Forum Atiku à Sept-Iles : rendre au caribou tout ce qu’il a donné aux Innus
Le caribou a toujours été un allié des Premières Nations. Aujourd'hui, c'est à son tour d'avoir besoin d'aide, estiment les Innus de la Côte-Nord. Photo archives Gabrielle Simard
Devant l’incapacité récurrente des gouvernements à mettre en place une stratégie de protection des caribous digne de ce nom, les Premières Nations doivent prendre le flambeau. Le Forum Atiku, qui s’est tenu à Sept-Îles les 4 et 5 décembre, est une pierre d’assise pour cette prise en charge.
Par et pour les Innus
Le Forum Atiku a été pensé par et pour les Innus, insiste le biologiste, directeur du bureau de protection du territoire pour ITUM et expert « caribou », André Michel.
Ce dernier a coorganisé l’événement avec la biologiste allochtone Jacinthe Gosselin, de l’Institut de développement durable des Premières Nations du Québec et du Labrador, et Guy Bellefleur, également expert Innu dans le dossier caribou pour le secrétariat de la nation innue au Québec.

« Le plus important dans tout ça, c’est que le forum est organisé par la nation innue. Ça aurait été très facile d’inviter des biologistes, des chercheurs allochtones, mais on voulait un forum qui porte notre voix », ajoute André Michel.
Certes, des Allochtones ont participé à l’événement, mais ceux-ci sont tous affiliés à la gouvernance autochtone.
« Par cet événement, on voulait conscientiser la population que c’est sérieux, que le caribou est vraiment en danger, mais on ne voulait pas que le gouvernement intervienne parce que, de toute façon, ils ne font que reporter leur passage à l’action », indique M. Michel, rappelant que le dépôt d’une stratégie de protection du caribou forestier est attendu depuis 2016.
Tous unis pour le caribou
À peu près toutes les communautés innues de la Côte-Nord étaient représentées au forum auquel ont également participé une observatrice de la communauté de Mashteuiatsh et une délégation de quatre personnes de la communauté naskapie de Kawawachikamach.
Une place importante a été réservée aux jeunes et aux femmes.
« Chaque communauté a été invitée à mandater un homme, une femme et un jeune pour intervenir durant le forum et parler du caribou à travers des récits de chasse, des légendes… Tout sera concilié dans un rapport. Les femmes sont de bonnes donneuses de leçon. Elles ont une conscience différente des hommes qui sont davantage chasseurs. Et les jeunes, c’est notre avenir. »

Prélever moins, mieux
La question du prélèvement par les membres des Premières Nations a fait l’objet d’importantes discussions.
« Les gouvernements parlent de prélèvement zéro pour les Autochtones, mais nous, au lieu de parler de moratoire, on préfère parler de prélèvement minimum. Quand vous voyez un groupe, n’abattez pas les femelles, n’abattez pas tout le groupe. Comme on l’a fait pour le saumon atlantique, on veut établir un code d’éthique pour protéger le caribou dans le but que les générations futures puissent le prélever, de façon éthique, elles aussi. Qu’elles vivent le lien qui nous unit. »
Les représentants de la communauté naskapie ont démontré une ouverture à modifier leur chasse communautaire annuelle pour privilégier le troupeau de la rivière aux Feuilles, en meilleure posture, à celui de la rivière Georges.
Une consultation auprès de la communauté de Kawawachikamach était prévue ce lundi.
« Ils consultent entre autres pour baisser le niveau de prélèvement. Ils sont souverains, eux aussi. Ils tenaient à consulter avant de signer quoi que ce soit. Le message sur le danger immédiat a été entendu », indique André Michel.
Une prochaine rencontre est prévue fin janvier. « On a manqué de temps à la fin du forum, mais la rencontre de janvier a pour but d’arriver à une déclaration commune qui sera aussi un plan d’action. »
L’objectif n’est pas de l’acheminer au gouvernement québécois, mais bien de prendre les rênes pour mener à bien les actions identifiées.
« On va agir en tant que gestionnaire pour la protection du caribou. Entre nous autres, c’est plus facile de parler de nos droits ancestraux, de prélèvement, de prendre des décisions », ajoute l’intervenant.
L’inaction du gouvernement a assez duré, a-t-on entendu au forum.
« Nous, les Innus, ça fait plusieurs choses qu’on fait pour protéger le caribou et ce n’est pas fini. Cette action-là, c’est un contrepoids au gouvernement du Québec qui veut ménager la chèvre et le chou, protéger l’industrie forestière. C’est toujours le même enjeu : l’économie vs la protection du caribou, et on sait qui gagne quand c’est le gouvernement qui mène… Là, on ne veut plus attendre après personne. »
Le forum avait également pour but d’informer les communautés de la situation, preuve scientifique à l’appui. L’intervention de Jacinthe Gosselin, biologiste, n’a laissé aucune place au doute quant au déclin des populations.
« Le sujet n’était pas que le droit de chasser. Quand on parle de caribou, pour nous, c’est pas juste de l’alimentation, mais c’est notre culture, notre identité. Sans caribou, on est tout nu ! On a survécu grâce au caribou. Aujourd’hui, il faut le protéger en retour», lance André Michel comme un appel à la solidarité.
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