À la rentrée scolaire 2026-2027, il sera désormais obligatoire pour les enseignants de prévoir la lecture de deux textes autochtones par année, et ce, dans toutes les écoles du Québec.
« Les programmes de français, langue d’enseignement, sont actuellement mis à l’essai dans plusieurs écoles du Québec », explique Bryan St-Louis, porte-parole du ministère de l’Éducation.
La nouvelle version du programme est testée dans une cinquantaine de classes depuis le mois d’août et elle sera déployée dans toutes les écoles à la prochaine rentrée.
Elle prévoit la lecture de deux discours ou textes autochtones par année de la 1re année du primaire à la 5e année du secondaire.
« Les enseignants ont la liberté de choisir les auteurs et les titres à faire découvrir aux élèves. Cette recommandation est issue de consultations avec les partenaires », précise M. St-Louis ajoutant qu’il était déjà possible pour un enseignant de présenter des textes autochtones.
Les élèves devront également lire au moins dix textes ou ouvrages chaque année, dont au moins la moitié mettront en valeur la culture québécoise et francophone, alors qu’auparavant, c’était huit textes québécois aux trois ans.
Selon Québec, ce programme marque un tournant important dans l’enseignement de la langue. « Il s’attache à la rendre vivante et attrayante, en puisant dans la richesse de la culture québécoise et en revoyant certains contenus pour la mettre en valeur », estime-t-on.
Des réactions positives
Les Éditions Hannenorak, seule maison d’édition spécialisée dans la publication d’œuvres autochtones, se réjouissent de cette annonce du ministère de l’Éducation.
« Nous sommes convaincus que cette nouvelle aura un effet bénéfique sur les jeunes. Les récits des Premiers Peuples sont emplis de richesses culturelle et littéraire », affirme la maison d’édition autochtone dédiée à la littérature des Premières Nations.
Pour la blogueuse originaire de Pessamit, Audrey-Lise Hervieux, cette décision est non seulement attendue, mais essentielle à une meilleure compréhension mutuelle.
« Je pense aussi que c’est important que tous les étudiants, autochtones ou non, aient accès à la littérature autochtone. Ça contribue vraiment à décoloniser les façons de penser et à enrichir la culture littéraire », affirme-t-elle en entrevue avec Le Manic.
Pour la future autrice, cette mesure corrige un manque évident qu’elle a elle-même vécu dans son parcours.
« Dans mon temps, lorsque j’étais encore étudiante aux niveaux primaire-secondaire, on n’avait pas ça nous, la littérature autochtone. Oui, on avait le cours d’histoire, mais il y avait un chapitre maximum qui était consacré aux Premières Nations. Après ça, c’était fini. »
Si elle applaudit l’intention, Audrey-Lise Hervieux insiste sur l’importance de bien déployer cette nouvelle obligation, sans tomber dans le symbolique. « Il ne suffit pas de la rendre obligatoire, il faut le faire aussi de la bonne façon », croit-elle.
Elle rappelle que les Premières Nations ne forment pas un bloc uniforme. « Il faut veiller à ce que les œuvres qui sont choisies soient vraiment représentatives de la diversité des Premières Nations. Il y a toute une variété de Premières Nations, et nos histoires diffèrent d’une nation à l’autre. »
Selon elle, la formation des enseignants sera essentielle pour ne pas tomber dans « une case à cocher ».
La blogueuse croit que cette réforme jouera un rôle crucial pour les enfants autochtones, qui pourront enfin se reconnaître dans les œuvres étudiées à l’école. « Savoir que nos histoires, nos contes, nos légendes seront enseignés et qu’ils seront reconnus dans les établissements scolaires, je trouve que c’est vraiment une belle avancée. »
Elle s’interroge elle-même sur l’impact que cela aurait pu avoir sur son propre parcours. « Je me demande parfois quel impact que ça aurait eu aujourd’hui si j’avais pu me reconnaître dans ce qu’on nous faisait lire, mais je n’ai pas eu cette chance-là ! »
À ses yeux, « ça va vraiment renforcer la fierté des jeunes des Premières Nations qui vont enfin se voir dans les livres qu’on leur présente à l’école ».
Audrey-Lise Hervieux travaille actuellement à la publication d’un conte pour enfants et elle croise les doigts pour qu’il puisse faire le tour des écoles.

Comme pour la musique
De son côté, Natasha Kanapé Fontaine, autrice et comédienne originaire de Pessamit, croit que la littérature autochtone est déjà présente dans les cursus scolaires. Mais elle ne nie pas qu’elle est importante pour « notre histoire collective ».
Elle compare d’ailleurs cette bataille à celle de ses confrères de Maliotenam qui travaillent pour la musique autochtone soit plus présente sur les ondes radiophoniques au Québec. « C’est de faire exister la musique autochtone », dit-elle, rencontrée à sa causerie littéraire organisée au Centre d’amitié autochtone de Manicouagan, à Baie-Comeau, le 30 novembre.
« Déjà, ça amène la langue autochtone, ça fait en sorte que tous ceux qui n’ont pas accès à leur langue, par exemple en ville, on peut en entendre en ville. Je pense que c’est la même chose pour la littérature », poursuit l’autrice de plusieurs recueils de poésie et d’un roman.
Lorsqu’elle étudiait à l’école secondaire Serge-Bouchard, il y a plusieurs années, elle était la seule autochtone et elle s’est souvent sentie rejetée.
« Il y en a qui sont seuls dans leur école où il n’y a pas beaucoup d’autochtones. Des fois, on a des jeunes qui sont adoptés par des parents non autochtones. Le fait de lire des œuvres autochtones à l’école peut vraiment donner une accessibilité plus grande à tous les enfants autochtones qui peuvent se reconnaître dans un livre ou un autre », estime celle qui a découvert la poésie autochtone lors de ses études au Cégep de Rimouski, avec le recueil de Joséphine Bacon.
La causerie littéraire a rassemblé une vingtaine de personnes, toutes curieuses d’en apprendre davantage sur le parcours de l’artiste innue. D’ailleurs, les questions ont fusé de toutes parts après que Natasha Kanapé Fontaine ait parlé de sa passion de l’écriture, des balbutiements à aujourd’hui.

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