Lettre ouverte | Menace de fermeture du Centre d’études collégiales de Forestville
Photo Johannie Gaudreault
Monsieur André Gobeil, directeur général du Cégep de Chicoutimi, monsieur Yves Montigny, député de René-Lévesque, madame Martine Biron, ministre de l’Enseignement supérieur du Québec, je vous interpelle aujourd’hui pour solliciter votre engagement à soutenir l’accès aux études collégiales en Haute-Côte-Nord.
La récente menace de la fermeture du Centre d’études collégiales de Forestville soulève cet enjeu de manière concrète pour l’ensemble des partenaires du milieu et pour l’avenir des petits établissements d’enseignement post-secondaire en région plus largement.
Dans le cadre de mon rôle précédent, comme conseillère au développement des communautés pour la MRC La Haute-Côte-Nord, j’ai eu le privilège de tisser un partenariat précieux avec le CEC, en particulier avec M. Gervais Lessard, enseignant en sciences politiques. J’ai été témoin de l’énergie déployée par ce dernier pour faire connaître le CEC, pour sensibiliser le milieu à l’importance de l’enseignement supérieur, dans la lignée de la Commission Parent. On le rappelle, cette commission datant de 1963 a été à l’origine de la création des cégeps et du réseau de l’Université du Québec, visant à rapprocher géographiquement et socialement les études post-secondaires de la population québécoise.
Le 19 novembre dernier, nous avions invité M. Lessard à une dernière rencontre avec une cinquantaine de partenaires du milieu en Haute-Côte-Nord. Les partenaires ont offert à « Monsieur Gervais » un accueil des plus enthousiastes : ils découvraient pour certains l’existence même du CEC. Cette découverte et cette rencontre ont suscité l’espoir d’un avenir meilleur pour la Haute-Côte-Nord. Sa population vit déjà depuis plusieurs années de nombreuses conséquences des compressions budgétaires et des aléas économiques, fruits de décisions prises bien loin du territoire.
Tout dernièrement, après la fin de ma maîtrise en travail social, je suis entrée en poste comme professeure en travail social pour l’antenne de l’Université du Québec à Rimouski à Baie-Comeau. Je suis fière de travailler pour un autre établissement visant à rapprocher l’accès aux études des Nord-Côtières et Nord-Côtiers. Parmi notre présente cohorte en travail social, je souligne que la seule étudiante provenant de la Haute-Côte-Nord est diplômée du CEC de Forestville.
L’augmentation du coût de la vie, incluant le logement, la nourriture et les transports comporte autant de barrières d’accès aux études supérieures pour les gens des milieux plus éloignés des centres urbains. Le CEC permet aux jeunes et moins jeunes du territoire l’option de pouvoir faire, en tout ou en partie, des études collégiales tout en restant proches de chez eux.
Une douzaine d’étudiantes et étudiants pour un CEC qui n’affiche pas pignon sur rue, dans un territoire de 10 000 habitants dont la moyenne d’âge est de plus de 50 ans et dont le taux de diplomation universitaire est de 13,2 % (Statistiques Canada, 2021), n’est-ce pas une réussite ? Rappelons également que seulement 22 % des familles défavorisées de la région accède aux études collégiales. Développons les partenariats, soutenons les collaborations permettant de rendre visibles les impacts positifs de la présence d’établissements d’enseignement supérieurs sur le territoire. Les familles, les jeunes, les nouveaux arrivants, le milieu économique, nous y gagnerons toutes et tous !
La logique des impératifs financiers à la « tête de pipe » exigerait que les populations de régions comme la Haut-Côte-Nord soient recasées en ville, où la densité justifie le maintien des services, en permettant économie d’échelle et rationalisation des coûts. Montrons ensemble que nous souhaitons un autre projet de société.
Je rappelle ici un passage du roman d’Isabelle Gagnon, « Épinette », dans lequel elle dépeint le mépris d’un enseignant du secondaire pour les élèves du village nord-côtier qu’elle évoque, comme s’ils n’avaient pas les moyens de rêver d’aller au cégep, à l’université. Ne soyons pas comme cet enseignant, et travaillons pour soutenir les ambitions de nos jeunes.
Mon passage en Haute-Côte-Nord m’a inculqué une grande admiration pour la force de ses gens et pour leur capacité à se mobiliser pour défendre leurs droits et leur vie sur ce territoire parfois rude, dans un contexte social, politique et économique souvent défavorable.
En joignant ma voix aux acteurs et aux personnes qui ont déjà exprimé leur inquiétude, ainsi que leur volonté d’œuvrer à des solutions, j’espère faire ma part pour soutenir ces forces vives.
En souhaitant aux étudiantes et étudiants de la Haute-Côte-Nord de continuer d’avoir la possibilité de poursuivre leurs études sans devoir se déraciner.
Geneviève Dick, M.A. Travail social, M.A. Philosophie
Professeure en travail social, responsable de la formation pratique au Département de travail social et psychosociologie de l’Université du Québec à Rimouski – antenne de Baie-Comeau
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