-elle.
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