Côte-Nord : qui veut vraiment du bouclage ferroviaire ?
Discussion sur la logistique, transport et mise en valeur du fer dans la fosse du Labrador. De gauche à droite : Marc Lindstrom de la SFPPN, Julian Potvin du Port de Sept-Îles, Nicolas Mercier de Rio Tinto IOC, Michael Labrie d'ArcelorMittal e Louis Gravel, expert en logistique ferroviaire et maritime Photo Manuel Paradis
Les deux opérateurs des chemins de fer de la Côte-Nord ne considèrent pas le bouclage ferroviaire de la fosse du Labrador comme une priorité et affirment disposer encore de capacité excédentaire. Le projet, pour lequel le gouvernement a réservé 15 millions de dollars pour réaliser l’étude de faisabilité dans son budget 2026, vise à connecter les réseaux d’ArcelorMittal et de QNS&L (Rio Tinto IOC).
Désenclaver la richesse et libérer le plein potentiel de la fosse du Labrador. C’est le slogan qu’ont répété les représentants de Minerai de fer Québec, lors de leurs différentes interventions à l’État du fer 2026. L’événement tenu à Québec du 31 mars au 2 avril réunissait les principaux acteurs de la filière du fer du Québec, notamment ceux de la Côte-Nord et du Labrador.
Pour réaliser ce désenclavement, trois grands chantiers doivent être réalisés à court et moyen terme : Horizon 7 à la Société ferroviaire et portuaire de Pointe-Noire (SFPPN), l’amélioration de l’approvisionnement énergétique dans la fosse du Labrador et le bouclage ferroviaire, pour rejoindre les chemins de fer d’IOC Rio Tinto et d’ArcelorMittal.
Ce dernier projet est justement au stade de l’étude de faisabilité.
En février 2026, le ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie (MEIE) a annoncé qu’il mènerait, avec la Société du Plan Nord, les travaux visant à étudier le bouclage des deux chemins de fer privés existants.
Différentes études gouvernementales ont exploré cette possibilité depuis près de 20 ans. Toutefois, les contextes à l’époque étaient tels, qu’aucune des études déjà réalisées n’a conclu qu’un nouveau chemin de fer était nécessaire.
Le développement de nouveaux projets et l’inscription du fer de haute pureté comme minéraux critiques et stratégiques pourraient cette fois-ci modifier les conclusions, selon plusieurs observateurs.

Encore de la capacité
Les opérateurs des deux chemins de fer, ArcelorMittal pour celui reliant Fermont à Port-Cartier et QNS&L pour celui reliant Schefferville à Sept-Îles, ne semblent toutefois pas considérer que ce bouclage est réellement nécessaire.
Lors d’une table ronde animée par Louis Gravel, expert en logistique ferroviaire et maritime et ancien dirigeant de la SFPPN, les représentants des deux minières ont fait connaître leurs points de vue sur l’ambitieux projet du gouvernement du Québec.
D’emblée, Michael Labrie, directeur général, infrastructure chez ArcelorMittal, a fait connaître la position de son organisation. Selon lui, ArcelorMittal n’a pas d’intérêt pour la boucle et souhaite prioriser ses opérations.
Il précise que le chemin de fer reliant Fermont et Port-Cartier a encore des capacités excédentaires. Il note aussi que l’entreprise est ouverte à étudier des projets de partenariats pour le transport.
« Pour ArcelorMittal, le développement de la fosse du Labrador est au cœur de nos activités. […] À travers les années, nous avons investi massivement dans nos infrastructures ferroviaires et nos infrastructures portuaires. […] Ce qu’on s’attend de l’État, c’est qu’il joue un rôle de facilitateur, qu’il facilite l’accès aux ressources et qu’il mette en place des conditions propices à l’investissement », a affirmé Micheal Labrie. « D’un autre côté, on s’attend à ce que l’État ne s’ingère pas dans la gestion des infrastructures qui sont gérées par les entreprises privées. […] Pour le dire clairement, c’est important qu’on laisse au secteur privé gérer ses opérations. En contrepartie, on est convaincu qu’on gagnerait tous à collaborer davantage. »
Du côté de QNS&L, selon Nicolas Mercier, directeur, services techniques ferroviaires et portuaires chez Rio Tinto IOC, la capacité du chemin de fer reliant Schefferville et Sept-Îles n’est pas encore complètement déterminée.
La compagnie a battu plusieurs records de transport en 2025, avec près de 40 millions de tonnes transportées. Selon M. Mercier, un projet qui porterait la capacité à 60 millions de tonnes par année serait présentement à l’étude.
L’organisation est prête à étudier le projet de bouclage, mais confirme du même souffle qu’il y a certainement encore beaucoup de capacité disponible.
Travailler en équipe
Joël Crépeau, vice-président, Stratégie et Innovation chez Minerai de fer Québec, explique que son organisation souhaite concrétiser sa vision de faire de la fosse du Labrador un hub, et que, pour ce faire, tous doivent travailler en équipe pour débloquer le reste du potentiel du minerai de fer de la Côte-Nord.
Son discours contraste avec la prudence affichée par les opérateurs ferroviaires.
Pour Patrick Beauchesne, président-directeur général de la Société du Plan Nord, l’objectif est de recueillir les meilleures données pour prendre la bonne décision.
« Il faut documenter la situation. Pour nous, un des objectifs de la Société du Plan Nord, c’est de viser un développement cohérent. Pour être cohérent, il faut aussi voir avec les parties prenantes si c’est quelque chose qui est souhaité à court, moyen, long terme. Si on se projette dans 30, 40 ans, et qu’on veut sortir 100 millions de tonnes de fer de la Côte-Nord par année, il faut anticiper les investissements qui seront nécessaires. »
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