L’autrice, poète et comédienne innue de Pessamit, Natasha Kanapé Fontaine, a ouvert les portes de ses projets en cours lors d’une causerie littéraire. Entre des recueils de poèmes déjà parus, un roman en chantier et des réflexions sur l’héritage familial et spirituel, l’artiste a partagé un moment d’introspection avec le public.
Cette causerie littéraire, organisée par l’Ouvre-Boîte culturel, s’est tenue le 30 novembre au Centre d’amitié autochtone de Manicouagan où Natasha Kanapé Fontaine en a profité pour se dévoiler un peu plus et parler des projets qui l’animent en ce moment.
Elle planche notamment sur un deuxième roman, celui-ci inspiré d’un récit écrit par sa grand-maman.
« Sa grand-mère aurait rencontré un serpent géant dans le bois. Elle avait un bébé et elle avait failli se faire manger par un serpent géant. Son mari est arrivé à temps et il a tué le serpent. Mais c’est une histoire pour dire : faites attention parce que les serpents aiment le lait maternel », a divulgué l’artiste innue qui ne sait pas encore aujourd’hui si cette histoire est réelle ou non.
Elle a eu envie de partir de ce récit pour sa prochaine création littéraire. « J’ai envie de le raconter dans le livre et de partir de là pour voir comment est-ce je peux aller à la rencontre de mes grands-mères, mes arrières-grands-mères. Le roman est encore en chantier, parce qu’il y a plein de choses émotives », a témoigné Natasha Kanapé Fontaine.
Ce n’est pas la première fois que l’autrice plonge dans des récits familiaux transmis depuis plusieurs générations. Son dernier recueil de poésie s’ancre notamment dans les histoires de ses ancêtres, où se mêlent réalisme magique, mémoire et perception du monde.
« Je suis contente de faire ce métier-là parce que maintenant j’arrive à pouvoir aussi aller dans la direction que je veux », a-t-elle fait savoir à la vingtaine de personnes venues l’écouter. « J’essaie de jouer sur la perception de la réalité, notre perception de la réalité en général, comment on la perçoit de l’extérieur. »
L’artiste se dit aussi habitée par la volonté de préserver les savoirs innus, notamment ceux liés aux contes, aux étoiles et aux récits transmis oralement.

De la solitude à la poésie
Avant d’être présente sur les scènes littéraires nationales, Natasha Kanapé Fontaine a construit sa voix à partir de ses expériences d’enfance et d’adolescence, marquées entre autres par l’isolement ressenti en arrivant à Baie-Comeau.
« Pendant longtemps, j’étais la seule innue à mon école secondaire… Pendant longtemps, j’ai senti beaucoup de solitude. J’étais très gênée aussi », a-t-elle raconté.
Elle se remémore avoir mis du temps à comprendre ce qu’elle vivait. « Un moment donné, je me suis rendu compte que je vivais un peu de rejet parce que j’étais innue. Ça a pris du temps avant que je comprenne ce qu’était le racisme parce que je ne savais pas c’était quoi. Tu arrives de Pessamit, tu changes de ville, toi tu es occupé à vivre ton changement. »
C’est pendant cette période, lors de ses cours de littérature, qu’elle découvre la poésie, refuge et espace d’expression.
« Les gens qui faisaient de la poésie aimaient mettre tout ce qu’ils vivaient à l’intérieur dans les poèmes. Ils changeaient tous les mots pour que les gens ne comprennent pas ce qu’ils voulaient dire, mais au moins ils s’exprimaient. Mon premier intérêt pour la poésie a commencé là. »
Son intérêt pour les arts visuels, le dessin et la peinture, puis plus tard pour le slam et le théâtre l’a menée graduellement vers une identité artistique multidisciplinaire. « Encore aujourd’hui, je me trouve chanceuse de faire ce que j’aime dans la vie… L’art a toujours ce pouvoir de faire comprendre les émotions, les sentiments. »
L’entrée de Natasha Kanapé Fontaine dans le monde littéraire professionnel s’est faite presque par surprise, lorsqu’on lui remet des livres d’autrices autochtones. « Je ne savais même pas qu’il y avait des autochtones qui écrivaient », a-t-elle lancé.
Cette découverte lui donne un élan déterminant. Après avoir partagé ses textes sur les réseaux sociaux, elle se fait remarquer et publie son premier recueil de poésie.
Ce premier livre prend rapidement de l’ampleur. « Finalement le livre, il a été remarqué. Ça a été réimprimé un mois après », s’est-elle réjouie. C’est ainsi que sa carrière d’autrice débute officiellement, alors qu’elle n’a que 21 ans.
Revenir au Centre d’amitié autochtone de Manicouagan, situé dans la ville où elle a grandi, a été pour Natasha Kanapé Fontaine un moment chargé de souvenirs. Elle souligne à quel point un espace comme celui-ci aurait pu transformer ses années d’adolescence. « Je pense que ma vie aurait été différente s’il y avait eu un centre d’amitié », a-t-elle conclu.
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