Les récents changements aux politiques d’immigration menacent de priver la Côte-Nord de plusieurs centaines de travailleurs et de leurs familles dans les prochains mois, au moment où la région subit toujours les effets de la pénurie de main-d’œuvre. Dans ce contexte, plusieurs organisations déploient des efforts, afin d’attirer et de retenir de nouveaux habitants.
Vérité de La Palice s’il en est une, le déclin démographique de la Côte-Nord est depuis plusieurs années confirmé. Selon les données de l’Institut de la statistique du Québec, la population nord-côtière a diminué d’approximativement 11 % depuis le bug de l’an 2000. L’avenir est aussi sombre : on rapportait récemment que la Côte-Nord perdrait près de 17 % de sa population d’ici 2051 !
Lorsqu’on analyse plus précisément les données des dernières années en fonction de l’âge, on constate aussi que cette diminution est constituée d’une baisse significative du nombre de jeunes de 0 à 19 ans de près de 32 %, une baisse significative des adultes de 20 à 64 ans de près de 23 %, et d’une augmentation décoiffante du nombre d’adultes de plus de 65 ans de près de 130 %. Autrement dit, c’est la tempête parfaite : les jeunes partent et la population est vieillissante.
Le rôle des MRC
Selon Meggie Richard, préfète de la MRC de Minganie et présidente de l’Assemblée des MRC de la Côte-Nord, contrer le déclin démographique est une des préoccupations principales des élus.
« Plusieurs MRC de la Côte-Nord ont choisi d’aller de l’avant avec le programme d’appui aux collectivités, au niveau de l’attraction et la rétention, notamment des personnes immigrantes […] Plusieurs actions sont et vont être mises en place, afin de bien accueillir les gens chez nous et assurer une bonne intégration, pour qu’ils demeurent sur le territoire », dit-elle.
Actuellement, les efforts se concentrent sur l’élaboration d’images de marque. Elle considère qu’en plus de ces actions, un des rôles des MRC est d’agir au niveau politique, afin de préserver les services qui favorisent la qualité de vie des citoyennes et citoyens et de rendre les milieux plus attractifs pour les nouvelles familles.
« On s’assure de faire les pressions et les représentations nécessaires pour améliorer les services de proximité, surtout sachant que notre population est vieillissante », dit Mme Richard.
L’Assemblée des MRC compte poursuivre le dialogue avec le gouvernement provincial et fédéral, afin de régionaliser l’immigration et que soit prises en compte les réalités de la Côte-Nord, surtout au chapitre des immigrants temporaires, qui représentent près de 1,5 % de la population de la région.
« Les ajustements proposés [aux cadres réglementaires entourant l’immigration] ne répondent pas à la réalité actuelle qu’on vit sur le territoire […] Les gens qui sont chez nous, on souhaite qu’ils restent ici, sur la Côte-Nord. »
Des pratiques en changement au privé
Christoph Boucar Diouf, qui dirige l’agence Job Accès, aide les entrepreneurs de la région à recruter et à accueillir des travailleurs. Ce sont principalement de nouveaux arrivants qui répondent à l’appel, lorsque son entreprise publicise les différentes offres d’emplois de ses clients.
« En général, c’est disproportionné le nombre de candidatures qu’on reçoit de la part d’immigrants, quand on compare aux nombres qu’on reçoit de la part de Québécois ou de Canadiens. Quand tu es citoyen canadien, tu as beaucoup plus de choix en termes d’emplois. Les nouveaux arrivants, ils veulent travailler et ils sont prêts à faire beaucoup d’heures. »
Selon M. Diouf, depuis 2022, ce sont plus d’une centaine d’individus et leurs familles que son agence a réussi à attirer dans la région. Toutefois, les changements récents aux différentes politiques concernant l’immigration ont changé les dynamiques de recrutement.
« Depuis quelque temps, on se concentre plutôt au niveau provincial et national. On recrute surtout des travailleurs qui sont déjà au pays, plutôt que des travailleurs qui n’ont pas encore immigré. Avant, les travailleurs à l’étranger représentaient 90 % de notre chiffre d’affaires. Maintenant c’est beaucoup moins. On va chercher des travailleurs à Edmonton, par exemple, des gens qui ont immigré dans des milieux francophones, mais à l’extérieur du Québec ou à l’extérieur de la région. Et notre travail, c’est de les attirer sur la Côte-Nord. »
Les différentes modifications aux cadres réglementaires, tant au fédéral qu’au provincial, auront, selon lui, un effet très important sur la main-d’œuvre de la région. Si rien ne change, il anticipe que plusieurs familles seront contraintes de quitter dans les prochains mois, ce qui aggravera les effets de la pénurie de main-d’œuvre pour les entreprises locales.
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