Acheter une première maison sur la Côte-Nord demeure possible… mais le parcours se complique. Les prix ont presque doublé en 10 ans et les propriétés à vendre se font rares. Malgré tout, le marché régional reste parmi les plus accessibles au Québec.
Même si le marché immobilier est sous pression, la Côte-Nord demeure une région où devenir propriétaire reste à portée de main pour plusieurs ménages. « Quand on se compare, on se console », résume Charles Brant, directeur de l’analyse de marché à l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec (APCIQ).
Selon lui, cette réalité s’explique notamment par l’équilibre entre les revenus des ménages et les prix des propriétés dans la région. Le prix médian d’une maison unifamiliale s’établissait autour de 253 000 $ en 2025.
« On a des prix médians d’unifamiliale qui sont parmi les plus faibles au Québec, mais des revenus familiaux qui sont légèrement supérieurs à la moyenne nationale », détaille l’analyste.
L’un des indicateurs qui illustre cette accessibilité demeure la mise de fonds nécessaire pour acheter une propriété. Sur la Côte-Nord, la mise de fonds minimale pour une maison au prix médian se situe autour de 12 650 $ en 2025, un montant qui peut être accumulé relativement rapidement pour plusieurs ménages.
« Il faut environ 2,5 années d’épargne pour accumuler une mise de fonds dans la région », explique Charles Brant en mentionnant que la moyenne au Québec s’élève à 5,2 années.
Les paiements hypothécaires demeurent aussi relativement bas. En moyenne, ils représentent environ 15 % du revenu disponible d’un ménage, soit un peu plus de 1 000 $ par mois pour une propriété au prix médian. « Ce sont quand même des chiffres intéressants », souligne Charles Brant en les comparant au reste du Québec (moyenne de 32 %).
Des prix en forte croissance
Si l’accès à la propriété reste possible, la situation a néanmoins évolué au cours de la dernière décennie. « Les prix ont quasiment doublé pour l’acquisition d’une propriété sur la Côte-Nord », affirme Charles Brant.

La mise de fonds minimale a elle aussi augmenté de façon notable, passant de 8 213 $ en 2015 à près de 12 650 $ en 2025.
La part du revenu consacrée au paiement hypothécaire a également progressé. « En 2015, on était autour de 9 % du revenu consacré à l’hypothèque. Aujourd’hui, on est davantage autour de 15 % », précise le spécialiste qui croit que la tendance à la hausse devrait se poursuivre dans les prochaines années.
Le principal obstacle pour les acheteurs ne serait toutefois pas la mise de fonds, mais plutôt la rareté des propriétés disponibles. « Ce n’est pas tant d’avoir la mise de fonds, le problème. C’est de trouver une propriété », commente sans détour M. Brant.
Le nombre d’inscriptions sur le marché immobilier régional se situe actuellement à des creux historiques, ce qui crée un déséquilibre important entre l’offre et la demande. « On a un manque d’inventaire avec des inscriptions en vigueur qui sont à des bas historiques. Ça crée des conditions très favorables aux vendeurs et c’est pour ça que les prix sont sous pression », explique l’expert du marché immobilier.
Cette situation entraîne également une concurrence entre acheteurs. « Il y a quand même un peu de surenchère sur le marché nord-côtier. Les gens sont en compétition entre eux. »
La construction résidentielle ne suffit pas pour l’instant à rééquilibrer le marché. Même si certaines municipalités mettent en place des incitatifs pour stimuler les mises en chantier, la pénurie de main-d’œuvre demeure un frein important dans le secteur de la construction.
« L’activité de construction ne viendra pas résorber la problématique de déséquilibre entre l’offre et la demande à court ou moyen terme », estime Charles Brant.
Des marchés locaux différents
À l’intérieur même de la Côte-Nord, le marché immobilier présente certaines particularités. Selon l’analyste, Baie-Comeau bénéficie d’une économie plus diversifiée et d’une base d’emplois relativement stable, ce qui tend à stabiliser l’activité immobilière.
À Sept-Îles, le marché peut être plus fluctuant, notamment en raison des grands projets industriels ou d’infrastructures qui attirent temporairement de nombreux travailleurs dans la région.
« Quand il y a de gros projets, le marché devient plus serré et les prix peuvent augmenter rapidement. Mais quand l’activité ralentit, il peut aussi y avoir plus d’opportunités d’achat », divulgue M. Brant.
Un rêve encore possible
Malgré les défis du marché immobilier, Charles Brant estime que le rêve d’acheter une première maison demeure bien réel pour les ménages nord-côtiers.
Les acheteurs doivent toutefois se préparer adéquatement et surveiller attentivement les nouvelles propriétés mises en vente.
« Il faut être bien préparé, savoir ce qu’on veut et suivre régulièrement les inscriptions pour être prêt à saisir les opportunités », conseille-t-il.
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