Mark Carney est en Australie pour renforcer les liens commerciaux et militaires

Par Anja Karadeglija, La Presse Canadienne 2:10 PM - 3 mars 2026
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Le premier ministre Mark Carney monte dans un véhicule qui l'attend à son arrivée à Sydney, en Australie, le mardi 3 mars 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Adrian Wyld Adrian Wyld

Le premier ministre Mark Carney est en Australie, où il tiendra sa première conférence de presse en deux semaines.

Le chef du gouvernement est arrivé à Sydney mardi à midi, heure locale, ce qui correspond à lundi soir au Canada. Il doit rencontrer des chefs d’entreprise à Sydney dans le cadre de ses efforts pour renforcer ses liens déjà solides en matière de renseignement en élargissant sa collaboration dans les domaines du commerce et de la défense.

«C’est une mission très importante pour le Canada présentement. On travaille de très près avec les Australiens, avec l’Australie, depuis très longtemps», a déclaré mardi le ministre de la Défense nationale, David McGuinty, qui accompagne M. Carney à Sydney.

Il a expliqué aux journalistes que le Canada souhaite renforcer des relations sur deux axes avec ce pays de l’hémisphère sud: un partenariat économique plus profond et la défense et la sécurité.

M. McGuinty a indiqué qu’il y avait de l’ouverture en Australie pour travailler avec le Canada.

«Il y a une réceptivité ici en Australie qui suit le discours que M. Carney, le premier ministre, a prononcé à Davos, où il a indiqué qu’il y a une autre façon de procéder dans le monde», a précisé le ministre de la Défense nationale.

À Davos, en janvier, M. Carney a appelé les puissances économiques moyennes à s’unir pour mieux contrer l’intimidation des «puissances hégémoniques».

M. McGuinty s’est entretenu avec les médias peu après son arrivée à Sydney, tandis que la dernière conférence de presse de M. Carney remonte au 17 février, lorsqu’il a annoncé sa nouvelle stratégie industrielle de défense à Montréal.

Il est inhabituel pour un premier ministre voyageant à l’étranger de ne pas avoir tenu de conférence de presse avec les journalistes l’accompagnant cinq jours après le début de ses déplacements.

Son silence intervient tandis que les questions se multiplient quant à la répression menée par l’Inde au Canada et après que les frappes américaines en Iran ont déclenché une guerre impliquant plusieurs pays.

Le cabinet du premier ministre a annulé une conférence de presse prévue lundi en Inde, après la rencontre de M. Carney avec le premier ministre indien, Narendra Modi. Les demandes des journalistes qui souhaitaient lui poser des questions mardi ont également été refusées.

Le premier ministre doit offrir son temps aux médias à Sydney vers 16 h 30 mardi, heure d’Ottawa, ou mercredi matin pour l’Australie.

Partenaire naturel

Jeudi, M. Carney se rendra à Canberra pour s’adresser au Parlement australien et partira ensuite pour Tokyo.

M. Carney rencontrera le premier ministre australien, Anthony Albanese, au pouvoir depuis 2022. Les deux pays sont membres du Commonwealth et partenaires de l’alliance de partage de renseignements Five Eyes, aux côtés des États-Unis, du Royaume-Uni et de la Nouvelle-Zélande.

«L’Australie est évidemment un partenaire naturel du Canada dans la région indo-pacifique», a affirmé Vina Nadjibulla, vice-présidente de la Fondation Asie-Pacifique, en entrevue.

Les deux pays sont des exportateurs de matières premières. Mme Nadjibulla a fait remarquer que Pékin avait parfois remplacé ses importations provenant d’un pays par celles d’un autre en cas de friction, par exemple en achetant des produits à base de canola australien lorsqu’il a restreint les importations canadiennes lors d’un différend diplomatique.

Parmi les pays de la région indo-pacifique, l’Australie a été «de loin la principale source» d’investissements directs étrangers dans les deux sens pour le Canada, a expliqué Mme Nadjibulla, en particulier pour les fonds de pension canadiens.

Canberra a également signé plusieurs initiatives lancées par le Canada visant à renforcer les chaînes d’approvisionnement en minéraux essentiels afin de réduire la dépendance des pays occidentaux vis-à-vis de la Chine. Mme Nadjibulla a suggéré que le Canada s’inspire d’une initiative australienne visant à stocker certains minéraux essentiels d’importance stratégique.

En quête de prévisibilité

Lors du Sommet du G20 en Afrique du Sud, en novembre dernier, M. Carney a lancé un partenariat sur les technologies émergentes avec l’Inde et l’Australie, bien qu’aucun des trois pays n’ait fourni beaucoup de détails sur ce que ce travail impliquera.

Ottawa et Canberra ont signé l’année dernière un accord prévoyant l’achat par le Canada d’un système de radar transhorizon à l’Australie, destiné à être utilisé dans l’Arctique. Selon Mme Nadjibulla, les deux pays pourraient s’appuyer sur cet accord pour mener à bien des projets industriels dans le domaine de la défense touchant à la cybersécurité ou à la technologie quantique.

L’Australie figurait parmi les pays cités le mois dernier par le Canada dans une stratégie visant à dépenser des milliards pour renforcer sa défense.

Cette visite survient alors qu’Ottawa mène une campagne pour inciter l’Union européenne à rejoindre l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste, un accord de libre-échange entre le Canada et dix autres pays. Le Canada a également conclu un accord commercial avec l’UE.

L’idée est de contourner le dysfonctionnement créé par Pékin et Washington à l’Organisation mondiale du commerce et de faire en sorte que la plupart des autres grandes économies mènent leurs échanges commerciaux selon des règles prévisibles, a expliqué Mme Nadjibulla.

«En l’absence d’un cadre multilatéral global, la meilleure option est ce type de coalition plus restreinte, composée de pays qui sont toujours intéressés par un commerce fondé sur des règles et qui souhaitent défendre ces valeurs», a-t-elle ajouté.

Moins exposés

Même si l’Australie est aussi aux prises avec les politiques imprévisibles du président américain, Donald Trump, l’économie canadienne est beaucoup plus intégrée à l’économie américaine en raison de sa proximité, a rappelé Mme Nadjibulla.

«Ils sont moins exposés à la volatilité et à l’imprévisibilité de Trump», a-t-elle précisé.

«L’opinion publique n’est pas aussi focalisée sur le président Trump en Australie. Elle est beaucoup plus concentrée sur des questions régionales plus proches, concernant la Chine et les menaces que celle-ci représente dans la région indo-pacifique.»

Mme Nadjibulla estime que Canberra serait donc peu susceptible de prendre une position ferme contre Washington. Mais elle a ajouté que l’Australie pourrait servir de guide au Canada dans ses efforts pour renforcer ses liens avec les pays d’Asie du Sud-Est, où Ottawa a signé ou négocie divers accords commerciaux.

«L’Australie a beaucoup plus progressé dans ses relations, et le Canada souhaite en faire davantage. Nous pouvons essentiellement mobiliser des ressources et apporter plus d’ampleur et de profondeur à notre présence dans cette région si nous nous associons à l’Australie», a-t-elle mentionné.

— Avec des informations de Dylan Robertson à Ottawa.

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