Les besoins en aide alimentaire sont de plus en plus grandissants dans la région. C’est pourquoi les initiatives citoyennes se multiplient pour s’entraider et briser l’insécurité alimentaire un pas à la fois.
Brenda Tremblay de Forestville est une de ces personnes qui ont fait preuve de générosité en donnant au suivant. Grâce à une de ses œuvres, elle a lancé un appel aux dons. Les donateurs avaient la chance de remporter sa toile et les sous recueillis, eux, ont servi à acheter de la nourriture pour les personnes dans le besoin.
Depuis plusieurs années, Mme Tremblay met son art au service de la communauté. « J’essaye toutes les années de faire appel à la population à donner des dons. Ça donne la chance de gagner une œuvre et, dépendamment du projet, 50 % à 80 % des fonds recueillis viennent au frigo communautaire », explique-t-elle en entrevue avec le Journal.
Cette fois, disposant d’un surplus de fonds, elle a choisi d’aller plus loin. Face aux inquiétudes exprimées par certains citoyens quant au fonctionnement du frigo communautaire en libre-service, elle a imaginé une nouvelle formule : des paniers d’épicerie distribués au hasard, sur inscription volontaire.
« Dans ma tête, j’ai pensé faire des paniers d’épicerie et demander aux gens, s’ils connaissent quelqu’un ou qu’eux-mêmes sont en précarité alimentaire, de venir s’inscrire. J’attribue un numéro pour préserver l’anonymat », mentionne la citoyenne pour qui cette notion d’anonymat est essentielle afin de réduire le jugement souvent associé à l’aide alimentaire.
« Parfois il y a des gens qui peuvent avoir le jugement facile pour les personnes qui vont venir prendre des choses dans le frigo parce que le visage de la faim en 2026, ce n’est pas un itinérant qui a des jeans troués. Ça peut être une mère de famille qui travaille à l’année et pour qui à fin du mois, le beurre est pas mal moins riche que le premier du mois », ajoute-t-elle.
La démarche de Brenda Tremblay née d’un constat clair : la demande est bien réelle, même si elle demeure parfois invisible. D’ailleurs, l’initiative, lancée principalement via Facebook, a suscité beaucoup d’intérêt comme l’avait anticipé l’instigatrice. Onze personnes s’y sont inscrites pour quatre paniers disponibles. La remise a eu lieu la semaine dernière.
Mme Tremblay rappelle par ailleurs que le frigo communautaire a d’abord pour mission de lutter contre le gaspillage alimentaire. Responsable alimentaire dans un CPE de Forestville, elle contribue aussi à y acheminer des surplus. « On oublie souvent que la mission première d’un frigo communautaire, c’est d’éviter le gaspillage alimentaire. »
Selon elle, ce service demeure encore méconnu, tant dans sa mission que dans son accessibilité. « Les gens s’attendent à ce que ce soit des gens en situation d’itinérance peut-être ou un petit peu plus en difficulté. » Même lorsque le frigo est vide, elle y voit un signe positif. « Moi je suis contente de savoir que les aliments que j’y ai placés n’ont pas pourri dans le frigo. Ils ont été utilisés. »
Brenda Tremblay est heureuse d’avoir pu faire une différence pour plusieurs personnes qui vivent des moments plus difficiles. Toutefois, elle témoigne qu’il y a beaucoup d’autres citoyens qui sont généreux et qui donnent au suivant, comme elle l’a fait. « Je ne veux pas qu’on les oublie », conclut-elle.
39 $ par mois pour se nourrir
Rose Émond reçoit l’aide financière de dernier recours. Elle reçoit 839 $ par mois et son logement lui en coûte 800 $. La Forestvilloise doit se débrouiller avec 39 $ par mois pour ses autres dépenses, dont la nourriture. En janvier, elle a utilisé les réseaux sociaux pour lancer un appel à l’aide. À bout de ressources, elle ne savait plus vers qui se tourner. Heureusement, son appel a été entendu.
“ Étonnamment, j’ai reçu de l’aide lors de mon deuxième message. La première fois où j’ai fait une publication, j’ai reçu beaucoup de commentaires négatifs et aucun des commentaires n’était là pour m’aider ”, raconte-t-elle au Journal pour sensibiliser la communauté. C’est en répondant à une publication lancée sur Facebook et en exposant sa situation qu’elle a pu voir l’entraide des citoyens. “ Il y a de l’entraide ici, mais la plupart du temps, les gens nous ignorent quand on est pauvre ”, déplore la jeune femme.
Rose a tout de même été appuyée par les ressources et organismes communautaires. Le Carrefour jeunesse-emploi de la Haute-Côte-Nord l’a beaucoup aidé sur plusieurs aspects de sa vie. Elle s’est aussi tournée vers le CAB Le Nordest et le Centre des femmes de Forestville. Malgré tout, elle trouve que l’aide alimentaire est insuffisante dans la région. “ Il n’y en a pas assez. La plupart des gens de Forestville sont pauvres ou serrés à chaque fin de mois. Rien n’est mis en place pour aider sur une base régulière. ”
De son avis, l’ajout d’un endroit où tout le monde pourrait aller manger gratuitement un repas chaud chaque jour ou aux deux jours serait appréciable. “ On pourrait aussi se réchauffer et discuter, comme en ville pour les sans-abri, mais ouvert à tous ”, lance-t-elle. Rose souhaite avant tout lever le voile sur cette réalité qui est souvent méconnue ou ignorée. “ Informez-vous comment aider votre communauté. On n’a pas besoin d’être riche, parfois, un petit geste peut redonner espoir à quelqu’un ”, conclut-elle.
Horizon
Horizon, des contenus marketing présentés par et pour nos annonceurs.