Sept-Îles a le plus bas stock de crevettes du golfe Saint-Laurent
Le stock de crevettes de la zone de Sept-Îles a le plus bas niveau de biomasse du golfe Saint-Laurent. Photo Johanne Fournier
Selon le biologiste à Pêches et Océans Canada et responsable de l’évaluation des stocks de crevette à l’Institut Maurice-Lamontagne, Hugo Bourdages, des quatre stocks de crevettes nordiques dans le nord du golfe du Saint-Laurent, celui de Sept-Îles est celui qui se porte le moins bien.
Depuis les quinze dernières années, on observe un réel déclin pour la pêche de crevette dans la région de Sept-Îles.
« Pendant plusieurs années, à Sept-Îles, on débarquait plus de 15 000 tonnes de crevettes. Puis là, dans les deux dernières années, on n’a pas dépassé 500 tonnes », explique Hugo Bourdages.
Chaque été, Pêches et Oceans Canada fait un relevé pour estimer la biomasse du stock. Le stock de crevettes de la zone de Sept-Îles est « le stock qui est au plus bas niveau de biomasse », selon Hugo Bourdages.
Cette diminution s’explique entre autres par les changements climatiques. L’augmentation de la température de l’eau et la diminution de l’oxygène qui se trouve dans l’habitat de la crevette sont deux éléments qui sont défavorables à l’espèce.
L’augmentation du nombre de sébastes, qui est un prédateur de la crevette, a aussi contribué à faire diminuer sa biomasse.
« Il y a 40 fois plus de sébaste aujourd’hui qu’il y en avait il y a 10 ans. Donc ça, c’est beaucoup de prédateurs pour la crevette », dit M. Bourdages.
Selon le biologiste, tous ces éléments mis ensemble ont amené le stock de crevettes du golfe du Saint-Laurent à diminuer au cours des dernières années, pour atteindre un pic historique en 2023. Depuis, on observerait une légère amélioration des stocks.
« Dans les deux dernières années, on a vu une légère amélioration de la température de l’eau. Donc ça, ça aide un petit peu la crevette », note M. Bourdages.
C’est cette amélioration qui pourrait amener la ministre fédérale des Pêches, Joanne Thompson, à annoncer, dans les prochains jours, un total autorisé des captures de 5 685 tonnes pour la prochaine saison, soit une hausse de 49 % par rapport à celui de 3 809 tonnes de l’an dernier.*
Pour la zone de Sept-Îles l’an passé, les pêcheurs étaient autorisés à 807 tonnes de crevettes, cette année ils pourraient pêcher 917 tonnes, selon Hugo Bourdages, soit une augmentation de 14 %.
Pas beaucoup de crevettes pour les assiettes
Bien que le quota devrait être plus élevé que l’an passé, cela ne veut pas dire que la saison de pêche de crevette sera meilleure.
« Il y a plusieurs facteurs. Premièrement, l’année passée, les taux de capture dans les zones de Sept-Îles n’ont pas été très bons au printemps. Puis là, cette année, le prix du diesel va être, on va dire, catastrophique », explique Patrice Element, directeur de l’Office des pêcheurs de crevette du Québec.
Selon M. Element, si les taux de capture ne sont pas meilleurs cette année et que le prix du diesel reste élevé, il se peut que la saison de la crevette soit difficile.
« Je ne veux pas être alarmiste (…) mais ça se peut qu’il n’y ait pas beaucoup de crevettes de débarquées à Sept-Îles au printemps », dit Patrice Element.
Le faible taux de capture s’explique par le fait qu’il y a eu une perte d’environ deux tiers de l’habitat de la crevette. Dans la zone Sept-Îles, la superficie où se concentre 95 % de la biomasse est passée de 30 000 km2, il y a une décennie, à seulement 10 000 km2 aujourd’hui.
Le problème avec le faible taux de capture et le prix du carburant élevé c’est que c’est difficile pour les pêcheurs de rentabiliser leurs opérations.
« La question, c’est (…) est-ce qu’avec les augmentations de coûts qu’on va avoir cette année, est-ce qu’on croit que le consommateur va être capable ou va être prêt à payer ce que ça va coûter de plus, juste pour que nous, les transformateurs, on fasse nos frais ? », dit M. Element.
Quel avenir pour la crevette ?
Seule la nature peut renverser la situation de la crevette nordique, selon Hugo Bourdages. Annuellement, les scientifiques suivent s’il y a de nouvelles crevettes dans la zone de Sept-Îles.
« Dans les dernières années, les jeunes crevettes sont en faible abondance. Donc on ne s’attend pas à une amélioration significative dans les prochaines années », dit M. Bourdages.
Il précise que la pêche n’a pas d’impact sur l’avenir de la crevette, puisque les prélèvements sont au plus faible jamais observés.
« C’est la nature qui va dicter les choses pour les prochaines années », conclut Hugo Bourdages.
La pêche pour la crevette sera ouverte à partir du 1er avril, tandis que la saison du crabe des neiges dans la zone 16 devrait commencer le 6 avril.
– Avec Johanne Fournier
*Cet article a été publié avant la publication des quotas officiels jeudi par le ministère des Pêches et des océans.
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