Journée mondiale de la justice sociale : les inégalités se creusent sur la Côte-Nord

Par Johannie Gaudreault 11:40 AM - 19 février 2026
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Line Sirois (Action-Chômage Côte-Nord), Michel Savard (Table des groupes populaires de la Côte-Nord), Carol-Ann Boudreault (Regroupement des femmes de la Côte-Nord) et Marie-France Imbeault (APIC Haute-Côte-Nord) ont dénoncé la hausse des inégalités dans la région. Photo Johannie Gaudreault

Des organismes communautaires de la Côte-Nord sonnent l’alarme : la crise climatique et la crise sociale s’alimentent mutuellement, pendant que l’écart entre les plus riches et les plus vulnérables continue de se creuser.

Réunis à Forestville le 19 février, à la veille de la Journée mondiale de la justice sociale, des représentants de groupes populaires de la région ont lancé un appel clair au gouvernement du Québec. Selon eux, la multiplication des crises (coût de la vie, précarité, dérèglements climatiques) fragilise de plus en plus les ménages nord-côtiers.

« L’écart entre les riches et les pauvres est tellement rendu large que les gens qui sont du côté de la classe moyenne et des plus démunis ne sont plus capables de suffire aux besoins de base comme se loger, se nourrir, s’habiller, etc. Tout est démesuré et ce qu’on constate, c’est qu’il n’y a aucune mesure de contrôle qui est mise pour arrêter l’hémorragie », affirme Michel Savard, coordonnateur de la Table des groupes populaires de la Côte-Nord.

Les organismes soutiennent que le dérèglement climatique n’est plus une menace abstraite. Il a des effets concrets sur les finances des ménages. 

« L’instabilité des récoltes, les coûts énergétiques croissants et la soif de profit de plus en plus grandissante des géants de l’alimentation poussent l’inflation alimentaire vers des sommets insoutenables », explique Marie-France Imbeault, directrice de l’Association pour la protection des consommateurs de la Haute-Côte-Nord.

Cette dernière ne manque pas de souligner également tout le stress causé par la hausse du coût de la vie. Un sondage révèle d’ailleurs que 67 % des Québécois sont inquiets puisqu’ils ont de la difficulté à joindre les deux bouts.

Pour Michel Savard, justice sociale et justice climatique sont indissociables. « C’est un peu comme si la crise climatique n’existait plus. On est passé en mode économie de guerre. On est en course à l’armement plutôt que de faire la course contre le réchauffement climatique et c’est malheureux parce que le réchauffement climatique va s’accélérer. »

Il ajoute que, malgré le contexte géopolitique, les gouvernements ne doivent pas perdre de vue les besoins fondamentaux de la population. 

« Il faut que les gouvernements réalisent que le monde qui vote pour eux autres, ils ont besoin d’être logés, ils ont besoin d’être nourris, ils ont besoin de pouvoir aller s’instruire. Je ne sais pas comment un étudiant peut faire pour aller au cégep en dehors au prix que le logement est rendu présentement. Ce n’est pas encourageant d’aller étudier », s’indigne M. Savard.

Plusieurs personnes et organismes communautaires ont participé à l’événement tenu au sous-sol de l’église de Forestville. Photo Johannie Gaudreault

Femmes et travailleurs saisonniers en première ligne

Les groupes rappellent que les femmes sont touchées de manière disproportionnée par la précarité, notamment en raison des écarts salariaux persistants et de leur rôle prédominant dans les soins non rémunérés. Elles sont aussi surreprésentées dans les situations de pauvreté, de violence et d’itinérance.

« Selon le plus récent rapport de l’Organisation mondiale de la santé, dans le monde, c’est une femme sur trois qui subit ou a subi de la violence. Sur la Côte-Nord, les statistiques ne s’améliorent malheureusement pas, concernant les violences faites aux femmes et la pauvreté, pour lesquels nous sommes de tristes champions au Québec », rappelle Carol-Ann Boudreault, porte-parole pour le Regroupement des femmes de la Côte-Nord.

Les travailleurs saisonniers figurent aussi parmi les plus vulnérables. Le système d’assurance-emploi, jugé mal adapté à la réalité régionale, accentue l’instabilité des revenus.

« Les changements climatiques ont des effets concrets sur le travail saisonnier, mais aussi sur l’ensemble des travailleurs. Les feux de forêt perturbent le tourisme et forcent des fermetures temporaires, tandis que les changements dans la nourriture disponible en mer affectent directement la pêche et les emplois qui en dépendent », mentionne Line Sirois, coordonnatrice d’Action chômage Haute-Côte-Nord.

Des pistes fiscales

Pour financer une relance sociale et climatique, les groupes avancent plusieurs solutions fiscales. Michel Savard évoque notamment une réforme des paliers d’imposition.

« On peut penser à augmenter le nombre de paliers d’imposition à neuf. Ce n’est pas irréaliste puisque dans les années 70, on en avait 16. En ce moment, on en a quatre, ce qui fait que la fourchette est large. Si on pouvait convaincre le gouvernement de gagner des paliers d’imposition, on irait chercher 2,5 milliards de dollars par année. »

Il soutient également que des baisses d’impôt récentes ont privé l’État de revenus importants. Il serait aussi possible d’instaurer un impôt sur le patrimoine du 1 % des plus riches, imposer davantage les gains en capital, réinstaurer la taxe sur le capital pour les institutions financières, notamment.

Selon les organismes, le modèle québécois en matière de justice sociale s’est fragilisé au fil des années. Ils réclament un réinvestissement dans les services publics, les programmes sociaux et l’action communautaire autonome afin de freiner l’élargissement des inégalités sur la Côte-Nord.

Une corde à linge a été fabriquée avec des messages à envoyer au gouvernement. Photo Johannie Gaudreault

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