Le homard de la Côte-Nord : entre abondance et incertitude
Les pêcheurs constatent une ressource de homard abondante en Haute et Moyenne-Côte-Nord. Photo Robert Nicolas, Pêche Impact
Les changements climatiques accélèrent la croissance des populations de homard dans le fleuve Saint-Laurent. Sur la Côte-Nord, cette abondance ouvre de nouveaux marchés, mais des questions demeurent à propos de la pérennité de la ressource, et des contraintes réglementaires freinent le développement d’une pêche prometteuse.
Des intervenants de la région ont présenté leurs priorités, lors d’une rencontre convoquée par le cabinet de la ministre des Pêches, le 2 mars dernier. Clovis Poirier et Serge Langelier, respectivement du Parc d’hivernage de Sept-Îles et du Regroupement des pêcheurs professionnels de la Haute et Moyenne-Côte-Nord, ont pu discuter de leurs préoccupations, entre autres au sujet de la pêche au homard avec la ministre, Mme Joanne Thompson.
« À cause des changements climatiques, et aussi probablement en lien avec les mesures de gestion mises en place par Pêches et Océans depuis plusieurs années, ce qu’on observe, c’est que la ressource est là, et qu’elle est abondante », dit Serge Langelier.
Depuis la fin des années 90, les démarches faites pour augmenter la taille minimum des captures, la remise à l’eau des femelles et la maximisation du potentiel reproducteur de l’espèce ont certainement contribué à l’abondance actuelle, selon M. Langelier.

« Ce qu’on reproche actuellement aux autorités, c’est qu’ils ne suivent pas réellement l’évolution de la ressource. Pour avoir des données, il faut envoyer des pêcheurs en mer. Beaucoup plus de pêcheurs », plaide-t-il. « Aux Îles-de-la-Madeleine, il y a environ 325 permis de pêche au homard. Dans l’ensemble de la zone 18, qui va de Tadoussac à Natashquan, il va y en avoir 25 en 2026. C’est difficile d’évaluer l’abondance de la ressource avec si peu de monde sur l’eau. »
Toutefois, au-delà des débats sur le nombre de permis, des investissements doivent être faits dans l’industrie pour assurer un développement efficace.
« Avec les incertitudes actuelles, surtout par rapport aux échanges commerciaux avec les États-Unis, on n’a pas le choix de développer des nouveaux marchés, d’être prêts à mettre en place des nouvelles technologies et d’agir de manière proactive. »
Consensus sur la nécessité de poursuivre la collecte des données
Marilou Vanier est directrice générale de l’agence Mamu Innu Kakussesht (AMIK), organisation qui soutient les communautés innues dans la protection et la conservation des ressources aquatiques et océaniques et dans le développement d’une pêche durable. Elle affirme que l’AMIK est sollicitée depuis déjà quelques années pour des mandats liés à la pêche de ce crustacé.
Les processus de recherche et de pêche scientifiques et exploratoires démontrent clairement l’augmentation du potentiel commercial de cette pêche. Mme Vanier souligne qu’en parallèle aux démarches scientifiques et réglementaires, plusieurs investissements sont actuellement réalisés et plusieurs autres seront nécessaires, afin de consolider la logistique des processus de capture, de transformation et de distribution du homard.

Actuellement, les efforts des communautés qu’elle soutient se concentrent sur l’acquisition de nouveaux bâtiments de pêche : plusieurs communautés ont annoncé la mise en chantier de nouveaux homardiers, des bateaux de pêche différents de ceux qui composent les flottes actuelles, soit principalement des chalutiers et des crabiers.
D’autres investissements sont réalisés, entre autres dans la mise en place de viviers. Toutefois, ces investissements sont réalisés dans un contexte incertain, étant donné les contraintes des pêches scientifiques et exploratoires, qui ne mènent pas nécessairement à l’obtention de permis de pêche commerciale.
Continuer la recherche et la réalisation d’inventaires et de relevés de biomasse est essentiel selon elle et son organisation, afin d’obtenir une certaine prévisibilité de l’évolution des stocks et pour atténuer les risques environnementaux et financiers liés à cette nouvelle pêche.
« La nature cyclique du vivant dans le fleuve et l’estuaire nécessite une attention constante, et cette particularité est d’autant plus vraie dans un contexte de bouleversement climatique. »
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