Le Regroupement des CPE de la Côte-Nord indique que ses membres observent une augmentation d’enfants pour lesquels il y a une hypothèse d’un Trouble du spectre de l’autisme (TSA). Par contre, obtenir un diagnostic est un long processus, ce qui cause des casse-têtes au quotidien pour les éducateurs et éducatrices.
« Sans diagnostic, il est fréquent qu’il n’y ait aucun intervenant externe au dossier, ce qui laisse l’éducatrice seule pour structurer le temps, soutenir la communication et introduire les outils visuels ou adapter les routines », explique Nathan Cousin-Tremblay, directeur général du Regroupement des CPE de la Côte-Nord (RCPECN).
Le son de cloche du CISSS de la Côte-Nord vient appuyer ce qui est observé dans les CPE de la région.
« Il y a une certaine hausse des demandes de services pour les enfants qui ont des besoins qui s’apparentent au TSA ou en hypothèse TSA, mais pas de hausse notable pour les diagnostics confirmés », explique par courriel Jean-Christophe Beaulieu, conseiller en communication au CISSS de la Côte-Nord.
Le fait qu’il y ait plus de cas de suspicions de TSA, mais peu de diagnostics officiels apporte son lot de maux de tête pour les éducatrices dans les CPE.
Au quotidien, elles doivent faire preuve d’un grand savoir-faire et d’une volonté d’adaptation, indique le RCPECN. Soit pour la gestion des crises qui demandent souvent une intervention individuelle, alors qu’une seule éducatrice est disponible pour le groupe. Il y a aussi l’aménagement d’un coin calme, mais qui est rarement faisable dans les espaces actuels.
« Pour les enfants présentant un signe léger de TSA ou de suspicion, les équipes arrivent à offrir un certain soutien, mais cela dépend vraiment de la capacité du personnel, du ratio et surtout du soutien externe », dit Nathan Cousin-Tremblay.
Lorsque l’enfant a un diagnostic officiel, cela permet d’avoir accès à plus de ressources.
« Plus de subventions, plus de ressources, mais c’est aussi que souvent, dès qu’il y a une ressource spécialisée qui est dans le dossier, c’est plus facile d’avoir des interventions spécifiques », explique Karina Vigneault, directrice générale des CPE Ritourn’ailes, Merveille et Maisonnette de Sept-Îles.
« Souvent l’intervenant va venir au CPE, observer, guider notre éducatrice sur des pratiques à mettre en place », ajoute-t-elle.
Il existe une nouvelle formation proposée par le ministère de la Famille, pour les éducatrices, qui porte sur l’intégration des enfants ayant un TSA au milieu de vie du CPE.
« C’est une formation qui est extrêmement pertinente et bien accueillie, tout le monde s’entend sur le fait que la théorie est solide, mais sur le terrain, c’est exigeant », précise le directeur général du RCPECN.
Obtenir un diagnostic, un long processus
Une fois qu’un enfant est soupçonné d’avoir un Trouble du spectre de l’autisme, il peut y avoir un grand laps de temps avant d’avoir un diagnostic officiel.
« Le temps qu’on fasse nos observations, qu’on en fasse part aux parents et que les parents fassent une référence au programme Agir tôt, ou consultent son médecin de famille, les délais sont longs », dit Karina Vigneault. « Souvent les enfants vont être diagnostiqués tout juste avant de quitter le CPE, ou à l’entrée à l’école. »
Le programme Agir tôt est une initiative gouvernementale pour les 0 à 5 ans, qui vise à dépister et à soutenir rapidement les enfants présentant des difficultés de développement. On veut ainsi pouvoir leur offrir une intervention précoce et faciliter l’entrée à la maternelle.
« J’ai des milieux qui appellent le programme Agir tôt, Agir tard », illustre Nathan Cousin-Tremblay. « C’est une très belle initiative sur papier, mais sur le terrain, ça se passe autrement. Souvent, l’enfant a déjà quitté le réseau avant même de recevoir une intervention. »
Une entrevue avec un intervenant du programme Agir tôt n’a pas été accordée par le CISSS de la Côte-Nord. Par courriel, on explique toutefois que de nouvelles trajectoires de services ont été mises en place en février dernier et qu’elles ont permis de diminuer les délais d’attente pour un premier service.
« En général, l’enfant reçoit un premier service avant son entrée scolaire », soutient le conseiller en communication du CISSS de la Côte-Nord, Pascal Paradis.
Pourquoi plus de suspicions ?
Selon l’organisme Autisme Côte-Nord, il y aurait davantage d’hypothèses de TSA chez les jeunes préscolaires, en partie à cause de la sensibilisation qui a été faite dans les dernières années sur les médias sociaux, à travers les livres, ou les podcasts.
« Mais on a aussi agrandi le spectre de l’autisme », explique Alexia Gagnon, agente de soutien communautaire chez Autisme Côte-Nord. « Avant, on parlait souvent d’un TED [Troubles envahissants du développement] ou juste d’autisme en général, mais là, on a bien vu que ça a plein de nuances, plein de couleurs », ajoute-t-elle.

L’organisme offre aussi une formation pour les professionnels dans les écoles et les CPE, mais également pour les familles.
Pour le Regroupement des CPE de la Côte-Nord, il est certain que le manque de personnel ne facilite pas la tâche pour offrir le soutien nécessaire aux enfants pour lesquels on soupçonne un diagnostic de TSA ou s’y apparentant.
« Pour répondre aux besoins des enfants et assurer un environnement sain pour les groupes, il faut assurément un certain investissement dans le soutien pédagogique, dans les ressources spécialisées et faciliter l’accès au diagnostic pour finalement avoir accès aux services », conclut le directeur du Regroupement, Nathan Cousin-Tremblay.
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