Violence conjugale : les maisons d’hébergement ne chôment pas sur la Côte-Nord

Par Charlotte Paquet 7:00 AM - 28 janvier 2026
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Hélène Millier, directrice de la Maison des femmes de Baie-Comeau, observe une hausse importante des interventions en externe effectuées depuis la pandémie. Photo courtoisie

Les appels à l’aide de victimes de violence conjugale sont plus nombreux que jamais au Québec et la Côte-Nord n’y échappe pas avec des hausses de demandes de services dans les maisons d’hébergement.

Il y a quelques jours, La Presse dévoilait un bond important de 300 % du nombre d’interventions policières en matière de violence conjugale dans la province en 10 ans, en y voyant un signe que la prévention faisait ses preuves. De 2010 à 2024, le nombre de dossiers ouverts est passé de 4 000 à 12 822.

À la Maison des femmes de Baie-Comeau, la directrice Hélène Millier observe un phénomène à la hausse depuis plusieurs années déjà.

Dans son établissement, dont le taux d’occupation oscille autour de 100 % bon an mal an, cette augmentation se manifeste principalement par un important bond des services en externe auprès de femmes n’ayant pas nécessairement besoin d’hébergement.

Les demandes de femmes vivant dans un contexte de violence conjugale et ayant besoin d’accompagnement dans leur cheminement ont littéralement explosé depuis la pandémie. Le nombre de dossiers ouverts est passé d’une trentaine de demandes en 2019-2020 à quelque150 pour l’année 2024-2025, chacun représentant plusieurs interventions.

« C’est des femmes qui des fois ont plus de moyens, ont de la famille et vont préférer aller chez de la famille. On va quand même les soutenir quand c’est le temps de l’accompagnement chez l’avocat ou peu importe. On va les soutenir dans toutes les démarches », fait remarquer Mme Millier.

Selon elle, les interventions en externe permettent aussi à certaines femmes de faire des constats par rapport à leur relation. « Tu t’en rends pas compte quand t’es là-dedans bien souvent. »

La directrice rappelle que la Côte-Nord se situe au premier rang au chapitre du taux d’infractions commises en contexte de violence conjugale par 100 000 habitants depuis 16 ans et se trouve dans les trois positions de tête depuis au moins 25 ans.

Fait à noter, le volet hébergement a beau fonctionner au maximum de sa capacité ou presque depuis très longtemps, aucune femme ne sera laissée en danger. Même si la Maison des femmes de Baie-Comeau reçoit un financement pour 12 lits, elle en compte 18, en plus de lits d’appoint.

« En même temps, tant qu’on est plein, ça veut dire qu’il y a des femmes qui dénoncent, qui ne restent pas dans ces milieux-là et c’est correct pour nous autres. On aime autant avoir les maisons pleines que les maisons vides, car on sait que beaucoup de femmes encore ne demandent pas. » 

À Forestville

À l’Amie d’Elle de Forestville, une maison d’hébergement de 12 lits desservant la Haute-Côte-Nord, le taux d’occupation a bondi de 12 % au cours des deux dernières années. 

Selon sa coordonnatrice Carol-Anne Deschênes, la médiatisation plus élevée des situations de violence conjugale n’est pas étrangère à la décision de certaines de demander de l’aide. 

Dans de petits milieux comme en Haute-Côte-Nord, tout le monde se connaît, ce qui fait hésiter certaines femmes à faire appel aux services de l’Amie d’Elle. « À chaque fois qu’elles viennent, elles ne comprennent pas pourquoi elles ont hésité », souligne Mme Deschênes.

Au-delà du taux d’occupation, il y a aussi les interventions en externe qui augmentent, que ce soit en suivis téléphoniques ou en rencontres. « Très souvent, ça se termine par de l’hébergement », conclut-elle.

Le taux d’occupation de la Maison l’Amie d’Elle de Forestville a bondi de 12 % ces deux dernières années, indique sa coordonnatrice, Carol-Anne Deschênes. Photo courtoisie

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