Northern Graphite : le projet de Baie-Comeau relégué au second plan

Par Johannie Gaudreault 1:26 PM - 24 février 2026
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Northern Graphite envisage d’utiliser une partie du site de l’ancienne papeterie de Baie-Comeau en collaboration avec BMI. Photo archives

En annonçant la construction d’une usine de matériaux pour batteries de 200 M$ US en Arabie saoudite, Northern Graphite envoie un message sans équivoque au gouvernement du Québec. Le projet envisagé à Baie-Comeau est désormais relégué à l’arrière-plan, le temps que la province précise ses intentions quant à l’attribution d’électricité et aux incitatifs financiers.

La société, seul producteur nord-américain de graphite naturel, a conclu une entente avec le conglomérat Al Obeikan Group for Investment afin de construire et d’exploiter conjointement une installation dans la ville portuaire de Yanbu, sur la mer Rouge.

La construction devrait débuter au second semestre, à la suite d’une étude de faisabilité finale, pour une mise en production prévue en 2028.

Jusqu’à récemment, Northern Graphite développait des projets d’usines de matériaux d’anode à Baie-Comeau ainsi qu’en France. Ces deux initiatives passent maintenant derrière le projet saoudien.

« Il s’agit certainement d’un signal d’alarme pour ces deux régions afin qu’elles mettent en place des mesures incitatives qui nous permettraient d’aller de l’avant », a déclaré le chef de la direction, Hugues Jacquemin, dans un communiqué le 5 février. « À la fin de la journée, c’est une question de ressources et d’argent. Le graphite est là. Il est dans le sol. Quand on veut, on peut. »

L’électricité au cœur de l’équation

Northern Graphite avait indiqué que les opérations à Baie-Comeau pourraient débuter dès 2027, avec une capacité initiale d’environ 20 000 tonnes par année et un potentiel d’expansion. Toutefois, l’obtention d’un bloc d’électricité d’Hydro-Québec demeure déterminante.

« Nous sommes toujours en attente d’une attribution d’électricité au Québec et nous attendons encore de voir quel type de soutien le gouvernement est prêt à nous accorder, a affirmé M. Jacquemin. Espérons que cette nouvelle exercera davantage de pression sur eux. »

À Yanbu, l’usine affichera une capacité initiale de 25 000 tonnes par an. L’approvisionnement proviendra de la mine Okanjande, en Namibie, que Northern prévoit redémarrer afin de produire du concentré de graphite dès 2028.

Le redémarrage nécessiterait un investissement d’environ 35 millions de dollars, selon l’entreprise. Une évaluation économique préliminaire publiée en 2023 projette une production annuelle de 31 000 tonnes sur une durée de vie de 10 ans.

« Ce sera un modèle de ce que nous voulons faire. Ensuite, nous pourrons reproduire ailleurs ce que nous aurons fait ici », a indiqué le dirigeant. « Nous continuerons de poursuivre les projets que nous avons en Europe et en Amérique du Nord, mais celui-ci avancera assurément plus rapidement. »

L’ambition de Northern « est toujours d’être le premier sur le marché », a-t-il ajouté. « En procédant ainsi, nous croyons que nous serons les premiers à mettre en place une chaîne d’approvisionnement entièrement intégrée entre la Namibie et l’Arabie saoudite. »

Un montage financier avantageux

Dans la coentreprise, Obeikan détiendra 51 % des parts contre 49 % pour Northern et pilotera la recherche de financement par emprunt local. Le projet bénéficie de l’appui du Fonds saoudien de développement industriel (SIDF), qui pourrait financer entre 50 % et 75 % des coûts.

« Le SIDF financera entre 50 et 75 % de ce projet, et il existe d’autres incitatifs. Cela nous permet d’avancer très rapidement. Les délais d’obtention des permis sont très courts », se réjouit Hugues Jacquemin précisant que l’Arabie saoudite n’était pas initialement envisagée comme destination.

« Lorsque nous avons commencé à discuter avec Obeikan et à examiner l’emplacement, la structure de coûts et les mesures incitatives que le gouvernement saoudien est prêt à offrir, cela a commencé à faire beaucoup de sens », a-t-il justifié en soulignant également le positionnement stratégique du pays.

Pour Baie-Comeau, le signal est clair : sans engagements structurants et rapides de Québec, le projet pourrait continuer de céder du terrain face à des juridictions jugées plus compétitives.

Le projet d’usine de graphite à Baie-Comeau ralentit

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