Incendie à Moisie : des résidents ne reconnaissent plus leur secteur, où les crimes se multiplient

Par Emy-Jane Déry 12:18 PM - 9 décembre 2025
Temps de lecture :

Un petit vélo pour enfant détonne des murs incendiés de la maison de la rue Ambroise où un incendie suspect est survenu dans la nuit du 8 au 9 décembre. Photo Emy-Jane Déry

Un petit vélo rose et mauve pour enfant accroché sur la galerie détonne des murs calcinés d’une maison mobile qui a flambée, dans la nuit de lundi à mardi, à Moisie. Juste en face, il y a une patrouille de la Sûreté du Québec qui surveille, mais il y a aussi une patinoire, un parc. L’événement vient s’ajouter à la liste des nombreux crimes violents commis dans le secteur, jadis pourtant paisible, selon plusieurs résidents qui peinent désormais à le reconnaître. 

« Je n’ose plus sortir le soir pour récupérer quelque chose que j’ai oublié dans ma voiture », lance une résidente de Moisie, au lendemain de l’incendie suspect qui a ravagé cette maison de la rue Ambroise. 

C’est un voisin qui est venu lui raconter l’événement d’un autre incendie dans le coin, celui du 16 octobre 2024, qui a coûté la vie à Jimmy Maltais. Elle s’en souvient, car c’était le soir. Et ce soir-là, elle a eu toute la misère du monde à fermer les yeux, une fois au lit. 

« Je me faisais toute sorte de scénarios dans ma tête », se remémore-t-elle. « Ce n’est pas drôle être pris de panique comme ça, chez vous. »

Cette femme, dont nous préserverons l’anonymat, est née et a toujours demeuré à Moisie. Elle dit « ne plus reconnaître son village », où les crimes violents se sont multipliés, au cours de la dernière année et demie. 

Ces difficultés à trouver la quiétude, « jamais auparavant » elle ne les avait vécues. 

« Des feux, de la violence, de la chicane, c’est épouvantable, ça n’arrête plus ! », déplore-t-elle, rencontrée par le Journal mardi matin. 

Elle repense aussi à l’histoire survenue sur la rue Lamothe, en avril 2024. La résidence d’un couple d’aînés a été criblée de balles, par erreur. Heureusement, personne n’a été blessé. 

« On a beau ne pas consommer, ne pas être là-dedans [le crime], être couché à 7 h le soir… on se dit : est-ce qu’ils vont se tromper et bang, bang, bang chez nous ? »

Comme elle a des difficultés à dormir, elle se lève parfois la nuit « pour fumer une cigarette ». 

Et jamais je ne vois de policiers circuler dans le secteur. Il me semble que ce serait sécurisant de sentir une présence plus importante de leur part, avec tout ce qui arrive », dit-elle. 

Rue Ambroise, à Moisie, le 9 décembre 2025, au lendemain de l’incendie de nature suspecte qui a ravagé une maison mobile. Photo Emy-Jane Déry

« C’est rendu fou, mais c’est partout » 

Un voisin des environs de la maison incendiée lundi soir est du même avis. 

« C’est rendu fou, mais c’est partout au Québec, pas juste à Moisie », dit-il, lui aussi rencontré par le Journal, mardi. « Ce n’est plus les mêmes gang qu’avant. On ne les connaît pas », poursuit-il, à propos du crime organisé, dont la présence se fait sentir dans le secteur. 

Il est lui aussi un résident de longue date du village, dont le portrait a complètement changé, selon lui.

Or, le niveau de tension à la hausse dans le quartier, ça ne l’inquiète pas outre mesure. 

« Quand tu n’as rien à voir avec eux autres », lance-t-il.

Le devant de la maison de la rue Ambroise a été complètement détruit par le feu. Photo Emy-Jane Déry

Une dame âgée a été réveillée par les policiers durant la nuit, en raison de l’incendie. 

« Comme je leur ai dit, je n’ai absolument rien entendu. C’est eux [les policiers] qui m’ont réveillé et je suis retournée me coucher après », dit-elle, en terminant tranquillement de siroter son café. 

Un incendie suspect ravage une résidence à Moisie