Le crime organisé recrute des jeunes de Uashat mak Mani-utenam
Le directeur de la SPUM (Sécurité publique de Uashat mak Mani-utenam), Carl Jourdain, et le directeur adjoint, Éric Hervieux, dans les bureaux de la SPUM. Photo Emy-Jane Déry
Ils viennent à peine de commencer le secondaire. Ils ont 12-13 ans. On leur demande de transporter de l’argent sale, de la drogue, ou même d’en vendre. Les jeunes de la communauté de Uashat mak Mani-utenam sont ciblés par le crime organisé, qui tente de s’intégrer insidieusement au sein de la petite communauté innue en profitant de ses failles.
Fin novembre, des jeunes de la communauté de Uashat mak Mani-utenam se sont mobilisés pour marcher contre la criminalité, après une série d’incendies survenue durant un week-end.
« Ici, quand il y a une situation dans la communauté, tout le monde se mobilise, tout le monde est là les uns pour les autres. Je pense que de démontrer ça au crime organisé, c’est une façon de dire que nous sommes plus nombreux, plus forts et que ce n’est pas ce qu’on veut », dit Angela St-Onge, membre du Secrétariat à la jeunesse de Uashat mak Mani-utenam et une des organisatrices de l’événement. « On ne se laissera pas faire », lance déterminée, la jeune femme de 19 ans.
Ces incendies ont accentué la peur, déjà bien présente au sein de la population.
« On reçoit beaucoup d’appels de gens qui sont inquiets de ce qui se passe dans la communauté actuellement », témoigne une intervenante sociale œuvrant à Uashat mak Mani-utenam, dont nous préserverons l’anonymat pour des questions de confidentialité. « Ça fait grimper les taux d’anxiété, de crise de panique, on voit même parfois des impacts au niveau de la réactivation de traumas. »
Une autre mobilisation citoyenne avait eu lieu, il y a un peu plus d’un an. C’est qu’au cours des deux dernières années, la présence du crime organisé s’est accrue dans la communauté. La création de l’escouade mixte est tombée à point, durant l’hiver 2024. Depuis, la Sûreté du Québec et la Sécurité publique de Uashat mak Mani-utenam (SPUM) sont unies spécialement pour lutter contre ce fléau. Les besoins sont d’ailleurs grandissants, tandis qu’un troisième policier de la SPUM ira rejoindre l’escouade spécialisée, au cours des prochaines semaines.
« Il y a vraiment eu une amplification, je dirais durant la dernière année », affirme l’intervenante. « C’est devenu vraiment plus intense, plus difficile. Plus d’appels de détresse à ce niveau-là. Aussi, on voit une augmentation au niveau du travail du sexe et de beaucoup d’autres problématiques qui entoure ça. »
Dans les écoles
La plus récente marche citoyenne organisée par le Secrétariat à jeunesse d’ITUM n’est pas étrangère au fait que les jeunes sont particulièrement vulnérables, face à la présence du crime organisé. Dès secondaire 1, les policiers de la SPUM sont parfois appelés à intervenir dans les écoles, où il arrive que des jeunes « ayant des connaissances » du milieu du crime organisé aillent demander à d’autres de commettre des actes criminels.
« Le jeune ne veut plus aller à l’école. Il a peur, il craint pour sa sécurité, parce qu’une gang l’a menacé en lui disant : si tu ne fais pas ce qu’on te demande, il va y avoir des répercussions », décrit Éric Hervieux, directeur adjoint de la Sécurité publique de Uashat mak Mani-utenam. « Ça peut être de transporter de l’argent, de transporter de la drogue, ou de vendre, carrément. »
La SPUM tente d’agir en prévention. Des démarches sont en cours pour que des membres du Service de police de la Ville de Montréal viennent aussi discuter avec les jeunes de la communauté.
« Tout part de Montréal, quasiment », affirme M. Hervieux. « La plupart des plus gros gangs ou des groupes criminalisés sont dans les grands centres ».
Avec la présence des policiers montréalais qui sont particulièrement connaisseurs de ce type de criminels, la SPUM espère faire comprendre aux jeunes le cercle vicieux qui les attend, s’ils mettent les pieds dans ce milieu.
« Si tu entres là-dedans, tu ne t’en sors plus », dit-il.
Ces groupes criminalisés ont tendance à banaliser la présence d’un service policier autochtone sur le territoire, estime la SPUM.
« Ah, la police autochtone, il n’y a rien là, ils ne nous achaleront pas. Ce n’est pas comme le SPVM ou la SQ. Ils pensent être à l’abri en étant ici », dit M. Hervieux.
Ils profitent aussi de la culture des Premières Nations, qui est particulièrement accueillante, croit-il.
« N’importe qui, qui va se présenter dans une maison, il rentre, se fait offrir du thé, du café pour jaser. Puis ces gens-là, ils s’incrustent, ils restent là, ils ne partent pas », dit-il.
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