Il y a quelques mois, j’ai levé la main pour dire que c’en était trop. Parce que parfois, le geste le plus courageux n’est pas de tenir le coup, mais de s’arrêter un moment pour mieux revenir.
Sur la Côte-Nord comme ailleurs au Québec, les initiatives pour sensibiliser la population aux enjeux de santé mentale se multiplient. Campagnes de prévention, ressources d’aide, lignes pour parler ou même clavarder quand ça ne va pas.
De plus en plus, on tente de mettre en lumière les signaux d’alarme, ces indices qui devraient nous pousser à devenir une partie du filet social lorsqu’une personne de notre entourage semble s’enfoncer.
Dans les organismes d’aide, chez les psychologues et les travailleurs sociaux, le constat revient souvent. Les demandes n’ont jamais été aussi nombreuses.
Collectivement, on comprend de mieux en mieux l’importance de la santé mentale.
Mais quand le social devient personnel, quand le personnel devient carrément nous-mêmes, voit-on encore les choses de la même façon ?
Je vais le dire franchement. Moi, j’ai levé le drapeau rouge. Il y a quelques mois. Parce que c’en était trop.
Trop de fatigue physique, trop d’épuisement émotionnel, trop de défis personnels, trop de changements. Juste… fucking trop, tout en même temps.
À ce moment-là, mon âme est entrée en chantier. Un vrai chantier pêle-mêle. Reconstruction d’identité, reconstruction de racines, reconstruction intérieure.
Dans ma tête, il y avait presque une pancarte accrochée au marqueur rouge. FERMÉ TEMPORAIREMENT.
Pendant un moment, ma signature a aussi disparu des pages du journal. Certains lecteurs l’auront peut-être remarqué.
Dans ces moments-là, il y a une phrase qu’on entend souvent. « C’est temporaire. »
C’est cliché.
Mais maudit que c’est vrai.
Quand tout vacille.
Quand tout devient flou.
Quand la vie se gère heure par heure, jour par jour.
Au risque de me répéter (j’ai le droit, fait vécu ici). C’est tem-po-raire.
Selon moi, une autre chose mérite d’être soulignée. Il n’y a pas de raisons plus valables que d’autres pour décider de mettre son âme en chantier. Chacun vit ses tempêtes. Chacun a ses limites. Peu importe où l’on se situe sur l’échelle de la résilience, elles sont toutes légitimes.
Il y a aussi le temps du chantier.
Qu’il se compte en jours, en semaines, en mois ou en années, ce temps prendra le temps qu’il faut. Se sortir la tête de l’eau. Respirer. Demander un bras. Une bouée. Du linge sec.
C’est long. Parfois plus long qu’on l’aurait cru.
Et soyons honnêtes, ce n’est pas encore le moment où toute la force est revenue.
La stigmatisation entourant la santé mentale est encore nourrie par des idées préconçues. Souvent portées par celles et ceux qui n’ont jamais eu à redéfinir leur propre bien-être.
Mais si aujourd’hui on se donne le droit d’en parler. Si on raconte nos histoires vécues. Si on dit à quelqu’un de notre entourage de prendre tout le temps nécessaire.
Alors on avance pour vrai.
Dans mon cas, le temps a fait son job.
Je suis de retour au travail avec le plus grand des bonheurs. Cette pause m’a permis de me redéfinir, de me reconstruire, mais aussi de mettre en lumière mes limites, mes valeurs, mes besoins.
Et dans ce qui me rend réellement heureuse, mon travail en fait sans aucun doute partie. Écrire vos histoires, vous informer, vous rencontrer me comble.
Je suis heureuse de retrouver mon rythme de croisière. Mon café de bureau. Mes précieux collègues et patrons. Et évidemment ce journal, si important dans ma vie.
À ceux et celles qui vont moins bien, levez la main. Vous allez peut-être découvrir qu’une autre main se tendra plus vite que vous ne l’auriez cru.
Et à tous les autres, merci de garder vos mains grandes ouvertes.
Parce qu’un jour ou l’autre, quelqu’un autour de vous en aura besoin.
Peut-être même plus vite que vous le pensez.
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