Le journalisme régional au cœur des discussions à Carleton-sur-Mer

Par Johannie Gaudreault 7:20 PM - 17 mai 2026
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Michel Morin, Johanne Fournier, Martin Toulgoat et la modératrice Caroline Farley. Photo Johannie Gaudreault

Le Festival international de journalisme de Carleton-sur-Mer était l’occasion parfaite pour discuter du journalisme régional et le mettre en valeur. C’est ce qu’ont fait des journalistes et éditeurs de la région en partageant les coulisses d’un métier où la proximité avec la population façonne chaque reportage.

Le 5 à 7 du 16 mai, consacré aux « Défis et réalités du journalisme en région », a donné lieu à des échanges francs et touchants entre plusieurs artisans de l’information gaspésienne. Journalistes de presse écrite, de radio et de télévision ont témoigné des réalités parfois lourdes, mais surtout enrichissantes.

Autour de la table se trouvait Johanne Fournier, journaliste pour les Publications Gaspésiennes, associées aux Éditions Nordiques. Elle était accompagnée de Martin Toulgoat de Radio-Canada, Michel Morin de la radio CHNC à Paspébiac ainsi que de la modératrice Caroline Farley.

Tous ont décrit des journées rythmées par les déplacements, les échéances serrées et la nécessité d’alimenter plusieurs plateformes à la fois. En Gaspésie, couvrir un sujet peut parfois signifier plusieurs heures de route avant même de commencer à rédiger.

Les intervenants ont aussi souligné à quel point la transformation technologique a changé la pratique du métier. Si les outils numériques facilitent aujourd’hui le travail à distance et la rapidité de diffusion, ils ont également accru la cadence de production. « Plus on a de la technologie, plus on nous ajoute des tâches », a résumé Johanne Fournier, qui a commencé sa carrière en journalisme il y a 40 ans.

Le panel a surtout mis en lumière la réalité particulière du journalisme de proximité. En région, les journalistes croisent quotidiennement les personnes qu’ils couvrent : à l’épicerie, à l’aréna ou dans les événements communautaires. Cette proximité favorise la confiance et l’accès à l’information, mais elle peut aussi rendre certains dossiers plus délicats, notamment en matière judiciaire ou de faits divers.

Johanne Fournier a d’ailleurs livré un témoignage émotif sur les répercussions personnelles que peuvent entraîner certains reportages sensibles. Elle a raconté avoir déjà subi des attaques et des menaces après la publication d’articles concernant des affaires criminelles dans sa communauté. Malgré tout, elle affirme continuer de faire son travail en s’appuyant sur la déontologie journalistique et l’intérêt public.

Au-delà des défis, les échanges ont aussi témoigné d’un profond attachement au territoire et à la mission d’informer. Les participants ont rappelé l’importance des médias régionaux dans la vitalité démocratique des communautés et la nécessité de préserver un journalisme enraciné dans les réalités locales. « On est chanceux en Gaspésie », a lancé Michel Morin en évoquant la richesse et l’expérience des journalistes toujours actifs dans la région.

Johanne Fournier s’est livrée avec transparence lors du 5 à 7 consacré aux défis du journalisme de proximité. Photo Johannie Gaudreault

Médias de proximité, histoire d’un nouveau

Dimanche, c’était au tour de Sylvain Desmeules, éditeur du Charlevoisien et éditeur par intérim des Publications Gaspésiennes, de prendre la parole lors du panel intitulé « Médias de proximité, histoire d’un renouveau ».

Avec ses comparses Arnaud Bertrand de Monquartier à Québec, Maryne Dumaine de l’Aurore boréale publié au Yukon et Catherine St-Vincent Villeneuve de Radio-Canada, ils ont abordé la collaboration entre médias, l’intérêt grandissant des jeunes pour le journalisme et les défis financiers des médias de proximité.

Pour Sylvain Desmeules, l’information hyperlocale est d’une grande importance puisqu’elle est souvent la seule porte d’entrée chez le lectorat.

« À l’époque, l’information était partagée par 8 ou 9 journalistes de médias différents dans une région. Aujourd’hui, il n’en reste plus beaucoup qui exercent sur le terrain en région. 
C’est souvent le seul catalyseur pour projeter des nouvelles locales ou régionales », a-t-il commenté.

Il ajoute toutefois que les médias sont en constante réforme afin de trouver la meilleure façon de joindre le public. « Le vrai débat, c’est comment parler correctement à nos lecteurs, être capable de créer un contact qui soit à la fois positif et informatif. »

Quand on pense à renouveau, on pense aux journalistes qui sont de plus en plus nombreux à travailler pour des médias régionaux. Aux Éditions Nordiques, le phénomène est bien visible. « Quand je suis arrivé en 2018, il y avait peut-être une dizaine de postes de journalistes. Maintenant, on est rendu à tout près de 25-26 journalistes », a confirmé M. Desmeules.

Du côté de Radio-Canada, Catherine St-Vincent Villeuve a aussi remarqué que les journalistes étaient plus nombreux à soumettre leur candidature. « On l’a vu pendant la pandémie, il y a eu une crise de confiance envers les médias. On a vu que les jeunes avaient peut-être moins envie de postuler dans les différentes stations de Radio-Canada. Depuis les deux dernières années, on a vraiment remarqué un vent de changement », a-t-elle soutenu.

Quant à la collaboration entre les différents médias, elle est vue d’un bon œil par tous les intervenants. Selon eux, les journalistes échangent désormais davantage entre eux, se partagent des informations logistiques et reconnaissent plus ouvertement le travail de leurs collègues. Plusieurs ont évoqué une « confrérie » journalistique régionale où l’objectif premier n’est plus d’être le seul à sortir une nouvelle, mais plutôt de s’assurer que la population soit bien informée.

Cette volonté de collaboration se manifeste aussi entre les grands médias et les médias de proximité. Mme St-Vincent Villeneuve a notamment expliqué que Radio-Canada veut agir comme un partenaire de l’écosystème médiatique régional, notamment par le partage de formations professionnelles offertes aux journalistes locaux. Une approche saluée par plusieurs participants, qui y voient un geste de soutien plutôt qu’un rapport de compétition.

Au centre, Sylvain Desmeules, éditeur du Charlevoisien et des Publications Gaspésiennes, lors de la conférence « Médias de proximité, histoire d’un renouveau ». Photo Johannie Gaudreault

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