La Ferme 5 étoiles de Sacré-Cœur est officiellement passée à la relève l’automne dernier, après un travail méticuleux de passation d’entreprise entre les anciens et les nouveaux propriétaires. L’ÉconomiQ s’est entretenu avec l’un des copropriétaires. Voici l’histoire inspirante d’une entreprise familiale qui a toujours surmonté les défis, et qui continue de contribuer à mettre la région sur la map.
Avec ses 630 acres de terrain et sa quarantaine d’employés en poste durant la haute saison, la Ferme 5 Étoiles de Sacré-Cœur se place parmi les incontournables de l’industrie touristique de la Côte-Nord.
Initialement fondée par le grand-père Claude Deschênes et sa femme Imelda Gauthier durant les années 1990, la Ferme 5 Étoiles passe une première fois à la relève une quinzaine d’années plus tard.
Cette fois encore, ce sont les enfants des anciens propriétaires et une associée qui reprennent l’établissement, avec l’intention de développer les activités existantes, et de continuer à faire rayonner la ferme.
Il s’agit des frères Samuel et Benjamin Morin, de Félix Deschênes et de Nancy Gravel, une employée de longue date de la ferme, qui voulait prendre part à l’aventure.

Une ambiance familiale
Samuel Morin est un entrepreneur particulièrement souriant qui a été bercé depuis son enfance par l’ambiance chaleureuse et familiale de la Ferme 5 Étoiles.
« C’est le cœur de l’entreprise », commente-t-il, en faisant allusion à la nature très conviviale de celle-ci. « C’est ce qui nous démarque d’autres entreprises touristiques, le fait qu’on veut être bienveillant et accueillant envers nos clients et nos employés », ajoute Samuel Morin.
Cette famille, c’est aussi ce qu’il l’a motivé à évoluer au sein de la ferme, même si son premier emploi n’était, au bas mot, pas des plus motivants.
« [Nos parents] nous demandaient toujours des petits ouvrages, comme balayer les galeries, ramasser les cannettes, etc. Mais le premier poste que j’ai eu, c’était dans la cuisine comme plongeur. On détestait faire la vaisselle », dit-il avec humour.
Il l’admet, « c’était nul » comme emploi, mais en y apposant son regard actuel de jeune adulte de 23 ans, il conclut que c’était quand même un bon passage dans sa vie.
« Honnêtement avec le recul, c’est le meilleur premier travail qu’un jeune peut avoir. Ça apprend à être propre et bien rangé, de bien gérer le stress et la cohésion entre travailleurs », dit-il.
Depuis, il n’a jamais plus quitté la ferme, sauf un interlude d’études à l’aube de ses 20 ans.
La clé, se responsabiliser
Le feu brûlait à l’intérieur de Samuel Morin, qui voulait toujours en savoir plus sur la ferme et son fonctionnement.
« On voulait aller plus loin dans l’entreprise », se rappelle-t-il, en évoquant des histoires d’adolescence avec son frère Benjamin et son cousin Félix Deschênes.
« On voyait nos parents se faire appeler le soir pour des problèmes à régler, et éventuellement on leur a demandé de payer nos téléphones cellulaires. En échange, on leur a fait mettre nos numéros sur le site web comme téléphone d’urgence », raconte Samuel Morin.
Il le dit sans détour, ça a été la clé que de se responsabiliser avec les tâches et travaux qu’exigeaient la ferme.
« Ils nous ont laissé reprendre une coche au-dessus en nous faisant confiance d’aller régler des problèmes, et ça, ça nous a donné confiance en nous », se remémore l’entrepreneur.
L’année test
En vue de vendre la Ferme 5 Étoiles aux nouveaux venus, les anciens propriétaires tentent une petite épreuve maison.
« Ils nous ont donné la gestion de Fjord Aventures (branche de la ferme) pour voir si on avait une bonne cohésion. C’était nous qui nous occupions de tout, et c’était aussi pour voir si on s’entendait ben, si on allait faire des bonnes recettes », fait savoir Samuel Morin.
La suite ne se faisant pas attendre, le quatuor se rassoit au printemps 2024 et livre ses impressions.
« On avait fait une excellente saison. C’est là que le processus de passation s’est officiellement enclenché », relate M. Morin.
Ce dernier indique que la valeur de l’éventuel achat s’est décidée sur une période d’un an.
« Le 1er mai 2024, c’est là qu’on a gelé la valeur de l’entreprise jusqu’au 1er mai 2025. Il s’est fait une photo de l’entreprise à ce moment-là, et c’est avec cette valeur-là qu’on rachetait la ferme », complète l’entrepreneur.
Peu après, on y fait la charte et l’organigramme officiel de l’entreprise et les quatre nouveaux propriétaires commencent à prendre leurs aises.

Plus qu’une équipe
Ça n’a pas été long pour que les nouveaux propriétaires se calent dans leurs nouveaux rôles.
Ils ont pu compter sur ce que Samuel Morin qualifie d’une des principales forces de l’entreprise : son équipe.
« Il y a une équipe qui est déjà en place à la ferme et qui est très solide. Je peux me fier sur elle sur beaucoup d’affaires, et j’ai plusieurs employés. Ce n’est pas parce qu’on est directeur que l’on connait tout et qu’on est le meilleur partout. Au contraire, il faut être intelligent et s’entourer de meilleures personnes que nous », analyse-t-il.
Samuel Morin ne fait toutefois pas semblant que tout est tout le temps rose.
« Quand on est gestionnaire, ça ne peut pas toujours bien aller à 100 %. On a toujours des petits problèmes soit avec les clients ou entre employés. Mais nos employés ont appris à nous respecter en tant que patrons, et on a appris à faire pareil pour eux en tant qu’employés. C’est ce qui a fait que la transition s’est faite tranquillement et qu’elle s’est bien passée », explique M. Morin.
C’est la famille
On peut faire quelques virages, mais on revient toujours à la même place : « C’est une entreprise familiale ».
« On veut que les gens arrivent ici et se sentent tout de suite chez eux. Ils ne se sentiront pas dans un endroit où ils sont juste un numéro. Ce n’est pas ce qu’on veut du tout », dit Samuel Morin.
Ce dernier ferait figure de père ou d’oncle dans la grande famille de la Ferme 5 Étoiles, qui philosophe sur ce que ça prend pour réussir comme bon gestionnaire et bon directeur.
« Ça prend un bon moral », dit-il en riant. « Ça prend un leadership positif. Si on est négatif, les autres collègues peuvent le devenir et ce n’est pas bénéfique pour personne », ajoute-t-il.
« Il faut toujours penser plus loin quand il y a un conflit ou un problème, pour ne pas démoraliser les troupes. C’est d’influencer positivement le monde ».
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