Silence de Québec : un autre affront envers les Innus de Pessamit
Préserver l’habitat du caribou a toujours été la motivation première derrière la création d’une aire protégée dans le secteur Pipmuacan. Photo archives
Dans une série d’articles portant sur le déraillement du plan de protection des caribous, La Presse révélait le 2 décembre que le gouvernement du Québec avait sciemment omis de donner suite à une démarche de la communauté de Pessamit. Le conseil de bande demandait la mise en place d’un moratoire sur les coupes forestières sur le territoire visé par son projet d’aire protégée Pipmuakan.« C’est un manque de respect », s’indigne le vice-chef du conseil de Pessamit, Jérôme Bacon Saint-Onge.
M. Bacon Saint-Onge a pris connaissance des articles du journaliste de La Presse, Jean-Thomas Léveillé, le jour de leur publication, bien qu’il ait entendu parler au préalable de la démarche de demande d’accès à l’information ayant conduit à ces révélations.
En résumé, on y apprend que la stratégie québécoise de protection des caribous, une promesse de 2016 maintes fois reportée, était à deux doigts d’être adoptée par le Conseil des ministres en 2023 avant que le processus achoppe.
15 aires protégées y étaient clairement identifiées, dont 5 en périphérie du Réservoir Pipmuacan.
Les causes de ce « déraillement » ne sont pas nommées.
Un second article se penche sur une demande de moratoire sur les activités forestières et industrielles adressée par le Conseil des Innus de Pessamit en mai 2021, demeurée lettre morte.

« Dans la lettre dont on parle, il y avait une résolution adoptée en conseil pour demander des mesures intérimaires de protection en attendant que l’aire protégée dans l’habitat du caribou soit officialisée. Ils n’ont même pas daigné répondre », indique M. Bacon Saint-Onge.
Ce moratoire avait pour but de « freiner l’hémorragie », ajoute le vice-chef.
« Le plus choquant dans tout ça, c’est qu’on lit entre les lignes que les fonctionnaires du ministère étaient en faveur de notre projet d’aire protégée, qu’ils jugeaient que c’était un bon projet. Mais c’est toujours le combat pour trouver l’équilibre entre l’économie et la vitalité culturelle des Premières Nations », estime-t-il.
On ne compte plus, aujourd’hui, les reports de la mise en place d’une véritable stratégie de protection du caribou forestier.
« C’est vraiment choquant. Ils ont été jusqu’à mettre sur pied une commission indépendante sur laquelle on avait fondé beaucoup d’espoir. On avait reçu les commissaires, ça avait bien ressorti dans leur rapport de 2022. On est en 2025, il n’y a rien qui se passe », déplore Jérôme Bacon-Saint-Onge.
Pendant ce temps, les coupes forestières se poursuivent sur le territoire.
« Je ne me suis pas déplacé sur les sites de coupe, mais le projet d’aire protégée déposé en 2020 n’est pas encore inscrit dans le registre des aires protégées. Est-ce par manque de courage politique ? Il y a de la pression du lobby forestier. C’est quelque chose qu’on déplore, c’est un très grand déséquilibre. Quand on protège le caribou, on protège aussi le territoire, les forêts publiques… S’il n’y a plus d’arbres à couper, il va se perdre des emplois quand même ! », image-t-il.

Le combat « ne date pas d’hier ne date pas d’hier ni de 2020 », rappelle-t-il.
« Franchement, ce n’est pas évident de faire face à ce gouvernement qui ne met pas les intérêts des Premières Nations en avant. Quand on leur parle, ils disent qu’il nous entendent, mais passer à l’action, c’est une autre affaire. L’approche d’un prochain gouvernement sera-t-elle pire ou mieux ? », questionne-t-il.
Quoi qu’il en soit, la façon de faire de la CAQ, exposée dans les récents articles, ne passe pas.
« On voit qu’il y a un manque de respect, de considération. Nous, les Premières Nations, on a une certaine docilité. Le Conseil de bande fait des pressions politiques, diplomatiques, mais on est les représentants d’une Première Nation de 4000 membres, jeunes et moins jeunes. 4000 personnes, c’est autant de réactions différentes selon l’approche, la personnalité. C’est sûr que ceux qui fréquentent le territoire doivent rougir de colère aujourd’hui », estime M. Bacon Saint-Onge.
La communauté entend répliquer, mais le vice-chef prône toutefois la réflexion avant l’action. « C’est toujours très sage de savoir encaisser et de voir quel genre de riposte ou de réaction il faut avoir », conclut-il.
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