Négociations chez Hydro-Québec : la sous-traitance au cœur du conflit

Par Anne-Sophie Paquet-T. 7:00 AM - 12 mai 2026
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Des travailleurs d'Hydro-Québec ont affiché leur mécontentement à l'aide de messages inscrits sur des véhicules de la société d'État dans le contexte des négociations en cours. Photo Anne-Sophie Paquet-T.

Après plus de deux ans sans convention collective, les employés de métiers d’Hydro-Québec haussent le ton. Sur la Côte-Nord, le syndicat dénonce notamment la montée de la sous-traitance.

Le Syndicat des employés de métiers d’Hydro-Québec (SCFP-1500), qui représente plus de 6 200 travailleurs au Québec, dont près de 600 sur la Côte-Nord, a récemment déposé un avis de grève des heures supplémentaires.

Sans convention collective depuis le 31 décembre 2023, les travailleurs souhaitent en arriver à une entente. « Ça fait deux ans qu’on négocie de bonne foi », affirme le président provincial du syndicat, Frédéric Savard.

La sous-traitance en cause

Selon le syndicat, le principal enjeu des négociations demeure le recours grandissant à la sous-traitance chez Hydro-Québec.

Questionné sur les autres éléments négociés dans le cadre de la future convention collective, le président syndical, Frédéric Savard, est toutefois demeuré prudent. « Je ne peux pas les dévoiler », indique-t-il. « Par respect pour le processus, je ne peux pas négocier sur la place publique ».

M. Savard soutient que des sous-traitants réalisent désormais davantage de travaux de maintenance et de remplacement d’équipements chez Hydro-Québec. Le syndicat estime que les travailleurs à l’interne devraient occuper une plus grande place dans les projets prévus dans le cadre du Plan d’action 2035.

De son côté, Hydro-Québec affirme que ses effectifs sont en croissance. Selon la société d’État, le nombre d’employés est passé de 21 168 en 2021 à 23 915 en 2025. Sur la Côte-Nord, les effectifs ont augmenté de 1 126 à 1 276.

Hydro-Québec affirme avoir recours à des entrepreneurs notamment lors de pannes majeures ou pour accélérer certains travaux de maintenance.

Le syndicat soutient néanmoins que cette approche entraîne des coûts supplémentaires. « La sous-traitance, c’est plus cher qu’à l’interne », affirme M. Savard.

Pour illustrer ses préoccupations, le président syndical évoque un incident survenu au poste Micoua, sur la Côte-Nord. Selon lui, des sous-traitants auraient échappé une traversée de transformateur, causant un important bris d’équipement. « Ça a coûté 1 million de dollars à Hydro-Québec », affirme-t-il.

Hydro-Québec confirme qu’un incident est survenu au poste Micoua dans le cadre du remplacement d’une composante de transformateur, tout en le qualifiant « d’incident fortuit ».

Le président syndical y voit un exemple des risques liés, selon lui, à la perte d’expertise à l’interne. « Quand l’expertise sort à l’externe, il peut y avoir des conséquences », soutient-il.

Le président du SCFP-1500, Frédéric Savard, affirme que la sous-traitance demeure l’enjeu principal des négociations. Photo : courtoisie du SCFP-1500

Le manque d’effectifs dénoncé

Le moyen de pression annoncé vise uniquement les heures supplémentaires. Le syndicat prévoit déclencher cette grève à compter du 14 mai à 00 h 01.

Hydro-Québec et le SCFP-1500 se sont récemment entendus sur les services essentiels à maintenir durant les moyens de pression. Le Tribunal administratif du travail devra toutefois déterminer si cette entente est suffisante pour assurer la santé et la sécurité du public. « On ne veut pas prendre la population en otage », affirme M. Savard.

Selon le syndicat, le recours important aux heures supplémentaires révèle surtout un manque de planification et de main-d’œuvre. « On ne négocie pas du temps supplémentaire, on négocie des emplois », résume-t-il. « Il manque d’effectifs et on n’embauche pas assez ».

Hydro-Québec affirme pour sa part que le recours aux heures supplémentaires est principalement lié au rétablissement du service lors de pannes ainsi qu’aux travaux de maintenance et d’amélioration du réseau.

La société d’État soutient également que les heures supplémentaires demeurent « une pratique de gestion incontournable » dans le contexte d’un service essentiel offert 24 heures sur 24.

Une réalité nord-côtière

Sur la Côte-Nord, le syndicat rappelle que plusieurs installations stratégiques d’Hydro-Québec alimentent le réseau québécois. « C’est la deuxième plus grosse région de production d’électricité au Québec », souligne M. Savard.

Le syndicat estime que les projets énergétiques sur la Côte-Nord devraient accorder une plus grande place aux travailleurs d’Hydro-Québec de la région.

Malgré les tensions, le SCFP-1500 affirme privilégier encore une entente négociée. Le syndicat rappelle toutefois qu’un mandat de grève a déjà été adopté à 99 % par les membres ayant participé au vote. « Les travailleurs sont mobilisés plus que jamais », soutient M. Savard.

D’autres moyens de pression pourraient suivre si les négociations demeurent dans l’impasse.

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