Les pêcheurs de la Côte-Nord en deuil
Clovis Poirier était un ardent défenseur des droits des pêcheurs. Photo archives Emy-Jane Déry
Ardent défenseur des droits des pêcheurs sur la Côte-Nord, Clovis Poirier a entrepris son dernier voyage en mer le 25 mars, laissant dans son sillage une famille, des amis et des collaborateurs qui saluent son legs important.
Toute sa vie, Clovis Poirier a été un porte-parole engagé pour les pêcheurs de la Côte-Nord. À 81 ans bien sonnés, il était toujours président du Regroupement des pêcheurs professionnels de la Haute et Moyenne-Côte-Nord (RPPHMCN). Il siégeait à titre de vice-président de l’Alliance des pêcheurs professionnels du Québec (APPQ), dont il était l’un des trois membres fondateurs et dirigeait encore le Parc d’hivernage de Sept-Îles, qu’il avait contribué à créer de toutes pièces.
« Il commençait à penser à ralentir », relate Serge Langelier, qui travaillait de près avec lui depuis de nombreuses années. « Il m’avait recruté au Regroupement de pêcheurs à ma sortie de l’école », se souvient le diplômé en biologie.
Il confie perdre bien plus qu’un collègue.
« Je ne suis pas la personne la plus neutre pour en parler. Pour moi, c’était mon mentor, un ami. On avait des grandes discussions ! Des fois, il y avait des points où on n’avait pas la même opinion, mais on était capable de débattre pour aller chercher les forces et faiblesses de chaque position », se souvient-il.
Pas plus tard qu’au début mars, les deux hommes avaient fait la route aller-retour pour Québec, pour aller rencontrer la ministre fédérale des pêches, Joane Thompson.
« La radio a été fermée tout le long et il n’y a pas eu de silence », se rappelle-t-il avec un sourire.

De Clovis Poirier, il salue la capacité d’écoute, le discernement, la franchise et la persévérance.
« Quand il y avait des choses qui n’avaient pas d’allure, il prenait le temps de le dire. Il était capable de présenter son point, mais toujours avec un respect. C’est quelqu’un qui avait le respect d’autrui et qui inspirait le respect. Il ne pognait pas les nerfs, il se demandait juste comment faire pour que les gens ouvrent les yeux… »
Il rappelle que M. Poirier, originaire de Magpie en Minganie, avait débuté sa carrière de pêcheur avec son grand-père, après quelques années de travail dans le secteur de la carrosserie dans la région de Sept-Îles.
« À ses débuts comme pêcheur, il s’est spécialisé dans le poisson de fond. Il a réussi, par ses efforts constants et soutenus, le plus gros débarquement de turbot et de flétan atlantique de la Côte-Nord », se souvient M. Langelier.
Des années plus tard, M. Poirier a fait l’acquisition d’un permis de crabe des neiges dans la zone 16, permis vendu à son fils Serge, en 2003. Durant plus de deux décennies après la vente de son entreprise de pêche au crabe des neiges, M. Poirier a maintenu son engagement pour les pêcheurs.
C’est à ce visionnaire que les pêcheurs doivent, en partie du moins, certaines infrastructures portuaires primordiales pour l’industrie, dont le Havre de pêche et le Parc d’hivernage de Sept-Îles.
« Le parc d’hivernage a été conçu à la base pour 60 bateaux et on en a 140 sur le site », souligne M. Langelier, preuve s’il en faut de la pertinence de l’initiative.
M. Poirier a également fondé RESMAR, première compagnie de pesage à quai pour les espèces à quotas.
À l’Alliance des Pêcheurs Professionnels du Québec (APPQ), son travail a permis des « avancées majeures pour les pêcheurs », rappelle Serge Langelier, évoquant notamment la loi permettant la mise en place des plans conjoints pour la mise en marché du poisson et le travail de restructuration suite au moratoire sur le poisson de fond de 1992. M. Poirier a également contribué à développer certaines pêches d’espèces sous-utilisées comme la mactre de Stimpson, l’oursin vert, la mye ou le couteau de mer.
O’Neil Cloutier, actuel président de l’Alliance, a d’ailleurs tenu à souligner l’implication sans faille de son prédécesseur.
« M. Poirier a dirigé la destinée de la seule organisation provinciale représentant les pêcheurs côtiers émanant des 3 grandes régions maritimes du Québec ; la Côte-Nord, la Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine. Membre fondateur de l’Alliance, il n’a jamais cessé de travailler pour la structuration de la pêche côtière tant au niveau régional, provincial que national. Pour ceux et celles parmi nous qui ont eu la chance de le côtoyer, de travailler à ses côtés, nous désirons offrir nos sincères condoléances, car nous sommes tous touchés, de façon différente, par le départ soudain et rapide de cet homme progressif et libre de ses actions », a écrit M. Cloutier.
Serge Langelier est toujours sous le choc du décès de son ami.
« Clovis Poirier aura consacré sa vie à améliorer les conditions de vie des pêcheurs, les conditions de pratique. C’était toujours le but ! Il était un grand bâtisseur de la Côte-Nord. »
Il laisse dans le deuil sa conjointe, leurs deux fils, trois petits-fils, plusieurs proches, parents et amis.
Et toute une communauté de gens de la mer qui lui doivent beaucoup.
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