La saison touristique est à nos portes et, avec elle, la course au bateau recommence. Depuis quelques semaines déjà, les files s’allongent à la traverse Tadoussac-Baie-Sainte-Catherine. Rien de surprenant. C’est le prélude de l’été sur la Côte-Nord. Mais ce retour de l’achalandage ramène aussi un phénomène bien connu de ceux qui empruntent régulièrement la route 138 : le syndrome de la traverse.
J’ai pu le constater une fois de plus récemment en revenant de Québec après une escapade pour souligner les 13 ans de ma fille. À mesure que l’on approche de Tadoussac, quelque chose change dans le comportement de plusieurs conducteurs. La vitesse augmente. Les dépassements se multiplient. L’objectif semble clair : ne pas manquer le prochain bateau.
Ce n’est pas difficile à comprendre.
Lorsqu’on sait qu’une longue file nous attend peut-être au quai, chaque minute paraît soudainement importante. On calcule mentalement le temps restant. On regarde l’heure. On se demande si le traversier est encore là ou s’il vient de quitter. Plus l’attente annoncée est longue, plus la pression monte.
Le résultat est visible sur la route.
Des automobilistes roulent plus vite. Certains effectuent des dépassements qu’ils n’auraient probablement pas tentés ailleurs. D’autres se retrouvent coincés entre leur désir de respecter les limites de vitesse et celui de ne pas retarder davantage leur arrivée.
Le plus intéressant dans tout cela, c’est que personne ne semble agir par imprudence volontaire. On assiste plutôt à un phénomène collectif créé par une contrainte bien particulière : l’obligation de rejoindre un horaire.
C’est d’ailleurs un aspect dont on parle souvent lorsqu’il est question du projet de pont sur le Saguenay.
Les débats entourant un éventuel lien fixe portent également sur les coûts, l’économie, le développement régional ou encore la mobilité des marchandises. Mais la sécurité routière mérite probablement une place plus importante dans la discussion.
Car la traverse influence bel et bien le comportement des usagers de la route.
Ailleurs au Québec, lorsqu’un automobiliste quitte Québec ou Montréal pour parcourir plusieurs centaines de kilomètres, son heure d’arrivée dépend essentiellement de la circulation et des conditions routières.
Sur la Côte-Nord, il faut aussi composer avec un goulot d’étranglement incontournable. Une traversée manquée peut facilement ajouter 30 minutes ou davantage à un trajet déjà long.
Cette réalité crée une pression qui n’existe pratiquement nulle part ailleurs sur le réseau routier québécois.
Il suffit d’emprunter régulièrement la route 138 pour le constater. Les journées de grand achalandage, l’approche de Tadoussac devient souvent le théâtre d’une étrange course contre la montre. Une course qui n’est pas organisée, mais qui semble comprise de tous.
Bien sûr, un pont ne réglerait pas tous les enjeux de sécurité sur nos routes. Les excès de vitesse et les manœuvres risquées existeraient encore. Mais il éliminerait une source de pression bien réelle qui influence quotidiennement le comportement de milliers d’automobilistes.
On parle souvent des minutes perdues à la traverse. Peut-être devrait-on aussi parler davantage des risques qu’elle génère.
À l’heure où le débat sur un lien fixe revient régulièrement dans l’actualité, la question mérite d’être posée : combien de dépassements dangereux, combien d’accélérations inutiles et combien de situations stressantes sur la route sont directement liés à cette obligation de prendre le bateau ?
La réponse est impossible à chiffrer.
Mais pour quiconque circule fréquemment entre Tadoussac et Baie-Sainte-Catherine, une chose apparaît évidente : le syndrome de la traverse existe bel et bien.
Et lorsqu’on réfléchit aux avantages potentiels d’un pont sur le Saguenay, la sécurité routière fait probablement partie des arguments les plus concrets.
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