Caroline Jean, nutritionniste pour la Santé publique sur la Côte-Nord, n’est pas en mesure de dire si la loupe a, ou aura un impact sur les habitudes de consommation des Nord-Côtiers. « Personnellement, je pense que les gens ne l’ont pas encore vue tant que ça et que s’ils l’ont vue, ils ne savent pas trop quoi faire avec », estime-t-elle.
Le tableau nutritionnel standard, présent obligatoirement sur les produits transformés depuis 2007, est encore un mystère pour plusieurs, rappelle la nutritionniste.
« Les gens le regardent peut-être, mais il n’est pas facile à comprendre. De notre côté, on essaie de profiter de toutes les opportunités dans nos milieux d’intervention pour expliquer comment se servir de l’information contenue sur cet étiquetage », poursuit Mme Jean.
La nouvelle loupe, rappelle-t-elle, a deux utilités : aider le consommateur à faire des choix plus sains et inciter les fabricants à améliorer la valeur nutritive de leurs produits. Elle met toutefois un bémol.
« L’industrie est très brillante. Elle va s’ajuster jusqu’à la ligne pour que ça rentre dans les critères et ne pas avoir besoin de mettre la loupe, mais l’aliment n’est pas nécessairement sain pour autant », avance la nutritionniste.
Le goût et le coût
Ultimement, estime Caroline Jean, le goût et le coût auront davantage d’influence sur le contenu du panier d’épicerie que la loupe nutritionnelle.
« Est-ce que les gens vont se dire “il n’y a pas de loupe, je vais le prendre quitte à payer plus cher ?” Avec le coût du panier d’épicerie ? »
Elle en doute fortement. Et sur la Côte-Nord, l’éloignement en rajoute une couche.
« Sur la Côte-Nord, on ne se le cache pas, ça coûte plus cher qu’ailleurs, surtout dans les petits milieux, les villages où il n’y a pas trois, quatre épiceries donc pas de compétition pour les prix. »
L’accès à des aliments locaux et frais est aussi restreint dans plusieurs secteurs.

« Ici, sauf exception, les gens ne peuvent pas dire : je vais aller chercher mon panier de légumes frais à moindre coût. On voit de plus en plus d’initiatives depuis 4 ou 5 ans, des petits producteurs, des coopératives, des jardins communautaires, mais ce n’est pas partout et ce n’est pas accessible à tous », estime Mme Jean.
La Côte-Nord moins en santé que le reste du Québec
Caroline constate tous les jours les effets d’une alimentation riche en gras, en sucre et en sel sur sa clientèle et sur la population en général.
« Malheureusement, ça fait plusieurs années que les niveaux de prévalence pour le diabète, l’hypertension et les maladies cardiovasculaires scorent très haut sur la Côte-Nord, et ce, même à partir de 25 ans, 35 ans… Les taux sont plus élevés qu’ailleurs », ne peut-elle que constater.
L’alimentation n’est pas seule en cause, rappelle Caroline Jean. « Toutes ces maladies sont reliées au tabac, qui est un autre facteur de risques avec la sédentarité. »
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